La cassure du PS

Aubry : le réquisitoire (Photo AFP)

Aubry : le réquisitoire
(Photo AFP)

Il fallait s’y attendre : la politique du gouvernement de Manuel Valls ne cesse, depuis deux ans, de soulever la colère d’une bonne partie du PS, passée depuis longtemps dans une forme active d’opposition. Dans la tribune qu’elle publie avec plusieurs autres co-signataires dans « le Monde », Martine Aubry s’est décidée à porter l’estocade.

LE TEXTE est violent. Il évoque l’échec du quinquennat qui se transforme en « affaiblissement durable de la France ». Il recense les quatre consultations électorales perdues par la gauche, le pacte passé avec le patronat qui a coûté 41 milliards et n’a pas créé d’emplois, la déchéance de nationalité et, enfin et surtout, la réforme du travail telle qu’elle est exposée dans le projet de loi El Khomri. La charge est argumentée, mais elle contient un aveu inquiétant : « Que le patronat institutionnel porte ces revendications, pourquoi pas ? (…). Mais qu’elles deviennent les lois de la République, sûrement pas ! Pas ça, pas nous, pas la gauche ! ».

Savant calcul.

Autrement dit, Mme Aubry et ses amis ne préconisent pas une politique alternative à celle du président de la République, ils lui demandent seulement de rester dans les clous de l’idéologie socialiste. La tribune de Mme Aubry ne contient d’ailleurs aucune proposition concrète. On veut bien croire qu’elle et ses co-signataires soient meurtris par la déchéance de nationalité qui, effectivement contient, dans son essence, une injustice fondamentale parce qu’elle créée un clivage entre les citoyens, et on retient l’argument selon lequel la satisfaction de quelques revendications patronales n’a pas été payée de retour. Mais le document publié par « le Monde » n’est en aucun cas un cri du coeur, l’expression d’une exaspération dont les auteurs auraient perdu le contrôle, le rappel à une éthique pour mettre fins aux subterfuges politiques. C’est un pavé dans la mare, dont chaque éclaboussure et sa trajectoire ont été savamment calculées.
C’est alors que commence le mystère. À quoi cette intervention tonitruante, adressée à un président qui se trouvait en Argentine, peut-elle bien servir ? Martine Aubry a répété ce matin qu’elle ne brigue aucun poste, qu’elle ne regrette pas de ne pas avoir été placée à la tête du gouvernement et on n’a aucune raison particulière de douter de sa sincérité, sachant ce que son caractère rugueux recouvre de sens moral et de fidélité à ses idées. Pour le moment en tout cas, l’accusation contre M. Hollande, surtout coupable aux yeux des auteurs de laisser son Premier ministre jeter aux orties les « valeurs » de la gauche, consacre la cassure du parti socialiste. Elle place l’Élysée et Matignon sur la défensive, elle renforce l’opposition de la gauche de la gauche, qui se sent pousser des ailes même si elle ne sait pas dans quelle direction voler.

Y aura-t-il une gauche l’an prochain ?

Si Mme Aubry ne veut pas appliquer les idées qu’elle énonce, cela signifie qu’elle laisse M. Valls poursuivre ses réformes. Il ne va pas retirer la loi sur le travail parce qu’elle exaspère Mme Aubry, ce qu’il savait déjà. « Qui peut faire croire qu’augmenter le temps de travail va diminuer le chômage ? », demande la maire de Lille. Une quantité d’expériences conduites dans d’autres pays européens l’ont parfaitement prouvé. Elle avait sa réponse avant de poser la question. Et quand elle nous parle des « vraies réformes » à mettre en oeuvre, elle ne nous dit pas lesquelles. La vérité de l’un, c’est bien connu, est souvent l’illusion de l’autre. Manuel Valls, qui lui répond dans « le Monde » d’aujourd’hui, et qui n’ignore pas qu’il constitue l’unique cible de Mme Aubry, lui reproche justement de ne pas proposer « un début de solution ».
En revanche, Mme Aubry ne peut pas ignorer le chamboulement politique qu’elle a déclenché par son tir à un coup. Elle divise la gauche à 13 mois de l’élection présidentielle. Elle la prive de sa dernière chance de gagner. Elle disqualifie le président en exercice en s’attaquant à son Premier ministre, sans ébaucher la moindre alternative. Elle fait ce qu’il faut pour que 2017 ne soit qu’une vaste explication entre la droite et l’extrême droite. On peut certes se poser des questions angoissées au sujet de ce qui est de gauche et de ce qui ne l’est pas, mais il reste à savoir s’il y aura une gauche l’année prochaine.

RICHARD LISCIA

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One Response to La cassure du PS

  1. marco dit :

    Martine Aubry travaille, à mon avis, pour Jean-Marc Ayrault.

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