Sécurité : l’émoi de la gauche

Cazeneuve : l'état d'urgence n'est pas permanent (Photo AFP)

Cazeneuve : l’état d’urgence n’est pas permanent
(Photo AFP)

Deux mesures, dont l’une, l’état d’urgence, est déjà appliquée, et l’autre, la déchéance de nationalité pour ceux qui en ont deux, s’ils sont impliqués dans des actes terroristes, doit faire l’objet d’une modification de la Constitution, sont vivement soutenues par le pouvoir et énergiquement combattues par une bonne partie de la gauche.

L’ÉTAT D’URGENCE sauve des vies humaines. Il a permis aux autorités de lancer des centaines de perquisitions, de saisir quelque deux cents armes, d’interpeller des suspects et de créer, dans les milieux séduits par le terrorisme, un désarroi peu propice à la préparation de nouveaux crimes. La question posée par une partie de la gauche et toute l’extrême gauche concerne le laps de temps que va durer l’état d’urgence. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a répété ce matin qu’il n’est pas permanent. Les défenseurs des libertés rappellent néanmoins que l’état d’urgence doit être provisoire. S’il devenait une longue habitude, il menacerait notre démocratie. Déjà, les interpellations de personnes qui manifestaient en faveur de l’environnement mais ont commis des actes violents sont mises au compte de l’état d’urgence qui, élargi aux questions ne relevant pas du terrorisme, permettrait à l’état de sévir contre des groupes divers et d’obtenir à bon prix la paix sociale, sans être entravé par les procédures judiciaires.

Les lois ne doivent pas servir au terrorisme.

Cependant, nous ne lutterons pas efficacement contre le terrorisme si nous lui donnons l’avantage démocratique, c’est-à-dire les moyens légaux qui autorisent les manoeuvres dilatoires et la disparition des accusations dans un labyrinthe juridique. Le terrorisme est un cas d’exception qui ne peut être combattu que par une justice d’exception. L’enjeu est très clair : ou bien nous harcelons les nombreux individus qui préparent de mauvais coups contre la société française, ou nous nous drapons dans la tunique constitutionnelle et attendons d’être frappés tous les jours. Nous verrons bien en tout cas s’il y a lieu, en février prochain, de prolonger l’état d’urgence. Ceux d’entre nous qui sont le plus attachés au fonctionnement démocratique ne resteront sûrement pas insensibles à un nouvel attentat, d’autant que nous sommes encore tous sous le choc du 13 novembre.

Un terroriste ne s’intéresse pas à sa citoyenneté.

Quant à la déchéance de la nationalité française, il est étrange que François Hollande ait repris non seulement une idée du Front national, puis de l’UMP, mais qu’il y tienne assez pour vouloir l’inscrire dans la Constitution. Il vient vite à l’esprit qu’un affreux jojo qui a pour ambition de se faire exploser au milieu d’un groupe de civils innocents néglige complètement le risque de perdre la nationalité française. La disposition ne concernerait donc qu’un groupe de gens peu nombreux. Est-elle indispensable ? Franchement, non. Elle crée un autre de ces débats sur le sexe des anges dont nous restons si friands malgré les malheurs qui nous accablent (du chômage à l’insécurité) et la France n’en accouchera que dans la douleur alors que la lutte contre le terrorisme est aussi affaire de vitesse. Pour être juste, les 65 millions de citoyens que nous sommes ne souffrent guère de l’état d’urgence alors que son utilité est indéniable et ne souffriraient pas davantage de la déchéance de nationalité si elle devenait légale. On pense ce que l’on veut de M. Hollande, mais cet homme-là n’utilisera jamais une loi, fût-elle scélérate, contre l’immense majorité de ses compatriotes. Il lui reste à nous expliquer de manière convaincante pourquoi il y tient tellement.

RICHARD LISCIA

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One Response to Sécurité : l’émoi de la gauche

  1. Num dit :

    Réponse : il y tient tellement pour donner des gages à la droite dont il a besoin pour voter sa réforme constitutionnelle. Mais en effet, c’est purement symbolique.

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