« Nuit debout » : feu de paille ?

L'insouciance de la jeunesse (Photo AFP)

L’insouciance de la jeunesse
(Photo AFP)

La crainte la plus forte de François Hollande, au moment où son gouvernement a lancé la loi travail, c’était une révolte de la jeunesse. Nos meilleurs oracles prévoyaient un répit au moment des vacances de Pâques, et un arrêt définitif des protestations avec la préparation des examens de fin d’année. Il n’en est rien. Un mouvement, qui s’est donné le nom de « Nuit debout » campe en permanence place de la République à Paris.

DEPUIS quelques jours, nous ne manquons pas d’analystes ou de politologues pour décrire une mobilisation inédite de la jeunesse française, comparable aux « Indignés » d’Espagne et à son avatar, « Podemos », qui a maintenant sa place dans le panorama politique ibérique. Et nos intellectuels de souligner le sérieux de ces jeunes gens, écoeurés par l’avenir que le pouvoir leur prépare et capables eux-mêmes de faire des propositions pour une économie rénovée et des relations sociales qui préservent l’humain. On peut trouver le fil conducteur de ce raisonnement, mais on voit bien qu’il n’est pas en accord avec l’évolution de l’économie : il implique plus de dépense publique au moment où il faut la réduire et plus de protection sociale au moment où elle nous étrangle financièrement.

Un monde virtuel.

Le monde dont nous parlent les jeunes de « Nuit debout » est virtuel et inaccessible. Il ne peut être construit un jour que si la France assainit ses finances, retrouve une croissance d’au moins 3 %, ce qui n’est pas pour demain, et se lance avec ardeur et détermination dans la création d’entreprises innovantes. Cette dynamique n’existera pas tant que nous renforcerons le filet social et assurerons à nos jeunes des salaires suffisants, une assurance-maladie bon marché et une retraite prospère. Le poids de ces trois institutions écrasera toute velléité de créer des entreprises et des emplois parce que la part du produit intérieur brut (PIB) que nous devons consacrer aux investissements sera faible. Des sociologues, des journalistes, des intellectuels continuent à nous dire qu’il existe une autre approche, humaniste et anti-capitaliste pour relancer l’économie française. Je ne sais pas à quoi ils font allusion. S’il s’agit de revenir à un État tout-puissant et à une économie dirigée, l’expérience a déjà été faite avec des résultats désastreux. Il y a un quart de siècle, la réunification allemande a été réalisée entre une République fédérale riche et un État communiste exsangue. À ce jour et malgré des efforts financiers colossaux, la partie orientale de l’Allemagne n’a toujours pas rejoint le niveau de vie de la partie occidentale. Si c’est ce genre d’expérience que l’on veut vivre en France, la réponse est sans nuances : ce sera une calamité.

Le choix du chômage ?

Cela ne veut pas dire que le capitalisme soit un paradis. Il mérite largement d’être réformé. Un contrôle doit être exercé sur les grandes banques et sur les multinationales qui, parfois, mais pas toujours, profitent de la disparition des frontières pour ne faire que ce qu’elles veulent et pour ne pas apporter leur contribution au développement national. La gauche tire ses arguments de la précarité et des inégalités croissantes qui existent dans les pays ayant réussi leurs réformes, comme les États-Unis et le Royaume-Uni. Ce que ne comprennent pas les détracteurs de la gauche au pouvoir et de la droite, c’est que, à cause d’une mondialisation dont les effets délétères vont disparaître tôt ou tard, les bas salaires sont tout de même préférables à un chômage de plusieurs années. « Nuit debout » peut faire entendre sa voix et finir par contraindre le gouvernement à changer de politique économique et sociale ou à se démettre, il ne parviendra pas plus que « Podemos » ou « Occupy » à prendre les rênes du pouvoir et à lancer ses programmes. Même dans l’Espagne divisée, soumise à la force centrifuge du sécessionisme catalan, un gouvernement qui, depuis plusieurs mois, expédie les affaires courantes, celui de Mariano Rajoy, a créé des centaines de milliers d’emplois.

RICHARD LISCIA

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