Tout part en vrille

Ça ne va plus (Photo AFP)

Ça ne va plus
(Photo AFP)

La tension provoquée par la décision du gouvernement de recourir à l’article 49/3 de la Constitution pour faire adopter la loi Travail laissera des traces profondes. La crise qui divise la gauche s’envenime au point de diminuer un peu plus les chances du président de la République de briguer un second mandat.

IL Y A ENCORE 48 heures, la question portait sur le moment du débat à l’Assemblée où le pouvoir exécutif appliquerait le 49/3. Il l’a fait très tôt, lors de la discussion du premier des 5 000 amendements qui étaient déposés. Il n’y a même pas eu une journée de débats. Du coup, l’application de l’article, dont Manuel Valls venait de brandir la menace à la fin de la semaine dernière, a été perçu comme un tour de passe-passe, un affront aux élus, un mépris de la discussion parlementaire, un viol des institutions. Pourquoi le Premier ministre a-t-il couru à l’Élysée pour demander d’accélérer le cours des choses ? Sans doute parce qu’il a compris que les « frondeurs » allaient l’entraîner dans un débat de plusieurs semaines qui aurait ressemblé à de l’obstruction pure et simple et risquait d’aggraver la mobilisation des jeunes et des syndicats.

Un esquif ballotté par les flots.

D’autres gouvernements, par le passé, ont utilisé le 49/3 à plusieurs reprises sans encourir des réactions aussi violentes. Depuis son usage l’an dernier pour l’adoption de la loi Macron, il est devenu, aux yeux de toutes les oppositions, l’instrument de l’arbitraire, et la gauche s’y entend pour lui donner la pire des réputations. Ce matin encore, on se serait cru au centre d’un champ de bataille, avec des ressentiments si forts que le chaos est préféré à la conciliation, les « frondeurs » envisageant de déposer leur propre motion de censure, la droite se précipitant pour rédiger la sienne, le tout dans un concert de cris indignés contre un pouvoir qui, une fois de plus, soulève la haine de ses propres troupes. La violence verbale des « frondeurs » et de l’extrême gauche, la galvanisation de « Nuit debout », qui commençait à s’assoupir, la promesse des syndicats d’organiser deux nouvelles manifestations contre le projet ont donné du pays l’image d’un esquif ballotté par les flots et sur le point de sombrer.
On a tout envisagé, y compris que des élus socialistes votent avec la droite, ce qui a précipité les fidèles lieutenants de M. Hollande sur les ondes pour dire, à demi-mots, que les « frondeurs » et leurs amis mélenchonistes, communistes ou écologistes trahissaient leurs plus profondes convictions s’ils imaginaient qu’ils pouvaient s’associer avec les tenants de l’ultra-libéralisme, sous le prétexte que la loi Travail telle que l’a conçue un gouvernement socialiste n’est pas assez sociale.

La crise n’est pas terminée.

Le chef de l’État et le Premier ministre ne doivent cependant se faire aucune illusion. La crise qu’ils ont déclenchée par leurs maladresses, notamment en lançant le projet sans en avoir abondamment discuté avec les syndicats et les élus de leur camp, n’est pas terminée. La loi est vidée de son contenu mais ils en paieront néanmoins le prix fort car elle est rejetée avec autant de vigueur que lorsqu’ils en ont présenté la première version, la seule qui eût été capable de créer des emplois. Atermoiements, hésitations, flou des intentions, calculs politiques là où il y a l’enjeu numéro un de ce quinquennat, n’ont cessé d’alimenter les querelles, les divisions, la chienlit. Non seulement une occasion sérieuse de créer des emplois est perdue, mais le chemin qui conduit M. Hollande au terme de son mandat est fait d’ornières et de culs-de-sac. Le tableau politique est irréel : la gauche ne sait ni ce qu’elle veut ni où elle va ; le FN attend que le fromage lui tombe dans le bec ; la gauche de la gauche est habitée par ses vieilles lunes et sombre dans une incroyable obsolescence ; le réformisme syndical bat en retraite au profit du syndicalisme de combat; la droite annonce des projets libéraux sans poser la question de leur compatibilité avec un peuple qui est sorti dans la rue et y reste parce que le pouvoir tente de créer des emplois.

RICHARD LISCIA

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One Response to Tout part en vrille

  1. Num dit :

    Hollande va faire moins de 15% des voix au 1er tour de la présidentielle. Et encore, s’il parvient à présenter sa candidature…

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