La tentation de Moscou

Mariani à Simféropol (Photo AFP)

Mariani à Simféropol
(Photo AFP)

Avec une dizaine d’autres parlementaires, Thierry Mariani, ancien ministre des Transports de Nicolas Sarkozy, s’est rendu il y a quelques jours en Crimée. Ce matin, sur France-Info, il déclarait : « Je suis un homme libre. Quand un député doit sortir de France, il doit demander l’autorisation comme un petit garçon ? ».

CETTE QUESTION ironique n’impressionnera que ceux qui ont pour Poutine les yeux de Chimène. M. Mariani n’est pas allé en Crimée pour y passer des vacances, mais pour affirmer dans quel camp il se situe : celui de Vladimir Poutine. Ils sont quelques-uns, parmi nos parlementaires de droite, qui aiment aller à Moscou rencontrer le maître du Kremlin ou à Damas pour y admirer la potiche la plus pérenne du monde. Ils prônent une politique en vertu de laquelle l’Europe se coucherait devant les exigences du dictateur russe et jugent logique qu’un potentat sanguinaire, dont les agissements ont coûté la vie à 2 ou 300 000 de ses concitoyens, reste au pouvoir au nom de la Realpolitik.

Question de droit international.

M. Mariani appuie sa démonstration sur sa liberté personnelle d’aller où bon lui semble. La question qui se pose porte sur le droit d’une poignée de députés de présenter une politique étrangère diamétralement opposée à celle du gouvernement : pour mémoire, la Russie et donc la Crimée que la Russie vient d’annexer, sont sous embargo européen. Certes, nous avons tous compris qu’il y a, au sein même du Parlement, une tendance violemment hostile à l’embargo, pourtant décidé par tous les pays-membres de l’Union européenne, mais leur point de vue minoritaire ne saurait prévaloir. Pas plus qu’il n’est licite, pour un député français, de se rendre dans une zone qui vit sous un régime non reconnu par le droit international.
On n’en ferait pas un drame si M. Mariani appartenait à l’un de ces partis extrêmes, comme le Front national ou le Front de gauche, dont les prises de position n’ont pas d’influence sur le cours de la vie publique. Mais, aux dernières nouvelles, l’ancien ministre n’a pas été désavoué par son parti, dont le président, Nicolas Sarkozy, n’a rien à dire sur le sujet. Il est vrai que le collège des amis de Poutine est relativement large et inclut François Fillon, qui n’est pas loin de penser comme M. Mariani. Après tout, l’un et l’autre sont libres de leurs choix politiques et personne ne va se récrier à cause de leurs convictions. Nous ne croyons pas, comme on le dit sur Internet, que M. Mariani a de l’affection pour la Russie de Poutine parce que c’est aussi le pays de son épouse.

Absoudre Poutine ?

On veut donc croire à sa sincérité. Mais faut-il absoudre Poutine ? Faut-il lui remettre l’Ukraine clés en main ? Est-ce là la vocation de l’Europe ? M. Mariani aura beau jeu de nous démontrer que sans l’embargo contre la Russie, nos éleveurs ne souffriraient pas autant aujourd’hui. De même que les Britanniques, battus à Dunkerque, auraient dû se rendre aux nazis. À entendre M. Mariani, il faudrait peut-être livrer les Mistral aux Russes et contribuer à leur effort de guerre. Le problème ne se situe pas au niveau des choix politiques personnels de Thierry Mariani et de ses amis. Il montre qu’il y a toute une école politique en France qui préconise d’abandonner les droits de l’homme, le droit des peuples à s’autodéterminer, le droit à la liberté que M. Mariani revendique intensément pour lui-même, comme si les Criméens ou les Ukrainiens, eux, ne la méritaient pas. En conséquence, la question est la suivante : est-ce cette droite-là que l’on nous propose pour 2017 ? M. Sarkozy serait bien avisé de revoir en profondeur son credo diplomatique et nous dire, aussi vite que possible, s’il est en faveur d’une Europe émasculée, s’il a eu raison de vendre des Mistral au régime russe actuel (il a critiqué M. Hollande parce qu’il ne les a pas livrés), de sorte que les Français sachent dans quelle direction ils s’engagent s’ils approuvent la tendance Mariani au sein des Républicains.
Fort heureusement, il y aura d’autres candidats à la primaire de la droite et il n’est pas impossible qu’elle soit ouverte au centre. Sinon, nous n’aurions plus que le choix entre une gauche qui a fait la preuve de son indigence et une droite qui ressemble furieusement à cet invraisemblable agglomérat où l’on trouve du FN et du Front de gauche, lesquels continuent à ne raisonner qu’en fonction de leur anti-américanisme, ou de leur haine pour la construction européenne. Au nom de cette formidable souveraineté qui nous définit si bien (par exemple dans la lutte contre le chômage ou dans la croissance), ils nous proposent comme avenir, comme horizon, comme espoir la merveilleuse Russie de M. Poutine.

RICHARD LISCIA

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