Une volonté de subversion

Valls hier à l'Assemblée (Photo AFP)

Valls hier à l’Assemblée
(Photo AFP)

On ne distingue pas la moindre lumière au bout du tunnel. Sur les 19 centrales nucléaires, 16 ont voté la grève, ce qui pourrait entraîner des coupures d’électricité. L’approvisionnement en carburants reste difficile. Le gouvernement est très confus sur ses intentions. Et six Français sur 10 estiment « justifié » le mouvement contre la loi travail.

LE GOUVERNEMENT n’a pas contribué à la clarification de sa stratégie lorsqu’il a laissé Bruno Le Roux, chef de la majorité socialiste à l’Assemblée, dire que l’article 2 de la loi travail, celui qui privilégie l’accord d’entreprise par rapport à l’accord de branche et représente une pomme de discorde avec la CGT et FO, pouvait être modifié. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a aussitôt dit le contraire. Ce matin, Michel Sapin, ministre des Finances, revenait sur le sujet de l’article 2 en laissant entendre que des concessions étaient possibles. Aussitôt, Manuel Valls a déclaré qu’il n’était pas question de changer la philosophie du texte. Le confusion est donc totale, mais les analystes de la pensée gouvernementale, toujours capables de distinguer les messages les plus tarabiscotés, croient comprendre que l’exécutif ne veut pas annoncer trop tôt un acte d’apaisement qui doit résulter de la seule négociation. Simultanément, si on essaie d’amadouer la CGT sans en avoir l’air, on a réussi à indisposer les syndicats dits réformistes, comme la CFDT, qui, eux, approuvent le contenu de la réforme.

Une communication désastreuse.

La communication du gouvernement sur le sujet n’a jamais été bonne, elle devient désastreuse, parce qu’elle est pleine d’ambiguïtés, alors que l’économie française est atteinte de plein fouet par la pénurie énergétique. L’État n’est pas inerte qui a tout de même réussi, jusqu’à présent, à éviter une totale paralysie du pays. Mais, si la crise continue, il n’empêchera pas une chute du produit intérieur brut, alors même que, pour le deuxième mois consécutif, le chômage a diminué en France (moins 0,6 % en avril). Le problème semble devoir s’aggraver parce que le comportement de la CGT et de son secrétaire général, Philippe Martinez, semble irrationnel. Il n’a plus le moindre scrupule. Par exemple, il a laissé son syndicat empêcher la parution des quotidiens aujourd’hui, sous le prétexte que leurs directions ont refusé d’imprimer un tract à la gloire de la grève et des blocages. Il s’agit d’une atteinte sans précédent à la liberté de la presse. La démocratie telle qu’elle existe en France, ne convient pas à M. Martinez, il n’hésite pas à recourir à une méthode totalitaire. Chassez le naturel…

Un conflit politique.

La grève dans les centrales, le blocage des dépôts, la prétention à s’arroger des droits nouveaux et exorbitants, tout démontre qu’un syndicat, par ailleurs en perte de vitesse, s’engage furieusement en politique, avec le désir probable de déclencher le chaos dans le pays. C’est d’autant plus inacceptable que la haine anti-socialiste a créé un climat épouvantable : depuis décembre dernier, 31 permanences du PS ont été attaquées et dégradées, dont l’une a subi un tir d’arme à feu ; sept impacts de balle ont été relevés. La CGT n’y est pour rien, mais ces assauts incontrôlés traduisent l’animosité croissante entre les deux branches de la gauche, la hollandaise et l’autre, qui regroupe tous les déçus du socialisme, y compris les éternels casseurs qui adorent jeter de l’huile sur le feu.
Dans cette affaire, la responsabilité du gouvernement est liée à des promesses électorales insoutenables et qui furent vite trahies. Ce phénomène rappelle que François Hollande a été élu sur une grande illusion nationale et que la droite au pouvoir ne souffrirait pas, pour sa part, d’un quiproquo programmatique. De même, le pouvoir est responsable d’une communication catastrophique, avant, pendant et après l’adoption du projet de loi travail, denrée la moins bien vendue dans l’histoire du commerce, comme en témoigne un sondage de ce matin selon lequel 62 % des personnes interrogées estiment que le mouvement social actuel est « justifié ». Pourtant, le président de la République n’a pas d’autre choix aujourd’hui que de sévir, avec tous les moyens dont il dispose, contre un syndicat qui, au mépris de l’intérêt même des citoyens dont il prétend défendre les droits, s’attaque non pas à un projet de loi, mais aux structures de l’économie française.

RICHARD LISCIA

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One Response to Une volonté de subversion

  1. Michel de Guibert dit :

    Vous avez employé le mot juste : la CGT emploie des méthodes totalitaires, notamment à l’égard de la presse (ce qui n’est du reste pas nouveau avec le Syndicat du Livre).

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