Corse : le danger nationaliste

Cazeneuve avec les pompiers corses (Photo AFP)

Cazeneuve avec les pompiers corses
(Photo AFP)

Aux élections régionales, la Corse n’a été gagnée ni par la gauche ni par la droite mais par les nationalistes. À la suite d’une agression contre des pompiers dans un quartier sensible d’Ajaccio, une manifestation à connotation raciste, avec saccage d’un lieu de culte musulman, a été dénoncée par Gilles Simeoni, le nouveau président de l’exécutif corse.

M. SIMEONI a répété à plusieurs reprises que lui et ses amis étaient hostiles à toute forme de racisme et de xénophobie. Le gouvernement n’en est pas moins inquiet qui craint que la percée des nationalistes aux élections régionales se traduise par de nouvelles revendications de type sécessionniste. Ce matin, dans « le Parisien », le Premier ministre, Manuel Valls réaffirme l’opposition du gouvernement à toute négociation avec les nationalistes pour changer le statut de l’Île de beauté. Sur I-Télé, Jean-Pierre Chevènement a déclaré ce matin que les républicains devaient combattre le nationalisme corse aussi bien que le Front national.

Un mouvement identitaire.

Les déclarations apaisantes de Gilles Simeoni et de Guy Talamoni, nouveau président de l’Assemblée de Corse, ne suffisent pas, en effet, à corriger la démarche identitaire de leur mouvement, lequel n’a cessé d’appuyer ses exigences sur une vive intolérance à l’égard de ce qui n’est pas corse, à commencer la présence dans l’île d’une population issue de l’immigration. L’attaque contre des pompiers est scandaleuse à plus d’un titre, mais ce n’est pas la première fois qu’un tel incident se produit sur le territoire national. La manifestation de Corses qui a suivi avait une tonalité clairement raciste (« Arabi fora » !). M. Simeoni, maintenant qu’il est arrivé démocratiquement au pouvoir, s’achète une conduite. Néanmoins, il y a une contradiction entre ses positions actuelles et passées sur le rapport des Corses avec les autres communautés.

Valls contre le nationalisme insulaire.

Les statistiques montrent qu’il n’y a pas plus d’incidents racistes en Corse que sur l’ensemble du territoire français. C’est la preuve même que le nationalisme corse n’a pas besoin de se servir de la xénophobie pour prospérer. D’ailleurs, M. Valls, qui a envoyé Bernard Cazeneuve aujourd’hui en Corse, l’a si bien compris qu’il est parti en guerre non pas contre l’intolérance corse, vraie ou supposée, mais contre contre le nationalisme insulaire, qui existe depuis toujours mais n’a jamais trouvé sa voie chaque fois que l’occasion lui était offerte de changer le statut de la Corse. Même si les nationalistes ont gagné les régionales, les tests électoraux du passé ont montré qu’il n’existe pas de majorité corse en faveur de la sécession.
On assiste donc à une tempête dans un verre d’eau. Le nationalisme corse s’exprime de temps à autre avec une force variable. Les élections régionales lui ont apporté une consécration inattendue. Si les électeurs corses ont voulu, un peu comme ceux du continent, se séparer des caciques qui les ont gouvernés pendant des décennies, il n’est pas du tout prouvé qu’ils aient l’intention de se séparer de la France.

RICHARD LISCIA

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7 Responses to Corse : le danger nationaliste

  1. Michel de Guibert dit :

    Les positions de Gilles Simeoni et de Jean-Guy Talamoni ne sont pas exactement les mêmes et ne sont pas superposables.

  2. Antonini Danielle dit :

    Oui mais c’était la première fois que cela se produisait en Corse. Avec en plus des paroles racistes de type « sales corses » mais cela on a a visiblement le droit de le dire sans que les médias et politiques français s’en formalisent

    • Pascal morel dit :

      J’ai travaillé en Corse et je peux vous dire qu’en 1982 il y avait des problèmes de racisme. Nous, les continentaux, étions mal vus, nous sortions le soir en groupe. J’ai vu que la Corse est une zone de non-droit comme certaines banlieues, des gens se baladent armés. Magouilles, trafics, les Corses sont paresseux et n’ont rien apporté à la France ; il faut s’en débarrasser. Qu’ils se débrouillent avec leur mafia. Les Bretons ont plus souffert de la France, combien de Corses sont morts pendant les deux guerres? Kénavo.

      Réponse
      Opinion extrême à ne pas partager.

  3. JMB dit :

    Dans le dernier quart du XVII ème siècle, des émigrés grecs sont installés dans la région de Poamia, Salogno, Revinda. Les Génois déclarent que « ces gens doivent non seulement remettre en état les lieux…mais avec le travail et l’habileté propre à leur pays, ils doivent rendre ces contrées fertiles et riches ». Des peines sont prévues contre tout Corse qui manifesterait une hostilité aux Grecs.
    En 1728, au début de l’insurrection contre Gênes, les Grecs sont attaqués, Paomia détruite. Ils se réinstalleront autour de Cargèse, elle-même plusieurs fois attaquée.
    La résurgence du nationalisme au XX ème siècle est marquée en 1975 par l’occupation de la cave viticole d’Aléria créée par des viticulteurs pieds-noirs. Au cours de cette occupation, deux gendarmes seront tués.
    Concordance des temps.

    • Michel de Guibert dit :

      Les Grecs et les Latins (corses) vivent aujourd’hui en bonne intelligence à Cargèse.
      Il faut savoir « laisser du temps au temps » (proverbe espagnol)

  4. Carlotti flavie dit :

    La quête identitaire en Corse reste d un flou total.On ne sait plus ce que signifie être Corse tant les discours sont confus. D’ailleurs, dès que la notion d’identité s’introduit dans la politique, c’est la fin du politique. L’atome du domaine politique, c’est le citoyen, pas l’homme privé. Peu importe d’oÙ l’on vient dans un Etat de droit, pourvu que l’on respecte les lois. Si en plus il faut étaler sa généalogie ou son patronyme, on est hors du politique et c’est dangereux.

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