Un gouvernement compliqué

Ayrault , la surprise du remaniement (Photo AFP)

Ayrault , la surprise du remaniement
(Photo AFP)

La composition du nouveau gouvernement Valls traduit un effort de rassemblement de la gauche en vue des élections de 2017, mais elle pose autant de questions qu’elle apporte de réponses. Il ne s’agit pas, en tout cas, d’un remaniement strictement technique. Si la ligne Valls est confirmée, les hommes et les femmes chargés de l’appliquer sont différents.

LA LISTE des ministres et secrétaires d’Etat obéit, une fois de plus, à la stricte parité, 19 hommes, 19 femmes, celles-ci occupant plutôt des secrétariats d’Etat tandis que ceux-là gardent ou obtiennent les habituels postes régaliens. Parmi les entrants, la nomination de Jean-Marc Ayrault aux Affaires étrangères (en remplacement de Laurent Fabius, qui va présider le Conseil constitutionnel) exprime la décision la plus surprenante du président de la République.
Pour deux raisons : la première est que, même si le nom de M. Ayrault était souvent cité depuis quelques jours, on avait beaucoup de mal à croire que l’ancien Premier ministre accepterait de servir, fût-ce dans une fonction importante, l’homme qui l’a remplacé naguère. Ce n’est pas un mystère : tout le monde sait qu’il avait conçu une grande amertume de son éviction et qu’il avait bataillé dur pour rester Premier ministre. Il est difficile de croire qu’il n’a pas gardé une dent contre celui qui devient de facto son nouveau patron. Sans doute entend-il exercer ses nouvelles fonctions avec la liberté dont jouissait Laurent Fabius, lui aussi un ancien Premier ministre qui ne s’est pas soumis à Manuel Valls à proprement parler. Les relations entre MM. Ayrault et Valls risquent, en tout cas, de nuire à la cohésion du nouveau gouvernement.

Une forme de cohabitation.

Si néanmoins M. Ayrault parvient à surmonter sa rivalité avec Manuel Valls, sa présence sera incompatible avec celle d’Emmanuelle Cosse, ex-patronne d’Europe-Ecologie-les Verts, qui devient ministre du Logement, au grand dam de son parti ou plutôt de ceux qui y sont restés et se sont retrouvés cet après-midi pour une réunion de crise. Pour M. Hollande, Mme Cosse est une belle prise, car, jusqu’à présent, elle était au diapason de Cécile Duflot, qui voue à M. Valls une aversion inextinguible. Mais Mme Cosse reste une écologiste hostile à la construction du nouvel aéroport de Nantes, lequel est le dada de M. Ayrault. Comment ces deux-là vont s’entendre, on se le demande.

Hollande a mis EELV en charpie.

Jean-Vincent Placé, qui frappait depuis des années à la porte du gouvernement, et Barbara Pompili entrent eux aussi au gouvernement. Ce sont des dissidents d’EELV et donc M. Hollande ne peut pas affirmer qu’il a réussi à ramener tous les écologistes au bercail. Il serait plus juste de dire que, à défaut de convaincre les irréductibles d’EELV, il a mis ce parti en charpie, et isolé Cécile Duflot. Il a embauché Jean-Michel Baylet, radical de gauche, qui souhaitait depuis longtemps un poste ministériel. Marylise Lebranchu a quitte son poste de ministre de la Fonction publique, confié à Annick Giradin, elle aussi du MRG. Le chef de l’Etat s’est donc efforcé de donner du nouveau gouvernement une image plus large, plus rassembleuse et il y est parvenu s’agissant des écologistes. Il a refusé de donner le Quai d’Orsay à Ségolène Royal, qui le réclamait pourtant. Il a laissé partir Fleur Pellerin et l’a remplacée au ministère de la Culture par Audrey Azoulay, qui était sa conseillère culturelle à l’Elysée. Il n’a pas accru les pouvoirs d’Emmanuel Macron, coupable d’indiscipline et de récidive. Il conserve sa garde rapprochée avec Jean-Yves le Drian, Michel Sapin, Bernard Cazeneuve.
Il s’agit sans doute de la dernière métamorphose gouvernementale avant les élections de 2017. Elle n’apporte rien au niveau de la croissance et de l’emploi. Elle permet au président d’élargir une base électorale qui ressemblait à une peau de chagrin. Elle contient donc un espoir de mettre fin aux divisions de la gauche, mais un espoir qui risque de ne pas être exaucé. Car la coexistence au sein du gouvernement d’éléments quelque peu disparates et susceptibles d’entrer en conflit peut aussi ruiner la stratégie électorale du chef de l’Etat.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Un gouvernement compliqué

  1. Michel de Guibert dit :

    On ne regrettera ni Christiane Taubira, ni Laurent Fabius, ni Fleur Pellerin… mais pourquoi diantre avoir gardé Marisol Touraine ou Najat Vallaud-Belkacem !

  2. Lilith dit :

    Pourquoi Marisol…?
    Mais parce que les médecins sont une patate chaude dont personne ne veut probablement.
    Elle assumera son impopularité jusqu’au bout et tant mieux.

    NB: À propos de Fabius, vous êtes un peu dur, cher confrère.
    Sur le problème syrien, personne n’a été flamboyant.

  3. Oj dit :

    Et le pays dans tout çà ?
    Ce remaniement n’est que pure stratégie politique, ce que notre président pratique depuis ses débuts au parti socialiste. Il compose et recompose tranquillement au gré du vent dont il excelle à anticiper les changements de direction. Peu importent ceux qu’il prend dans sa barque pourvu que ça le mène là où il veut aller. La position du president de la Vème République est très confortable. A l’évidence, ce nouveau gouvernement a été conçu à l’Elysée, et l’ont peut gager que tout va se décider dorénavant au niveau de la présidence par des relations singulières avec les différents ministres clés. Notre premier ministre est dès à présent pieds et poings liés. Mais ce qui est très fort, c’est que finalement, quelle que soit sa tendance, chaque ministre est dans la même sîtuation, celle d’être obligé d’avaler les couleuvres que le president lui fera avaler. Tout cela au nom de l’unité de la gauche.

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