Le nouveau terrorisme

Derrière une barrière, la dépouille du "terroriste" (Photo AFP)

Derrière une barrière, la dépouille du « terroriste »
(Photo AFP)

Hier, devant le commissariat du 18ème arrondissement à Paris, un homme a menacé d’un hachoir des policiers en faction. Il a été abattu. Il portait une fausse ceinture d’explosifs et une lettre consignant sa profession de foi musulmane. Il n’est pas identifié avec certitude. Ce pourrait être un Tunisien d’une vingtaine d’années, interpellé à Fréjus il y a deux ans pour vol.

LES POLICIERS n’ont dû leur salut qu’à leur vigilance et à leurs réflexes. Il ne faut pas en tirer la conclusion qu’il s’agissait d’une sorte de mini-attentat relevant plus d’un désordre psychique que du terrorisme organisé. L’agresseur du quartier de la Goutte d’Or, même s’il était dérangé, s’est auto-inscrit dans la mouvance de Daech et s’est livré à une opération purement personnelle. Cela signifie que non seulement nous avons eu et aurons encore à subir les attaques de l’État islamique mais que, désormais, n’importe qui peut décider un beau matin qu’il va s’attaquer à n’importe quel concitoyen au nom de l’islamisme. Du coup, les terroristes potentiels sont multiples et totalement incontrôlables. Certes, on admettra que l’homme au hachoir était moins dangereux qu’une bande de voyous munis de fusils-mitrailleurs. Mais, si on fait le bilan des assauts individuels qui ont déjà eu lieu et ont fait des victimes, on verra que l’appartenance à Daech n’est pas toujours une certitude absolue et que, sous couvert de djihadisme, de nombreux agresseurs règlent des comptes avec la société quand ce n’est pas avec eux-mêmes.

Prévention compliquée.

Le problème de la prévention, auquel je faisais allusion hier en montrant qu’il doit constituer pour le pouvoir un problème essentiel, devient de plus en plus compliqué avec l’apparition de ces terroristes isolés. L’idée que l’agresseur d’hier n’a aucun lien avec l’État islamique, mais qu’il en admirait l’action par ailleurs, est tout à fait plausible. Dans ce cas, il n’avait besoin ni d’une formation, ni d’un lavage de cerveau, ni d’un armement pour semer la terreur ou, sinon, pour perturber l’ordre public. Au moment où la France entière débat sur l’opportunité de condamner à la déchéance de nationalité les binationaux engagés dans le terrorisme, on est en droit de se demander si l’apparition de terroristes spontanés en France ne va pas avoir des effets dévastateurs sur le cohésion nationale.

Le risque de xénophobie.

On n’empêchera pas en effet les généralisations concernant la communauté musulmane. Racistes et xénophobes s’en donneront à coeur joie, en voyant en chaque musulman un sympathisant potentiel de l’État islamique. C’est d’ailleurs ce que l’EI souhaite. Il veut que s’affrontent les communautés religieuses dans une forme de guerre civile. Il veut que les musulmans de France soient persécutés. Il veut enfin que la terreur nous imprègne tous à chaque instant et que nous renoncions un jour à vivre paisiblement dans l’harmonie de nos différences.
Il est bon que nous accordions aux victimes d’attentats l’hommage qu’elles méritent ; il est bon que nous nous dressions collectivement contre la barbarie ; il est bon que nous nous soumettions aux contrôles de police et à une vigilance personnelle de tous les instants. Jusqu’à présent, les Français ont démontré que la violence des attentats, y compris ceux du 13 novembre, n’ont pas plongé notre société dans l’hystérie. Au contraire, manifestants, familles des victimes, commentaires publics ont tous tracé une ligne entre les terroristes et les personnes de confession musulmane qui participent honnêtement à la vie du pays. Il va falloir beaucoup de sang-froid pour poursuivre sur la même ligne en dépit des attentats qui risquent de se produire encore. Il ne suffira pas de combattre la violence, il faudra combattre aussi ceux qui voudront en tirer parti.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

One Response to Le nouveau terrorisme

  1. Le terrorisme est-il un trouble pathologique de la santé mentale confrontée à la santé sociale? Cela se discute en quatre combinaisons à l’échelle individuelle et/ou collective. Entre la folie des sages et la sagesse des fous, le vertige puis la terreur!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.