Gagner cette guerre

Un corps devant un restaurant (Photo AFP)

Un corps devant un restaurant
(Photo AFP)

Le moment de colère doit, aussi vite que possible, laisser la place à un plan sérieux de lutte contre le terrorisme. C’est une tâche d’autant plus difficile que, contrairement à ce que souhaite François Hollande, la classe politique n’est pas unie et que les politiques proposées, à droite et à gauche, sont différentes.

NOUS SOMMES EN GUERRE. Tout ce qui tendrait à relativiser ce qui vient de se passer à Paris serait déjà un pas vers le déni, celui qui a retardé nos ripostes inachevées, et vers une confusion dans le mécanisme des décisions qui serait à la fois impardonnable et mortelle. De toute évidence, l’opposition de droite, dont les idées les plus claires ont été exprimées par Nicolas Sarkozy, François Fillon et Christian Estrosi, se place dans un dialogue extrêmement ferme avec le gouvernement. Le président de la République veut rééditer son coup de l’unité nationale du 11 janvier dernier. Il a eu raison de réunir le Congrès à Versailles et de décréter l’état d’urgence, de même qu’il a eu raison de pratiquer des perquisitions préventives dans les milieux les plus radicalisés et de bombarder Rakka en Syrie. La droite aurait pu attendre deux ou trois jours avant d’exprimer sa différence. Elle n’a pas tort, néanmoins, de montrer les failles de notre système de protection. Il est sous-développé. Il nous faut plus de policiers et plus de militaires. Le gouvernement devrait modifier le budget de 2016, il en a encore le temps, dans le sens d’un recrutement supplémentaire de personnels sécuritaires et de l’acquisition de moyens militaires et de renseignements.

Un débat oiseux.

Car, si nous ne pouvons pas arrêter des assassins déterminés à tirer sur une foule compacte, nous devons à tout prix agir en amont. De ce point de vue, le débat qui continue, aujourd’hui encore, et malgré notre deuil, entre mesures d’exception et respect de la démocratie devient oiseux. Il est temps que nous admettions que l’État islamique a déclaré la guerre à la France. Nous ne pouvons pas conduire cette guerre avec un budget de paix et avec des précautions démocratiques qui ne profitent qu’à nos ennemis. Nous devons geler les mosquées radicalisées et tous les milieux où se trament les complots contre notre sécurité. Nous n’avons pas le choix, et je n’ai pas du tout le sentiment de n’être pas en phase avec tout ce que dit le Premier ministre, Manuel Valls, depuis vendredi dernier. Dans ces conditions, je ne vois pas pourquoi la majorité et l’opposition ne pourraient pas trouver un compromis sur l’effort que la France doit fournir. Il est vrai que les socialistes avaient très vivement critiqué la convocation du Congrès par Nicolas Sarkozy en 2009. Il est vrai que le bombardement de Rakka ne suffira pas à dissuader l’EI d’attaquer la France. Il est vrai que l’état d’urgence ne suffit pas à protéger la population civile. Mais l’opposition peut voir dans toutes ces décisions le début de ce qu’elle-même aurait fait.

Nous sommes tous des cibles.

Il ne s’agit pas, cette fois, de protéger des journalistes, des juifs ou des policiers. C’est toute la population française qui était visée par les attentats du 13 novembre. Des tueurs n’exprimant aucune émotion se sont contentés de tirer dans le tas. Il y avait des musulmans parmi leurs très nombreuses victimes. L’idéologie de mort qui a incité Daech à commettre de tels crimes est très exactement ce que nous devons combattre et les Français qui, malgré l’état d’urgence et l’interdiction des rassemblements, se sont retrouvés néanmoins spontanément dans quelques endroits de la capitale, voulaient démontrer que la vie finit toujours par triompher. La classe politique ferait bien de se souvenir que les Français, unis devant l’épreuve, ne supporteraient pas qu’elle se querelle une fois de plus, au moment où ses responsabilités sont immenses. Elle doit se souvenir que ce qui la divise n’a absolument aucune commune mesure avec l’immense danger que nous font courir les islamistes. Il ne fait aucun doute que, si de tels attentats ont pu se produire, cela signifie que nos services de renseignements et de sécurité ont été mis gravement en échec, qu’il faut faire un effort considérable en matière de prévention et qu’il faut établir un ordre des priorités : le respect de tous les droits inscrits dans la Constitution n’est valable que pour les civils, pas pour une armée ennemie qui a infiltré la société française.
Le gouvernement a donné un premier coup de pied dans la fourmilière. Il y en aura d’autres. Nous allons vivre des moments particulièrement désagréables, soit parce que de nouveaux attentats vont avoir lieu, soit parce qu’il faudra sévir au nom du soupçon plutôt qu’au nom des preuves. Cela ne veut pas dire que le pays sera alors dans une dérive sécuritaire qui compromettrait durablement les droits de l’homme. Peut-être est-il temps que nous nous mettions tous d’accord sur la marche à suivre puisque nous sommes tous des cibles pour Daech.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Gagner cette guerre

  1. Num dit :

    Bravo !
    Le plus important est maintenant que l’unité nationale ne soit pas un prétexte pour masquer l’inaction. Il faut agir, agir vite, agir fort.
    Certes, il ne faut éviter tout amalgame mais pour autant il faut commencer par faire respecter la loi partout et dans nos banlieues et ne plus tolérer toutes ces petites entorses à la laïcité qui forment le terreau de ce djihadisme meurtrier aveugle. Ne plus fermer les yeux sur les incitations à la haine et à la violence.
    Toute mollesse, toute faiblesse ne feront que nous conduire à plus de morts.
    Nous sommes dans la même situation que face à la montée du nazisme a la fin des années 1930. Ou nous capitulons et nous nous ferons massacrer. Ou nous résistons et nous combattons et nous pourrons vaincre cet ennemi inhumain et barbare.

  2. Dieterlen dit :

    Les terroristes, d’une façon générale, seraient-ils des individus frustrés avec des accès paranoïaques qui veulent imposer leurs diktats avec comme prétexte le feu purificateur qui serait le moyen de laver la souillure de la mère par le père? Il faut se rappeler qu’aucun mouvement terroriste n’a vaincu. Il y a même eu des repentis. Mais il ne faut pas céder à l’intimidation .

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