Des scénarios catastrophiques

Éric Ciotti (Photo AFP

Éric Ciotti
(Photo AFP

Depuis le début de la discussion sur la loi travail, la situation politique a empiré, c’est indiscutable. À des débats théoriques sur les choix économiques et sociaux du gouvernement, ont succédé un commencement de paralysie du pays, une crise énergétique, des désordres sur les lieux de blocages et de grèves. Du coup, certains voudraient parachever l’apocalypse en demandant le départ du gouvernement.

C’EST LE CAS d’Éric Ciotti, député LR, proche de Nicolas Sarkozy, qui affirme qu’il voterait une motion de censure présentée par la gauche, que le gouvernement serait alors renversé, que des élections législatives rendraient le pouvoir à la droite et que François Hollande n’aurait plus qu’à démissionner. Dans ce scénario à la Gribouille, où le pays se jetterait dans une crise de régime pour éviter un conflit social, il manque quelques éléments d’analyse. Pour commencer, la droite n’est pas vraiment prête à gérer la France. Des élections anticipées accélèreraient la primaire de l’opposition, accentueraient les divergences entre les principaux candidats et donneraient sans doute un avantage à Nicolas Sarkozy car il s’y entend pour aller vite, séduire l’opinion dans un climat qui serait complètement irrationnel, et se présenter comme le sauveur d’une nation en péril.

Hollande accepterait de cohabiter.

En outre, François Hollande est d’une nature si flexible qu’il ne tirerait pas de ce nouveau coup du sort la conclusion qu’il devrait partir. Au contraire, il n’hésiterait pas à entrer en cohabitation avec la droite et lui demanderait même de procéder à quelques réformes qu’il est incapable, aujourd’hui, d’engager. Dans cette perspective, les candidats à un poste de chef de gouvernement ne seraient pas pléthore. On peut même se demander s’il y aurait un homme ou une femme politique intéressés par cette terrifiante expérience. On ne voit aucun ténor de l’opposition se jeter dans une telle mésaventure. Sauf celui ou celle qui, pour quelques mois de pouvoir, serait prêt ou prête à vendre son âme. Bref, ce n’est pas de cette manière que le pays sortirait du gouffre où il semble glisser inexorablement.

Haine de classe.

Toujours à droite, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, s’en prend, de son côté, au Front national, qui n’a pas pipé mot pendant cette crise et qui attend avec délices que la France sombre dans l’anarchie pour qu’il puisse enfin en ramasser les morceaux. Décidément, cette tragédie sociale n’a pas déclenché les analyses les plus subtiles : l’extrême droite se réjouit tellement des malheurs de la gauche qu’elle n’a pas un mot pour critiquer la CGT ; la droite est partagée entre la critique de l’exécutif et celle d’un syndicalisme dévastateur ; les syndicats continuent de présenter la loi El Khomri comme une sorte de blasphème religieux qui mérite une fatwa alors qu’elle tente modestement de contribuer à la modernisation de la France ; du coup, ce crime national sans précédent justifie le blocage complet du pays, non pas le retour de la lutte des classes mais l’avènement de la haine des classes, avec des grévistes tellement remontés contre un texte que la plupart n’ont même pas lu, qu’ils voient dans leurs dirigeants des ennemis « qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes ». Si la crise n’était pas aussi pénalisante, elle serait d’un grotesque achevé. Gouvernement et syndicats ne jouent pas une pièce de théâtre mais une farce mortelle. La seule bonne réforme du code du travail était contenue dans la première mouture. Si ce texte était resté inchangé, je suppose qu’il aurait entraîné une catastrophe nucléaire, puisque les Français en sont déjà à se battre autour d’une version édulcorée qui ne changera pas grand-chose aux relations sociales.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Des scénarios catastrophiques

  1. Alan dit :

    Tout à fait d’accord avec votre analyse et votre conclusion.
    Cette crise est absolument grotesque. Vue d’ici, mais aussi de l’étranger – nos amis occidentaux, tous nos dynamiques concurrents à travers le monde, et que dire de nos ennemis islamistes…

  2. Liberty8 dit :

    100 % d’accord avec cet article.
    Que de foin, de tapage, de risque … pour ça !
    Les étudiants ne bougent pas trop car si la loi ne passe pas, exit leurs revendications associées à la loi !
    Mais bon, ce soir je fais quoi : … je cherche du carburant !

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