Renault, l’écologie et l’emploi

Mme Royal : pas de logiciel truqueur chez Renault (Photo AFP)

Mme Royal : pas de logiciel truqueur chez Renault
(Photo AFP)

Après Volkswagen, Renault est plongé dans une crise sérieuse par la révélation qu’une perquisition destinée à vérifier ses dires en matière de pollution avait été effectuée récemment dans ses locaux. Selon la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, la perquisition a démontré que Renault, contrairement à Volkswagen, ne s’est pas équipé de logiciels truqueurs, mais elle estime que ses voitures polluent plus que la société veut bien le dire.

À LA BOURSE, l’action Renault a perdu jusqu’à 20 % dans la journée d’hier, puis elle s’est reprise. Le problème ne concerne pas le sort des actionnaires, mais le marché de l’automobile en France, qui a fait un brillant comeback l’année dernière et qui était bien placé pour se développer cette année. Si on en juge par ce qui se passe dans la firme allemande, les ravages peuvent être considérables : les ventes de Volkswagen ont diminué au total de 5 % en 2015 et la marque a perdu la première place des ventes de véhicules dans le monde au profit de Toyota. Mais les cas allemand et français sont différents. Volkswagen a menti et le gouvernement américain lui fait un procès. Il réclame 20 milliards de dollars de dommages et intérêts. Renault n’a rien commis de frauduleux ; malheureusement, ses voitures polluent beaucoup plus dans les conditions de conduite habituelles qu’en laboratoire.

Le rôle de la CGT.

Les pouvoirs publics, sans doute conscients du danger qui pèse sur l’industrie automobile, n’ont donné aucune publicité à la perquisition, d’autant qu’ils se sont satisfaits de ce qu’ils ont trouvé, à savoir que Renault n’utilise pas des logiciels qui masquent les taux de pollution réels. La CGT a cru bon de « révéler » l’affaire, en pensant que, mise au pied du mur, l’entreprise embaucherait des personnels supplémentaires pour travailler sur les normes environnementales. En réalité, elle a pris le risque de déclencher une crise susceptible de réduire le chiffre d’affaires de la compagnie et d’aboutir à des licenciements. Ce qui, d’ailleurs, a conduit Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, à déclarer que l’annonce de la CGT était prématurée. Au tribunal moral, on verra, avec le temps, si la CGT, censée défendre l’emploi, n’a pas commis un acte irréparable. Mais on dira aussi que la transparence de l’industrie automobile est une nécessité, que les niveaux de pollution, notamment en ville, deviennent insupportables et que sacrifier l’environnement à la bonne santé économique de l’industrie n’est pas la solution ; et donc, que, en ce sens, la « révélation » de la CGT serait un acte civique.

Rude leçon.

Les Français ne cesseront pas d’acheter des automobiles parce que Renault est soupçonné de manque de zèle écologique. Il est probable que les Renault seront plus difficiles à vendre sur les deux marchés, du neuf et de l’occasion. La leçon est rude : la manipulation de l’information peut entraîner de sérieux dommages économiques aux entreprises et aux particuliers. D’autant que Renault s’apprête à mettre sur le marché une nouvelle gamme de véhicules et que l’affaire risque d’en compromettre le succès. Ce qui nous renvoie au débat permanent entre défenseurs de « l’économisme » et ceux de l’environnement, qui estiment que nous devons changer notre mode de vie, en finir avec les énergies fossiles, n’acheter que des voitures électriques, domaine où Renault est d’ailleurs relativement avancé. Il est cependant très difficile de croire que ce mal absolu et chronique qu’est le chômage en France sera guéri par un bouleversement de nos habitudes de consommation. Il n’y a pas de précédent de ce genre qui soit un succès. Le renoncement immédiat et sans transition au moteur à explosion se traduirait forcément par la disparition d’un pan essentiel de notre industrie et une aggravation du chômage.
RICHARD LISCIA

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