Le scénario du « Grexit »

Tsipras à Bruxelles (Photop AFP)

Tsipras à Bruxelles
(Photop AFP)

L’Europe devrait être ce havre de paix où les problèmes d’un État-membre seraient réglés sur le mode compassionnel et dans le calme. S’il n’en est rien aujourd’hui, c’est parce que le gouvernement d’Alexis Tsipras a introduit dans le dialogue des prises de position politiques très éloignées du fonctionnement des institutions européennes.

LA GOUVERNEMENT GREC a remis en cause ces systèmes. Mais la Grèce ne peut pas changer les règles alors qu’elle ne représente que 2% de la production de l’Union. M. Tsipras procède donc à un référendum par lequel le peuple grec exige la fin de ses souffrances sociales, tout en lui recommandant de ne pas sortir de la zone. Après quoi, il vient devant le Parlement européen rappeler les idéaux qui ont soutenu la construction européenne, en laissant de côté la question on ne peut plus urgente de la faillite de son pays.

Le rôle de Syriza.

On ne rassemble pas 28 pays sous le même étendard sans que tous respectent un minimum de discipline. La Grèce a démontré depuis son adhésion à la zone euro qu’elle n’était pas qualifiée pour en faire partie et que, pendant les treize années passées dans la zone, elle ne s’est guère amendée. On dit que le traitement de la troïka (Commission européenne, BCE, FMI) a été d’une sévérité mortelle. À la fin de l’année dernière, la Grèce, grâce à ce traitement, a pu dégager un excédent budgétaire et sa croissance avait été de 2,5 % en 2014. Depuis janvier, M. Tsipras est au pouvoir. Il a consacré son temps aux discussions interminables, aux manoeuvres dilatoires, au refus de poursuivre la politique d’austérité. La seule victoire électorale de l’extrême gauche en Grèce a eu pour effet d’éloigner les industriels et les détenteurs de capitaux de tout investissement. Le problème, ce n’est pas l’Europe égoïste qui tourne le dos à ses engagements, le problème, c’est Syriza.
Encore faudrait-il, face aux nouvelles palinodies de M. Tsipras, incapable de donner une feuille de route à son nouveau ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, que les Européens, principalement la France et l’Allemagne, soient d’accord sur la marche à suivre. François Hollande veut incarner la face sympathique de l’Europe, celle qui ne lâche jamais un associé. C’est ce que lui demande sa majorité. Ce n’est pas ce que demande une majorité d’Allemands à Angela Merkel, qui n’a jamais voulu que la Grèce quitte l’euro mais qui reconnaît aujourd’hui qu’il est difficile de la garder malgré elle dans la zone de la monnaie unique. Fort heureusement, les négociateurs européens ont établi une date-butoir (dimanche au plus tard) pour que la Grèce présente ses propositions. C’est le minimum de courage que l’on attendait d’eux et même le président français a admis que le temps des paroles est terminé.

Le temps des assignats ?

Si M. Tsipras ne revient pas à une politique économique dont on a dit le plus grand mal mais qui a montré son efficacité avant d’être abandonnée par les autorités grecques, il devra, par la force des choses, créer sa propre monnaie, puisqu’il n’y a plus d’euros dans ses banques. Il signera des reconnaissances de dette, des assignats en quelque sorte. La seule question qui se posera alors portera sur le rôle que la zone euro pourrait jouer dans le « Grexit ». Ou bien elle accompagne la séparation par des mesures qui atténueront le choc ; ou bien M. Tsipras s’arrange pour indigner encore un peu plus ses interlocuteurs, qui, alors, se détourneront de lui, et le laisseront jouer la partie tout seul. Inutile de dire que, dans ces conditions, il ne restera pas longtemps au pouvoir.
Je crois que l’éventualité d’un Grexit est la pire, pour la Grèce et non pour l’Europe, et qu’il faut à tout prix l’éviter. Mais M. Tsipras vient de nous jouer, avec référendum à l’appui, l’air de la souveraineté grecque. Une victoire à la Pyrrhus. Le danger pour lui, c’est que cette souveraineté soit respectée jusqu’au bout.

RICHARD LISCIA

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