L’autre désastre nucléaire

La centrale de Fessenheim (Photo AFP)

La centrale de Fessenheim
(Photo AFP)

Jamais l’industrie nucléaire française ne s’est portée aussi mal : non seulement Areva s’est créé un passif de 5 milliards à l’occasion de diverses mésaventures commerciales, comme l’achat malencontreux d’une mine d’uranium, mais l’exercice de 2015 affiche un nouveau déficit de 2 milliards. Et ce n’est pas tout.

EN EFFET, pour secourir Areva, EDF est entré au capital de cette société, mais les perspectives commerciales pour le marché de l’électricité sont si médiocres que le titre EDF a chuté lourdement en bourse ce matin (plus de 8 %) après l’annonce de la démission du directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal. M. Piquemal n’est pas parti sur un coup de tête. Comme le dit Jean-Vincent Placé, secrétaire d’État à la réforme de l’État, la filière EPR, censée améliorer les réacteurs à la fois sur le plan environnemental et sur le plan sécuritaire, semble bel et bien inexploitable. Après avoir englouti des milliards, le premier réacteur EPR, que la France construit en Finlande, n’est toujours pas terminé. Celui de Flamanville a pris beaucoup de retard. Il existe en outre un projet gigantesque, la construction de deux réacteurs EPR au Royaume-Uni, à Hinkley Point, pour un montant de 23 milliards, dont certains experts d’EDF semblent penser qu’il n’ira pas à son terme car il risque de coûter beaucoup d’argent à la France au lieu de lui en rapporter.

L’EPR, éléphant blanc.

Cette crise, strictement financière, est le résultat d’erreurs de gestion que, à ce jour, le gouvernement n’a pas cherché à identifier. Bien entendu, elle fait le jeu des écologistes qui triomphent, non pas pour des raisons liées à l’environnement, mais parce que la technologie EPR a été mise en échec : comme le Concorde, elle est impressionnante mais elle est trop chère pour trouver un marché. Aux difficultés financières s’ajoutent les doutes que soulève le programme de François Hollande de réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique. Il s’est engagé à abaisser de 75 % à 50 % la part d’énergie atomique d’ici à 2025, mais il ne semble pas en prendre le chemin. Ministre de l’Environnement, Ségolène Royal a annoncé qu’il n’y avait aucune urgence à démanteler la plus ancienne des centrales nucléaires françaises, celle de Fessenheim. En Allemagne, où les réacteurs sont mis à l’arrêt et remplacés par des centrales à charbon, au détriment de l’environnement, une étude a été publiée qui affirme qu’un récent incident survenu à Fessenheim était plus grave qu’il n’a été dit, ce qui a conduit Berlin à exiger l’arrêt immédiat de cette centrale. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française a riposté en affirmant que Fessenheim est sûre et que le document allemand contenait des informations « exagérées ». De la même manière, les Suisses réclament l’arrêt de notre centrale de Bugey, située dans l’Ain, pas loin de chez eux.

Un prix de complaisance.

Bien entendu, Allemands ou Suisses n’ont pas tort de s’inquiéter de réacteurs vieillissants qui, postés à nos frontières, menacent leur propre sécurité. C’est lors de ce genre de différend que l’on mesure l’importance des politiques communes européennes. Un calcul circule, selon lequel il faudrait une bonne centaine de milliards pour démanteler les plus vieux de nos réacteurs d’ici à 2025. Le calcul qui n’existe pas, c’est celui qui pourrait dire de combien le prix l’électricité va augmenter en France, combien de milliards sont nécessaires pour l’enfouissement des déchets, à quel rythme il faut créer des sources d’énergie renouvelables pour en finir avec le nucléaire, et s’il était bien raisonnable, au cours des quarante années écoulées, de fixer des tarifs avantageux pour l’électricité en se fondant uniquement sur le prix à la production, qu’assuraient alors des centrales neuves, sans avoir tenu compte des déchets, des démantèlements inéluctables, et de tous les frais associés à une exploitation particulièrement compliquée et périlleuse. Sans compter les 37 milliards de dettes qu’EDF a accumulés.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’autre désastre nucléaire

  1. Lefrançois dit :

    Merci, Anne Lauvergeon, et les copains et les coquins qui l’avaient nommée à la tête d’Areva.

    Dr Jérôme Lefrançois

  2. HM dit :

    Certes… Est-ce une raison pour polluer encore plus les Français avec Linky, le compteur qui va injecter des signaux TFT (très hautes fréquences transitoires) via le CPL (courant porteur en ligne) dans les fils électriques de la maison et qui vont rayonner 24H/24 sur une distance de 2,5m, comme l’a mesuré l’université de Bretagne ?
    Sans parler des 700.000 antennes GSM posées sur les transformateurs de quartier à hauteur de maison.
    Conçue en 2007, cette technologie n’avait pas prévu que l’OMS déclarerait cancérigènes les champs électromagnétiques en 2011.

    Est ce une raison pour persister dans l’erreur ?Comme pour les centrales EPR ? EDF déçoit beaucoup ces derniers temps. La fuite en avant ne règle rien.

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