Le front social se durcit

Myriam El Khomri a été maladroite (Photo AFP)

Myriam El Khomri a été maladroite
(Photo AFP)

La volonté du gouvernement de réformer s’affirmant, les syndicats et la gauche hostile aux changements se mobilisent. Manuel Valls se bat maintenant sur trois fronts : la révision du code du travail, la réforme de l’assurance-chômage et l’affaire de Calais.

LE PREMIER dossier passe par une nouvelle loi et concerne donc le pouvoir législatif. La ministre du Travail, Myriam El Khomri, ayant maladroitement déclaré que, s’il le fallait, la réforme passerait par l’article 49/3 de la Constitution, la levée de boucliers a été immédiate, avant même que le contenu du nouveau texte fût connu dans ses détails. Depuis, la ministre a changé d’avis : le recours au 49/3 n’aura pas lieu. Mais, à gauche, les mots ne manquent pas pour stigmatiser les « cadeaux » au patronat, dénoncer les atteintes aux droits des travailleurs, imaginer l’enfer vers lequel nous conduisent les changements proposés. La gauche de la gauche et la totalité des syndicats, CFDT comprise, font bloc.

Des méthodes inspirées de la flexi-sécurité.

L’idée de faciliter le licenciement pour « libérer » l’embauche passe d’autant plus mal que l’opinion a du mal à en comprendre le paradoxe. Mais ceux qui se battent contre la réforme ne semblent pas voir que les recettes habituelles contre le chômage, auxquelles nous avons si souvent recouru, ne l’ont pas enrayé, l’ont même aggravé et qu’il n’y a pas d’autre solution que de fragiliser le CDI (contrat à durée indéterminée) si on veut ouvrir l’accès à l’emploi à ceux qui frappent désespérément à sa porte.
Les débats à l’Assemblée, puis au Sénat, s’annoncent houleux. Le gouvernement devra compter sur le soutien de la droite s’il se refuse à utiliser le 49/3. Les dispositions prévues par la réforme devraient logiquement satisfaire l’opposition : elles s’inspirent des techniques de la « flexi-sécurité » qui sont déjà appliquées dans nombre de pays européens. Mais le débat aggravera encore un peu plus les relations du pouvoir avec sa majorité.
La réforme de l’assurance-chômage est dictée par son déficit cumulé qui atteint 30 milliards d’euros et s’est élevé à 5 milliards pour 2015. Le fonctionnement actuel de la protection sociale des chômeurs contribue donc à la dette nationale dans une proportion qui devient insupportable. La négociation, qui a commencé lundi, rassemble les syndicats et le patronat. Celui-ci veut diminuer les indemnités chômage de diverses manières : en réduisant son montant (la moyenne de l’indemnité est d’environ 1000 euros par mois), en diminuant la période d’indemnisation ou en mettant en oeuvre une indemnisation dégressive avec le temps. D’une façon générale, les chômeurs ne sont pas à la fête. Les jeunes, les seniors et les chômeurs de longue durée souffrent particulièrement. Plus de la moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés, en général parce qu’ils sont arrivés au terme de leurs droits. Si les organisations sociales ne parviennent pas à s’entendre, l’État devra trancher.

Calais : l’évacuation.

Les deux dossiers, code du travail et chômage sont étroitement liés : le plein emploi remplirait les caisses de l’Unedic. De deux choses, l’une : ou bien le sort des chômeurs est une cause nationale et l’État, c’est-à-dire le contribuable, prend en charge le déficit ; ou bien l’indemnisation est calculée pour inciter le chômeur à retourner vers l’emploi, ce qui est rarement facile. L’expérience a montré que la dégressivité n’a pas ralenti la progression du chômage. Une hausse des cotisations salariales et patronales ne devrait néanmoins intervenir que dans la perspective d’une reprise de l’emploi en France, car elle aussi peut freiner l’embauche.
Quant à l’abcès de Calais, que le gouvernement veut faire évacuer à partir de ce soir en jurant qu’il dispose de logements pour tous les migrants qui s’y trouvent, il donne lieu à la pire des confrontations, entre un État qui ne saurait maintenir une enclave où les règles d’hygiène et d’urbanisme ne sont pas respectées et des associations qui ne cachent ni leur colère ni leur aversion pour un pouvoir qui a décidé d’utiliser la force pour régler le problème. Là aussi, l’évacuation, quelles que soient les conditions dans lesquelles elle a lieu, laissera des cicatrices que la gauche de la gauche n’oubliera pas, même si le gouvernement n’est en rien responsable d’une crise provoquée par l’intransigeance britannique.

RICHARD LISCIA

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