Obama à Hiroshima

Obama embrasse un survivant (Photo AFP)

Obama embrasse un survivant
(Photo AFP)

Barack Obama s’est rendu aujourd’hui à Hiroshima où il a rendu hommage aux victimes de la bombe atomique. Comme prévu, il n’a pas pour autant présenté ses excuses.

LE PRÉSIDENT des États-Unis est allé aussi loin dans la repentance que ses fonctions l’autorisaient. « Nous sommes venus réfléchir à cette force terrible libérée dans un passé pas si lointain. Nous sommes venus rendre hommages aux morts. Les âmes nous parlent, elles nous demandent de regarder au fond de nous-mêmes. » En bombardant Hiroshima, puis Nagasaki, les États-Unis on certainement commis un double crime de guerre. Ils en ont commis d’autres pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils en ont commis après. Mais quelle grande nation n’a pas la moindre culpabilité historique ? Personne n’a oublié les attaques de Dresde à la bombe incendiaire qui ont fait 45 000 victimes chez les civils allemands. Dans toutes ces circonstances, les Américains n’ont pas fait pire que leurs ennemis. À Dresde, ils ont repris à leur compte la stratégie de Hitler qui consistait à démoraliser l’ennemi en lui infligeant de lourdes pertes civiles, par exemple à Londres et à Coventry. Les alliés voulaient une reddition sans condition de l’Allemagne nazie, c’est par la force et au mépris de la morale qu’ils l’ont obtenue.

Un mausolée japonais.

Mais au moins le peuple allemand a-t-il par la suite reconnu ses crimes. Au moins les générations allemandes qui ont suivi la période nazie ont-elles admis que leurs aînés s’étaient conduits d’une manière inhumaine, au moins étaient-elles soulagées d’avoir été libérées du nazisme par l’invasion alliée. Ce n’est pas le cas des Japonais qui ont attaqué Pearl Harbor sans déclarer la guerre à l’Amérique, avaient déjà envahi la Mandchourie et s’étaient livrés au « viol » de Nankin, puis se sont conduits avec leurs prisonniers américains, australiens, néo-zélandais avec une cruauté inouïe qui faisait bon marché des principes de la Croix-Rouge. Aucun gouvernement japonais depuis la fin de la guerre n’a consenti à demander des excuses pour le comportement de son pays. Les Japonais continuent à vénérer leurs « héros » et tout chef de gouvernement rend visite chaque année à un mausolée qui garde le souvenir des « victimes » de la guerre, y compris les dirigeants et militaires qui ont conçu le projet démentiel d’attaquer les États-Unis. Il me semble que la présentation d’excuses américaines au Japon doit être logiquement précédée d’un effort japonais pour faire enfin la vérité historique sur ce qui s’est passé vraiment pendant la guerre.

Un cap historique.

Certes, disent les détracteurs de l’Amérique, mais l’arme nucléaire, c’est pire qu’une bataille sans pitié, pire que le refus de considérer des détenus comme des êtres humains, c’est une force destructrice d’une telle ampleur, qui laisse des séquelles si profondes et si durables que les Américains auraient dû comprendre que, en se servant de la bombe A, ils franchissaient, et pour le pire, un cap historique suivi par une invraisemblable prolifération nucléaire. Mais les nazis, déjà, cherchaient à mettre la bombe au point et s’ils avaient précédé les Américains, nous ne serions pas là pour en parler. Les Russes ont tout fait pour égaler et dépasser les États-Unis et ils auraient fabriqué leur propre bombe A même si l’Amérique ne l’avait pas eue. Il valait mieux, à tout prendre qu’elle fût du bon côté.
Quant à son usage, il a été le résultat d’une guerre du Pacifique qui a coûté aux Américains un nombre de morts très élevés. Pour conquérir le Japon, des centaines de milliers de soldats américains seraient morts pendant l’invasion. D’aucuns affirment que les militaires américains auraient dû montrer à leurs homologues japonais les effets indescriptibles de l’arme atomique et que le Japon se serait rendu après la démonstration. D’abord, ce n’est pas sûr, ensuite le président de l’époque, Harry Truman, ne voulait pas entrer dans une négociation de paix, mais exigeait une reddition du Japon sans condition, comme pour l’Allemagne. Il ne faut pas oublier que, dans la guerre contre l’Allemagne et au Japon, il y avait aussi le souhait de régler leur compte au nazisme allemand et au fascisme japonais.
Barack Obama a prononcé un discours d’une hauteur de vues et d’une gravité historique incomparables. Il le fait parce qu’il a gardé son idéal pacifiste, parce que les armes, anciennes ou nouvelles, sont toutes à bannir. Oui, l’Amérique, comme tant d’autres nations, a commis des crimes. Mais elle a sorti l’Occident de la nuit totalitaire. Elle a permis la fin du nazisme, la paix, l’Union européenne, la fin du stalinisme. Elle ne va pas présenter des excuses pour ces accomplissements.

RICHARD LISCIA

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