USA : une campagne très spéciale

Bernie Sanders (Photo AFP)

Bernie Sanders
(Photo AFP)

La campagne électorale aux États-Unis commence aujourd’hui par l’Iowa, un État très peu peuplé (3 millions d’habitants) qui, parfois, donne une tendance durable. Elle ne ressemble à aucune des campagnes précédentes : des outsiders se sont déjà imposés, ce qui brouille toute certitude, notamment dans la camp républicain.

IL EST VRAI qu’on ne parle que de Donald Trump, un homme qui a fait fortune dans l’immobilier (après quatre faillites) et qui prononce une énormité par jour. Son langage viril, injuste, provocateur, grossier lui vaut 35 % des voix selon les sondages, ce qui le place largement en tête de tous ses rivaux, y compris Ted Cruz, qui arrive deuxième dans les sondages d’opinion et qu’on peut considérer comme l’incarnation du Tea Party. La grande nouvelle, c’est que le Tea Party, déjà gênant pour les républicains dans la mesure où ses idées sont marginales et risquent d’envoyer la droite à la catastrophe, est dépassé. M. Trump a trouvé mieux ou pire. « Si je m’arrêtais en plein coeur de New York et commençais à tirer sur la foule, on voterait encore pour moi », a-t-il déclaré. Effectivement, on ne voit pas, pour le moment, ce qui pourrait freiner sa marche triomphale : plus il avance des idées absurdes ou inapplicables et plus son succès grandit. Peut-être finira-t-il par faire le plein des électeurs qu’il séduit par sa goujaterie et son délire. Pour le savoir, il faut attendre la suite. On se hasarderait à penser qu’il se livre à une démystification du cérémonial politique s’il n’avait recours à des moyens sinistres, démagogie, mensonges, simplifications, machisme. M. Trump veut être différent, il est vulgaire.

La désaffection de l’opinion à l’égard des élus.

Mais les républicains ne seraient pas mieux lotis s’ils devaient accorder leur investiture à Ted Cruz, sénateur du Texas, d’origine cubaine par son père : il ne ferait pas le poids face à Hillary Clinton et l’on suppose qu’elle souhaite ardemment sa victoire. Depuis 2008, le parti républicain est gangrené par le Tea Party, qui a beaucoup contribué à la désaffection des Américains pour la vie politique et pour le Congrès. L’immobilisme parlementaire, dû, depuis sept ans, à la haine indicible que la droite américaine voue à Barack Obama, a disqualifié les élus. Donald Trump a su capter le désenchantement national, mais au lieu de proposer un système libéré des influences religieuses, économiques et financières, il envisage un exécutif brutal qui, par exemple, expulserait tous les musulmans, mais dont la Constitution des États-Unis ne permettrait pas le fonctionnement. Autant dire que ce qu’il promet à ses nombreux électeurs n’est qu’illusions.
Devant cet incroyable recul de la pensée et de l’intelligence, Hillary Clinton ne devrait-elle pas gagner dans un fauteuil ? L’ancienne first lady qui, en 2008, était très sûre d’elle-même et n’a pas vu venir un jeune sénateur de l’Illinois nommé Barack Obama, est contestée cette année par un concurrent à la fois improbable et efficace, Bernie Sanders, 74 ans, six ans de plus qu’Hillary, sénateur du Vermont, qui se déclare socialiste et dont le programme est ambitieux : il veut mettre un terme à l’influence des grands groupes sur la politique, accentuer la réforme de l’assurance-maladie, créer un fonds de retraite garanti par le gouvernement fédéral, réglementer le financement des campagnes électorales, bref réintroduire un peu de justice sociale dans des structures trop libérales pour protéger les gens qui travaillent mais ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Il entend donc combler une faille énorme du système, les inégalités sociales, qui, à cause de la mondialisation, n’ont jamais été aussi prononcées depuis la naissance des États-Unis. Les Américains qui votent pour M. Sanders ont compris que tout le monde ne peut pas devenir milliardaire. M. Sanders n’est pas un candidat négligeable. Ce qu’il veut faire est méritoire. Mais, comme le répète Hillary Clinton, son projet n’a aucune chance d’aboutir.

Un choc Clinton-Trump ?

En fait, M. Sanders, malgré ses idées respectables, fait à la gauche ce que le Tea Party a fait à la droite : sa campagne risque de n’avoir pour résultat que l’affaiblissement de Mme Clinton. S’il la devance dans les primaires, et est investi par son parti, il n’aura aucune chance de battre le candidat républicain. S’il se contente de lui prendre des voix, il la rendra plus vulnérable lors des élections de novembre. Néanmoins, M. Trump, aujourd’hui, semble plus en mesure d’obtenir l’investiture de son parti que M. Sanders. Un choc Clinton-Trump se traduirait très probablement par la victoire de Hillary Clinton. Mais, attendez : Michael Bloomberg, 71 ans, ancien maire de New York et milliardaire, envisage de se présenter (il ne sait pas encore dans quel camp, républicain ou démocrate). Cette année, c’est la bagarre des vieux. Évitez tout pronostic : la campagne électorale sera la plus extraordinaire et la plus étrange à laquelle on aura jamais assisté.

RICHARD LISCIA

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One Response to USA : une campagne très spéciale

  1. Michel de Guibert dit :

    Pire qu’en France ?

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