Fonctionnaires à la sauce électorale

Éric Woerth : "infinançable" (Photo AFP)

Éric Woerth : « infinançable »
(Photo AFP)

Il faut décidément une belle dose de cynisme pour augmenter d’un point les salaires des fonctionnaires, juste pendant une crise autour de la loi Travail et à 13 mois d’une élection présidentielle. François Hollande ne cherche même plus à masquer son jeu. Il le joue, et peu importent les commentaires.

LES FONCTIONNAIRES, c’est certain, méritent largement une augmentation, eux dont le point d’indice n’a pas été relevé depuis cinq ans. Il n’y a pas d’exemple, dans le privé, d’une cure d’austérité aussi longue. Ouvrir et réouvrir le débat sur la fonction publique, sur ses effectifs pléthoriques, sur la nécessité d’en diminuer la masse salariale pour viser à l’équilibre budgétaire et au désendettement, cela ne signifie pas qu’il faille l’abolir, ce qui serait très nuisible à l’économie et aggraverait affreusement le chômage, ni qu’il faille sous-estimer ce que les fonctionnaires apportent à la production nationale et au fonctionnement même du marché. Le débat ne porte pas sur leur existence et leurs utiles missions, il se limite à une évaluation du nombre de fonctionnaires dont la France a besoin pour être correctement administrée.

Le choix du déséquilibre.

Comparés aux effectifs des autres pays européens, ceux de la France sont énormes, près de deux fois plus en France qu’en Allemagne dont on ne sache pas qu’elle est mal gérée. Le recrutement dans la fonction publique d’État et dans les collectivités locales a sans nul doute servi à compenser les ravages du chômage, ce qui aura été vital pour ceux qui ont ainsi trouvé un emploi, mais nous enfonce collectivement dans un déséquilibre où la part des emplois publics est trop élevée par rapport à celle du secteur privé. La masse salariale ainsi hypertrophiée nous prive des investissements qui nous permettraient de lancer de grands travaux structurels et créer des emplois.
Les fonctionnaires, pour autant, doivent-ils souffrir d’un gel interminable de leurs salaires ? S’il n’y a pas eu de hausse de l’indice pendant plus de cinq ans, il y a eu des promotions, ce qui a permis aux salaires d’évoluer quand même et à la dépense publique d’augmenter de manière périlleuse. Mais bon, pourquoi ne pas accéder à des revendications qui sont celles de tout un chacun ? Il n’y a aucune bonne raison pour maintenir 5,5 millions de salariés dans une forme de régime strict qui fait d’eux la variable d’ajustement de nos déficits.

Un coût de 1,75 milliard.

En revanche, l’idée de réduire le nombre de fonctionnaires dans un pays où ils sont notoirement trop nombreux n’est pas sacrilège. Elle apporte même la solution au problème du coût de la fonction publique, car une diminution du nombre faciliterait une hausse des traitements. Il s’agit de corriger une complaisance qui nous coûte trop cher et que rien ne justifie. Ne pas remplacer une partie des fonctionnaires qui partent à la retraite n’est donc pas une méthode discriminatoire, c’est seulement introduire un peu de bon sens dans une gestion qui continue à nous valoir les blâmes de Bruxelles, et à juste titre. Pendant que Michel Sapin, ministre des Finances, se réjouit des progrès de la France dans la résorption des déficits structurels et que nous bénéficions d’une baisse des taux qui nous permet d’emprunter à un taux dérisoire ou presque nul, la commission européenne souligne que nous faisons partie du peloton européen des mauvais élèves, au même titre que l’Italie ou le Portugal.
L’État négocie actuellement avec les organisations syndicales sur le montant de la revalorisation de l’indice. Tout le monde sait qu’il ira jusqu’à un pour cent, ce qui coûterait 1,75 milliard que nous nous empresserons d’emprunter sur les marchés de capitaux. Mais les syndicats ne l’entendent pas de cette oreille qui exigent un rattrapage pour les cinq années sans augmentation ! Ce matin, Emmanuel Macron a trouvé cette revendication excessive tandis qu’Éric Woerth, spécialiste budgétaire des Républicains, jugeait la démarche gouvernementale « infinançable ». François Hollande, qui a cru rallier la droite à son projet de loi sur le travail, avant de reculer devant la menace d’une explosion sociale et d’amender son projet de façon qu’il soit un peu plus acceptable pour la gauche, cherche maintenant à réconforter les fonctionnaires, son électorat naturel. Où qu’il se tourne, le citoyen lambda paie toujours les manigances politiques.

RICHARD LISCIA

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