Un cancre à l’examen

Hollande après son élection (Photo S. Toubon)

Hollande après son élection
(Photo S. Toubon)

La prestation de François Hollande ce soir à la télévision a été précédée par un sondage accablant publié par « le Parisien » : 76% des personnes interrogées souhaitent qu’il renonce à se présenter pour un second mandat et 71 % n’ont même pas l’intention de regarder l’émission de France 2.

CE REJET massif d’un président de la République en exercice est peut-être sans précédent. On voudrait, dans un souci de singularité, se soustraire à la chasse à courre de la presse et de l’opinion que l’on serait conduit à dire des bêtises. Car le président de la République est l’artisan unique de son impopularité. Sa politique est incompréhensible, et la confusion de ses actes ne peut s’expliquer que par son ardent désir de sauver les chances qu’il lui reste, s’il lui en reste, de se faire réélire. Les personnes interrogées par Odoxa pour « le Parisien » ne disent pas autre chose qui attendent, au mieux une dernière année de mandat en roue libre, au pire des mesures électoralistes. Mais même ceux qui pourraient en bénéficier en devinent l’opportunisme. Ils sont 76 % à ne pas vouloir qu’il se présente de nouveau.

Fil conducteur.

Plusieurs des proches du chef de l’État lui ont suggéré d’exposer ce soir la cohérence de sa politique, le « fil conducteur » qui relierait toutes ses actions. Il aura bien du mal à expliquer pourquoi une réforme du code du travail se transforme en mesures budgétaires en faveur des jeunes et une taxation accrue des contrats à durée courte, pourquoi le gouvernement renvoie à 2019 l’application de ses engagements en matière d’énergie nucléaire, pourquoi nous avons perdu notre part du leadership européen, pourquoi aucune décision efficace n’a été prise pour soutenir la croissance, pourquoi le pouvoir est incapable d’ouvrir une concertation sérieuse sur chacune des réformes et se retrouve, à chaque tentative, dans l’obligation de reculer devant le mécontentement, la révolte estudiantine ou les manifestations syndicales. Cette politique n’est ni faite ni à faire, elle renvoie la France à la traîne de l’Europe, elle n’a pas entamé le chômage malgré les contrats aidés, elle ne conforme pas la politique énergétique nationale à nos engagements, elle n’offre aucune perspective d’avenir aux jeunes et aux moins jeunes, et elle favorise l’exil professionnel de nos meilleurs éléments.

Ce qu’il ne dira pas.

Personne ne peut attendre de M. Hollande qu’il annonce ce soir le retrait de sa candidature à un second mandat. Ce n’est même pas souhaitable, car il a encore une année pour gouverner et qu’il ne doit pas ajouter à son impopularité la faiblesse d’un président que son découragement transforme en canard boiteux, pour reprendre une expression américaine. En revanche, il ne pourra pas éviter la question très dérangeante qui porte sur son avenir ; et, d’une façon générale, il va devoir répondre à toutes une série de questions désagréables. M. Hollande et le PS sont devenus si minoritaires dans le pays que la crédibilité d’un discours posant un vernis rhétorique sur un bilan négatif et confus sera nulle. On rêve d’un entretien-vérité pendant lequel le chef de l’État dirait ceci : « Je suis devenu populaire en 2012 parce que j’ai fait des promesses électorales audacieuses. Au moment d’exercer le pouvoir, je me suis aperçu que ces promesses étaient inapplicables. J’ai commis l’erreur d’augmenter massivement les impôts, ce qui a fait de moi un épouvantail. Au bout de deux ans, nous courions à la catastrophe. J’ai donc changé de Premier ministre et de programme. J’ai voulu aider les entreprises pour qu’elles embauchent, je me suis retrouvé avec une fronde socialiste et des syndicats intraitables. Du coup, j’ai encore changé de cap et je reconnais avoir renoncé à réformer le code du travail ».
Il ne le dira pas bien sûr. Il nous offrira ce qu’il a de mieux, sa politique sécuritaire et étrangère, sa bonhomie, la simplicité de ses manières, son art de l’écoute. Un brave homme. Un bon président ?

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Un cancre à l’examen

  1. phban dit :

    Peut-on vraiment qualifier de brave homme quelqu’un qui a outrageusement menti aux Français dans l’unique but de se faire élire, et qui continue à le faire tant et plus dans l’unique espoir de se faire réélire ?

    Réponse
    Je n’ai pas le sentiment d’avoir épargné le président. Au cours de l’émission, il a été conforme au portrait que je dresse de lui. J’écris des articles, je ne pratique pas la mise à mort.
    R.L.

  2. Galex dit :

    @Richard Liscia, je regardais FH jusque là dans son essai de convaincre la jeune Chef d’Entreprise … Lamentable, j’ai abandonné ! vous aviez raison je fais partie des 71% , Merci

  3. Tardy dit :

    Sans doute ne me publierez-vous pas. Mais je n’écris pas pour cela. Mais pour ajouter un élément à la longue liste de ce que vous énumérez de ce qui fait l’incompréhensibilité des actions de notre président, liste et article fort justes au demeurant et que j’ai particulièrement appréciés.
    J’ajoute cependant l’élément suivant: celui de la conduite qu’il aborde envers le voile à l’Université. Comment peut-il concilier le port du voile à l’Université (et ailleurs en France), voile dont on sait qu’il est le premier symbole de la soumission de la femme à et par l’homme, et donc de l’inégalité homme-femme, avec la valeur fondamentale de notre République qu’il incarne, et qui est l’égalité?

    • Michel de Guibert dit :

      Je pense au contraire que c’est sur la seule question du voile à l’Université qu’il a été juste et convaincant en taclant l’intolérance de Manuel Vals qui ne fait que renforcer le réflexe identitaire des musulmanes !

  4. Seb dit :

    Merci pour cet article d’actualité !

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