Côte d’Ivoire : la France visée

Mort sur la plage (PHOTO AFP)

Mort sur la plage
(PHOTO AFP)

L’attentat qui a eu lieu dimanche en Côte d’Ivoire, sur la plage de Grand-Bassam, visait bien sûr ce pays mais aussi la France. Il tend à montrer qu’aucun pays africain n’est à l’abri du terrorisme. Seize personnes ont été tuées dont quatre Français.

COMME EN TUNISIE, les terroristes sont arrivés par la mer. L’attentat ressemble à ceux de Bamako en novembre dernier et de Ouagadougou en janvier. Il s’agit chaque fois de tuer à la fois des Africains et des Européens. La multiplicité des attaques en Tunisie, en Libye et dans le Sahel est destinée à prouver que les organisations terroristes ont encore le bras long, frappent en des endroits plutôt inattendus (mais les autorités ivoiriennes n’ont pas caché qu’elles s’attendaient à un assaut contre leur pays) et maintiennent les services de sécurité (armée et police) sur le qui-vive. AQMI, Al Qaïda-Maghreb islamique: a revendiqué l’attentat de Grand-Bassam, pour rappeler qu’il faut compter avec lui et que le prétendu État islamique n’a pas le monopole de la violence et de la nuisance.

Les échecs de Daech.

La concurrence entre les deux organisations n’empêche pas le partage des tâches, même si la présence de Daech en Libye est perçue par AQMI comme une extension du domaine déjà vaste des forces du « califat » dirigé par Abou Bakr El Baghdadi. Les deux organisations ont rompu leurs liens en 2014. Ce qui n’empêche pas le « calife » de compenser les revers militaires qu’il subit aux mains des Russes en Syrie en essayant de s’implanter en Libye. Daech recule en Syrie sous les coups répétés de l’aviation russe et des offensives de l’armée loyaliste syrienne. Simultanément, se prépare en Irak la grande bataille qui doit lui arracher la ville de Mossoul, dans le nord du pays. L’organisation envisagerait de quitter Rakka, sa base principale en Syrie, pour s’installer dans le désert. Son assaut contre Ben Gardane, en Tunisie, a échoué alors que des actions militaires guidées par la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne tentent de la déloger de la Libye.
Les difficultés de Daesh sur le terrain n’empêchent pas l’insécurité de croître un peu partout dans le monde. Et les nouvelles venues d’Afrique inquiètent les Européens, les Français notamment, sérieusement secoués par les attentats de janvier et de novembre 2015.

L’attentat d’Ankara.

Daesh et Al-Qaïda ne sont pas les seules organisations à répandre le terrorisme. Un nouvel attentat a eu lieu dimanche à Ankara, le troisième en quelques semaines. Il y aurait une trentaine de morts et une centaine de blessés. Cette fois, ce sont les Kurdes qui sont montrés du doigt, eux qui se battent si bien contre Daech en Irak, mais qui, frustrés de la rupture des négociations qu’ils avaient nouées avec le gouvernement turc et harcelés par les bombardements turcs, reviennent à leurs méthodes violentes. La Turquie traverse donc une crise au moment précis où l’Union européenne est prête à lui donner des gages (par exemple la suppression des visas pour les ressortissants turcs qui voyagent en Europe) pour qu’elle s’occupe, moyennant finances, des dizaines de milliers de réfugiés qui traversent la mer Égée et pour qu’elle recueille ceux qui sont stationnés en Grèce et dont la présence menace ce pays fragile. Un plan a été mis au point qui va coûter 6 milliards à l’Europe, même si on n’est pas sûr que la Turquie est capable d’empêcher les migrants de poursuivre leur chemin vers l’Europe du nord ou qu’elle leur procurera des conditions d’hygiène et de confort suffisants.
La situation de la Turquie, secouée par le terrorisme, est inséparable de sa place dans l’Europe et du rôle politique qu’elle peut encore jouer alors que la presque totalité du Proche-Orient est plongée dans le chaos.

RICHARD LISCIA

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