Iran : la grande inconnue

Javad Zarif, le négociateur iranien (Photo AFP)

Javad Zarif, le négociateur iranien
(Photo AFP)

Après l’accord entre l’Europe et la Grèce, l’accord nucléaire avec l’Iran est présenté comme un succès historique. C’est en effet un progrès qui conduit à des changements majeurs dans les rapports entre le monde occidental et le monde musulman, y compris une nouvelle configuration géopolitique au Moyen-Orient. Mais l’accord se contente de différer l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire, non de l’empêcher définitivement et il présente donc, de ce point de vue, un risque de sécurité que l’Amérique a assumé. En échange du contrôle de ses capacités nucléaires, l’Iran bénéficiera d’une levée progressive (et réversible) de l’embargo.
EN APPARENCE, le document est très contraignant pour les Iraniens, dont les installations seront surveillées par des experts internationaux qui procèderont à des contrôles inopinés (mais les autorités iraniennes seront prévenues chaque fois, ce qui élimine l’effet de surprise). La capacité de l’Iran à enrichir son uranium et en conséquence de produire une bombe atomique sera limitée par la réduction du nombre de centrifugeuses et du stock d’uranium existant. En principe, en cas de rupture entre l’Iran et les autres signataires de l’accord (États-Unis, France, Allemagne, Russie, Chine, Grande-Bretagne et Union européenne), il faudrait à l’Iran un an pour construire une bombe, contre trois mois aujourd’hui. Enfin, l’accord n’est valable que pour dix ans.

La diplomatie pour éviter la guerre.

On verra à l’usage si c’est vrai. Le président Barack Obama a souligné que l’accord ne reposait pas encore sur la confiance, mais sur des règlements. Conscient du fait que l’opposition républicaine, majoritaire au Congrès, fera tout pour torpiller le texte, il a déjà annoncé qu’il opposerait son veto si l’accord était repoussé par les parlementaires. On peut, comme Israël, considérer qu’il s’agit seulement d’un cadeau offert à l’Iran, dont les avoirs à l’étranger vont être débloqués, ce qui va permettre à Téhéran de récupérer quelques centaines de milliards dont le régime pourrait faire un mauvais usage. On peut aussi, comme M. Obama, penser qu’il existe, au-delà des mollahs, un peuple jeune, vivant, aspirant à une vie plus libre et meilleure et qui envisagera le retour des libertés et des droits de l’homme comme une continuation du changement de cap adopté par l’Iran. Une chose est certaine : la diplomatie n’a pas de limites, qui peut produire un accord surprenant entre deux mondes voués à se haïr indéfiniment. De sorte que, pour le moment, M. Obama a le droit de triompher.
C’est un pari sur l’avenir, qui contient des risques considérables, notamment pour Israël, menacé naguère par l’ex-président Ahmadinejad d’être rayé de la carte. M. Obama devra renforcer l’aide militaire qu’il apporte à l’État hébreu, dans le climat très désagréable des relations qu’il entretient avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Celui-ci a consacré une énergie énorme à faire capoter l’accord, poussant le défi jusqu’à accepter une invitation du Congrès sans passer par la Maison Blanche ; il s’est ensuite rendu à Washington pour prononcer un discours profondément hostile à ce qui se tramait entre l’administration américaine et le régime iranien. La France, sous la houlette de notre ministre des Affaires étrangères, s’est montrée particulièrement exigeante sur les termes de l’accord, obligeant parfois les négociateurs à remettre sur le métier leur ouvrage. Les Israéliens pensent donc que le gouvernement de M. Hollande les comprend beaucoup mieux que celui de M. Obama.

Chiisme contre sunnisme

Il n’empêche que les risques pris par le chef de l’exécutif vont dans le sens d’une détente, après une crise de 35 ans entre l’Iran et l’Occident. Le maintien d’un climat de haute tension avec le régime théocratique contribuait à multiplier les ennemis des Occidentaux, au moment où l’État islamique (Daech) est perçu comme la plus grande menace pour l’Europe et l’Amérique. Dans les faits, sinon dans les coeurs, l’Iran contribue déjà à la lutte contre Daech et il y a une forme de vague coopération militaire entre Téhéran et Washington dans les zones de combat irakiennes. À l’inverse, l’Arabie saoudite est ulcérée par l’accord : elle craint par dessus tout la capacité de l’Iran à devenir une puissance nucléaire qui, de fait, la placerait sous sa domination.
Un conflit énorme a commencé au Moyen-Orient, celui qui oppose le chiisme au sunnisme et, dans ce conflit, les Iraniens viennent de remporter une manche contre les Saoudiens, déjà embourbés au Yémen. Ce que M. Obama ne dit pas, c’est que l’Iran n’a pas renoncé à ses visées sur le Proche-Orient, dont il risque de devenir la puissance numéro un, en repoussant Daech en Irak, en maintenant Bachar Al Assad au pouvoir, en fomentant des conflits dans la péninsule arabique, en continuant à menacer Israël par Hezbollah interposé. Le peuple iranien aspire sans doute à la paix et à la prospérité, mais le régime de Téhéran, ses mollahs ultra-conservateurs et ses diverses milices gardent l’espoir de dominer la région.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Iran : la grande inconnue

  1. Bibi 001 dit :

    Extraits des commentaires de B. Netanyahou:
    Lorsqu’on est prêt à conclure un accord à tout prix, voilà le résultat. Cet accord avec le sponsor du terrorisme international est une erreur historique pour le monde car il n’exige pas de l’Iran qu’il cesse son comportement agressif en aucune façon
    Les négociateurs étaient prêts à faire concession sur concession à ceux qui même durant les négociations, crient : «Mort à l’Amérique».
    En plus d’alimenter la capacité terroriste de guerre de l’Iran, ce deal répète les erreurs commises avec la Corée du Nord. Là aussi on nous avait assuré que les inspections et les vérifications pourraient empêcher un régime voyou de développer des armes nucléaires.

    Ou est passé Churchill?

  2. chemali guy dit :

    La sécurité est entre les mains d’apprentis sorciers.

  3. Mivy dit :

    Dans un accord pour lever des sanctions, l’essentiel est la fin d’une politique agressive, un désir de se tourner vers la paix, et vers une croissance responsable en vue d’améliorer la situation économique du pays.
    Or l’Iran continue sa politique agressive. On sent bien que l’accord est une ruse, la stratégie politique de conquête par les armes du leadership islamique continue, et comme les Prussiens, les Iraniens comptent asseoir leur unité et leur puissance sur la défaite de l’ennemi autoproclamé, c’est-à-dire Israël.

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