Poutine sauve Assad

Poutine est en train de gagner la partie (Photo AFP)

Poutine est en train de gagner la partie
(Photo AFP)

À la frontière turque, des dizaines de milliers de Syriens, hommes, femmes, enfants, sont massés. Ils ont fui les bombardements d’Alep. La Turquie a refusé jusqu’à présent de les laisser entrer sur son territoire. La crise humanitaire est aiguë.

LE RÉGIME TURC mérite d’être critiqué et contesté. Mais on doit reconnaître que la Turquie héberge des centaines de milliers de réfugiés, des civils qui ont fui les combats en Syrie et en Irak. Les Syriens venus d’Alep ont été chassés de la ville par les bombardements massifs de l’aviation russe. La concurrence est vive entre les armées de l’air qui jettent des bombes sur le territoire syrien, mais chaque belligérant à un objectif précis : la France et les États-Unis veulent affaiblir à la fois Daech et l’armée de Bachar Al-Assad. La Russie fait tout le contraire. Elle aide Bachar à reconquérir du terrain et elle y parvient. Elle le fait principalement en bombardant les positions de l’opposition syrienne et se préoccupe peu des combattants islamistes. Sa stratégie de remise en selle d’un pouvoir qui risquait de disparaître passe par des assauts aériens aveugles contre ceux qui se sont rebellés contre Bachar et les civils qui les entourent. Le nombre de morts et d’exilés ne cesse d’augmenter.

La négociation dans l’impasse.

Pendant ce temps, sous l’égide de l’ONU, une tentative de négociation est amorcée qui a pour but de mettre fin aux combats et de prévoir un calendrier politique et électoral susceptible de ramener le calme en Syrie. L’effort diplomatique est indispensable parce que, s’il n’existait pas, il n’y aurait aucun espoir de retour à la paix. Mais la configuration des parties en présence fait d’une solution négociée une perspective bien improbable : l’Iran et l’Arabie saoudite se battent par milices interposées, le premier pour soutenir Bachar Al Assad, la seconde pour l’éliminer. Américains et Français estiment que la guerre se poursuivra tant que le dictateur syrien ne sera pas parti. C’est là que les Russes jouent un rôle essentiel : avant l’intervention militaire, personne ne donnait cher de la peau de Bachar. Maintenant qu’il est sur le point de reprendre Alep et qu’il va être en mesure de contrôler la portion la plus grosse du territoire syrien, la négociation qui a été ouverte n’a plus beaucoup de signification : le problème est presque réglé par la victoire sous assistance russe de Bachar. Aussi bien l’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, a-t-il décidé de repousser au 25 février la reprise de pourparlers déjà très mal engagés : les Russes y mènent le bal, les États-Unis défendent mal leur position, la France n’y a qu’une voix affaiblie, les Kurdes (des combattants hors pair) sont absents.

La Russie s’installe au Proche-Orient.

D’ici au 25 de ce mois, les Occidentaux ont tout le loisir de réfléchir à ce qui apparaît clairement comme une victoire militaire et diplomatique de la Russie et son corollaire, l’échec de tous les pays qui souhaitaient installer en Syrie un embryon de démocratie. Pourquoi l’aviation russe obtient-elle de meilleurs résultats que celle de la France ou de l’Amérique ? Parce que les pilotes de la coalition ne jettent pas des tapis de bombes, veillent à épargner les civils, prennent le temps de repérer leurs cibles, ne bombardent que lorsqu’ils sont à peu près certains d’éviter les dommages dits collatéraux. De son côté, Vladimir Poutine pratique la bonne vieille diplomatie de la canonnière : là où il y un obstacle, il le rase. Certes, la rébellion syrienne traverse une mauvaise passe, mais elle n’a pas dit son dernier mot ; certes, les Kurdes, absents de la négociation, sont très présents sur le terrain et, quoi qu’en pense Poutine, Bachar Al Assad ne pourra plus jamais reconquérir la totalité de la Syrie. Mais, pour la première fois, un Bachar soulagé commence à croire qu’il a encore un avenir et la Russie aura imposé son influence au Proche-Orient.

RICHARD LISCIA

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