Régionales : panique à gauche

Sarkozy : non au front républicain (Photo AFP)

Sarkozy : non au front républicain
(Photo AFP)

Dimanche, les Français voteront pour le premier tour des régionales. Le second tour aura lieu le 13 décembre. 1910 personnes seront élues parmi dix fois plus de candidats. Le scrutin devait avoir lieu en mars, il a été repoussé à décembre (pour cause de réforme régionale) et le nouveau mandat sera donc amputé de neuf mois. Les élections régionales de 2021 auront lieu en effet en mars.

LA CONSULTATION introduit une part de proportionnelle et des effets de seuil, à 5, 7 et 10 % des suffrages exprimés pour être élu. Le nombre de régions dans l’Hexagone est passé de 22 à 13. Le PS tenait, jusqu’à présent, 20 régions. Les sondages lui prédisent une déroute : il n’en conserverait que trois. La droite et le centre, partis de très bas, ne peuvent que remonter. Mais, depuis quelques semaines, les résultats des sondages d’opinion, pour autant qu’ils soient fiables, indiquent une vive poussée du Front national, une baisse du nombre des intentions de vote pour la droite, un affaiblissement supplémentaire de la gauche qui serait lié aux attentats du 13 novembre. Du coup, le FN apparaît comme le premier parti de France et le PS comme le troisième. On est passé, peut-être durablement, du bipartisme au tripartisme, avec des conséquences très difficiles à évaluer mais qui offrent un aperçu sur ce qui va se passer aux élections présidentielle et législatives de 2017.

Trois cruelles hypothèses.

Face à l’ascension du Front, qui ne nous semble pas moins menacer la droite que la gauche, il y a trois attitudes possibles au lendemain du premier tour : dans les régions où le PS arrive troisième, il peut soit se maintenir et provoquer ainsi la victoire du FN au second tour (au détriment de la droite), soit retirer ses listes en espérant que la droite et le centre arrivent en tête le 13 décembre, soit fusionner ses listes avec celles des Républicains, de l’UDI et du MoDem. C’est une sorte de non-choix dans la mesure où ces trois hypothèses sont également cruelles pour le PS. Si, comme le croit Manuel Valls, il faut faire barrage au Front à tout prix, la fusion des listes est le seul remède possible. Mais, autre humiliation pour la gauche, Nicolas Sarkozy n’en veut pas. Il estime qu’il n’existe aucune ressemblance entre les programmes de la gauche et de la droite. Un accord de compromis après le premier tour, aurait pu, dans un pays apaisé, être négocié, mais Les Républicains craignent qu’il soit très mal interprété par leur électorat. C’est la seule raison qui les empêche de renvoyer l’ascenseur à la gauche, laquelle, au second tour de la présidentielle de 2002, a voté massivement pour Jacques Chirac afin d’écarter Jean-Marie Le Pen de la présidence de la République. Le retrait pur et simple des listes est un crève-coeur pour la gauche : il signifie que, dans une région donnée, elle ne disposerait d’aucun conseiller régional.

Une répétition de 2017.

L’imbroglio dans lequel se trouve le PS, par ailleurs concurrencé dans certaines régions par les Verts et le Front de gauche, avec lesquels il n’a pu passer un accord, montre que la vive remontée de la cote de popularité de François Hollande (un sondage Ifop pour Paris-Match lui accorde 50 % d’opinions favorables) n’améliore pas les chances électorales de la gauche. Ce que, fatalement, on retrouvera lors des échéances de 2017. On ne sait pas si, grâce à un peu de croissance, la gauche va se renforcer politiquement, mais ce dont on est sûr, c’est que l’ascension du FN est irrésistible et qu’elle a modifié de fond en comble le paysage politique français. Le tripartisme, en effet, est incompatible avec le fonctionnement de la Vè République, dont la Constitution prévoit des majorités fortes capables de gouverner. Si un parti, par exemple le FN, se renforce, ce ne peut donc être qu’au détriment d’un autre parti, le PS en l’occurrence. Quand le Front parviendra à une moyenne de 30 % des suffrages sur tout le territoire, il ira au pouvoir seul, sans la gauche ni la droite. Pour ceux qui pensent que cette issue serait désastreuse, le rejet du front républicain est une forme de suicide.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Régionales : panique à gauche

  1. CHEMILA dit :

    Tout est bon pour que la gauche tombe. Le FN président de quelques régions ne fera pas basculer la présidentielle à l’extrême droite. Et une gauche balayée aux régionales risque de faire tomber l’assemblée, car des députés socialistes quitteront le navire qui coule en crachant sur la coque. Plus vite les aberrations gauchistes de ces gens incompétents cesseront d’enfoncer la France dans la récession et la tiers mondialisation, mieux cela vaudra.

  2. Num dit :

    Le front républicain c’est la meilleure façon de faire la courte échelle au FN, en objectivant l’alliance LR-PS et en le positionnant comme unique alternative. Ce serait une stratégie de courte vue qui marcherait (peut-être) ce coup-ci mais qui provoquera l’inverse de l’effet recherché en 2017.
    Le PS devra assumer ses responsabilités, soit en se maintenant et en laissant la victoire au FN, soit en se retirant en étant éliminé politiquement de régions entières. Mais il l’a bien cherché. Le dilemme est cruel. La semaine prochaine va être extrêmement intéressante.

    Je note que vous avez changé d’avis car il y a deux semaines vous prédisez un renforcement du PS après la bonne séquence de Hollande. C’est tout l’inverse. Les Français ne sont pas dupes: il se réunissent derrière leur président en période de crise mais ils savent bien qui porte la réponsabilité de l’inaction ayant conduit aux événements tragiques de 2015….

  3. Bernard A dit :

    L’arroseur arrosé !
    Les LR n’ont cette fois qu’une seule ligne de conduite possible, ce qui leur rend les choses plus faciles : laisser le PS dans le dilemme. Soit permettre au FN de rafler plusieurs régions, soit de n’être pas représenté dans celles ci. M. Valls veut faire barrage au FN. Il ne peut que demander le retrait des listes socialistes arrivant troisième sinon il se dédit. Mais sera t-il suivit par les listes régionales? Pas sûr du tout !
    Votre titre est très juste : sacré panique au PS pour préparer dimanche soir !
    Je trouve dans mon cabinet les gens très déprimés, les attentats y sont pour beaucoup, mais, en parlant avec eux, j’ai aussi eu la surprise de découvrir qu’ils se sentent coupables à l’avance pour dimanche. Beaucoup vont voter FN pour la première fois alors qu’ils n’ont pas du tout ses idées racistes. Et une fois qu’on a voté populo-extrémiste, on le refait, la culpabilité diminuant a chaque vote ! Cela ne laisse rien présager de bon pour 2017.

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