Un FN « soft »

Une tentative pour gagner des électeurs (Photo AFP)

Une tentative pour gagner des électeurs
(Photo AFP)

Le Front national tente d’atténuer ses positions économiques pour attirer plus d’électeurs de droite. Façon de reconnaître qu’il n’est pas sûr de faire un tabac aux régionales. Il ne faut d’ailleurs pas le combattre sur l’Europe ou sur l’euro mais sur ses positions extrêmes concernant l’immigration et la sécurité ou sa xénophobie.

TOUT LE MONDE savait que le Front national ne serait jamais un parti de gouvernement tant qu’il exigerait la sortie de la France de la zone euro et s’engagerait à prendre des mesures protectionnistes. La « folie » de cette attitude servait en réalité de variable électorale. Le Front adoptait cette position pour enflammer ses militants les plus dévoués, il l’abandonnerait plus tard pour écraser la gauche et la droite. Aussi bien ses positions sur l’Europe et l’euro ont-elles été combattues par la droite comme si elles représentaient une faiblesse structurelle de son programme, ce qui permettait aux Républicains d’exprimer sur l’immigration, le mariage pour tous ou la sécurité des idées proches de celles du parti de Mme Le Pen. Une évolution sensible du FN sur l’Europe prive donc la droite d’un argument important pour le combattre. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’elles paraissent.

Faire barrage au Front.

Le désarroi du gouvernement, sa communication excessive et parfois cacophonique, sa campagne pour faire réélire le président actuel plutôt que pour régler le problème de la croissance et de l’emploi découragent peut-être les militants socialistes, mais ne les empêchent pas de mesurer l’ascension du FN et le péril qu’il représente. Le pouvoir peut sauver en fait trois ou quatre régions. Par exemple, il gardera la Bretagne grâce à Jean-Yves le Drian. Il devrait ne pas avoir trop de mal dans le Languedoc-Roussillon et résistera en Île-de-France grâce à Claude Bartolone. Là où le rassemblement des gauches est impossible, il perdra, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. La défaite de la gauche ne sera pas nécessairement une catastrophe. Il y a eu un débat nourri au sujet du « front républicain ». Il est rejeté par la droite, mais il pourrait se constituer spontanément au second tour. Beaucoup de personnalités de gauche se sont prononcées en faveur de Christian Estrosi (LR) en Paca. Pour une raison simple mais aussi admirable : il leur semble que le plus important, ce n’est pas d’endiguer la défaite de la gauche, mais d’empêcher le FN de conquérir des territoires.
Il est vrai que Marine Le Pen « pèse » aujourd’hui près de 30 % de l’électorat. Le seul moyen de se rassurer, c’est de constater que 70 % des Français lui sont hostiles et peuvent donc lui faire barrage en dépit de son score impressionnant.

Le danger n’est pas seulement économique.

Le message de ces personnalités plutôt classées à gauche, c’est que la tentation de voter pour le Front est morbide et conduit à sa victoire en 2017. S’il fallait s’opposer à lui seulement au sujet de l’euro et de l’Europe, l’opinion ne comprendrait pas cet ostracisme. Si, en revanche, les Français de tout poil sont assez nombreux pour expliquer que le danger représenté par le Front est bien plus grand que son incompétence économique, le combat prend tout son sens. Ce n’est pas parce qu’il nous ruinerait tous que le FN doit être refoulé. C’est parce qu’il changerait les principes démocratiques qui structurent la société française, parce qu’il ferait des Français des nationalistes fermés au reste du monde, parce qu’il nous conduirait à des décisions répressives, intolérantes et, pour tout dire, inhumaines. Il nous appartient de prouver que nous pouvons redresser le pays tout en conservant nos « valeurs », ce mot que je n’aime pas parce qu’il est galvaudé et parce que le FN lui-même l’utilise, mais qui confère à la politique le contenu d’humanisme qu’elle risque de perdre.

RICHARD LISCIA

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One Response to Un FN « soft »

  1. marco dit :

    Que de haine ! Que de sectarisme intolérant !

    Réponse
    Oui, c’est vrai, la haine et l’intolérance sont le fonds de commerce du FN.
    R.L.

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