Sarkozy y croit

Convaincu qu'il gagnera (Photo AFP)

Convaincu qu’il gagnera
(Photo AFP)

La droite se réjouit des difficultés sans précédent du gouvernement, mais est-elle en ordre de bataille pour prendre le relais ? Rien n’est moins sûr. Nicolas Sarkozy remonte dans les sondages et, chez les militants de son parti, il reprend la première place devant Alain Juppé, ce qui promet une primaire au couteau.

AU DEMEURANT, l’ancien président est plus optimiste que jamais. La rumeur court qu’il a déjà choisi son Premier ministre, qui ne serait autre que François Baroin, le président de l’Association des maires de France, actuellement rassemblée pour exiger du pouvoir la reprise des transferts financiers aux mairies, toutes confrontées à de sérieuses difficultés de gestion. Ce « ticket », dont le bruit court à onze mois de l’élection présidentielle, n’est pas surprenant, M. Baroin ne s’entendant guère avec M. Juppé et n’ayant jamais rompu avec M. Sarkozy. Reste à savoir s’il était astucieux de laisser courir une telle rumeur si longtemps à l’avance.

La fatalité des mêmes.

Où l’on voit que les Français, si hostiles à un « remake » du match de 2012, risquent pourtant d’y assister dès lors que François Hollande, de son côté, fait à peu près tout ce qu’il peut, et malgré une adversité qui inspire la commisération, pour améliorer sa cote de popularité, notamment en se lançant dans une série de largesses destinées à reconquérir ses bataillons électoraux traditionnels, par exemple les enseignants, gratifiés récemment d’une hausse salariale. Une confrontation Hollande-Sarkozy semblerait signifier qu’il ne se serait rien passé en cinq ans et qu’aucun des deux présidents, l’ancien et l’actuel, ne serait disqualifié par une gestion qui, additionnant les erreurs de deux mandats successifs, a mis la France à genoux. Était-il inévitable que M. Juppé, juché sur son piédestal pendant de nombreux mois, finît pas en redescendre ? Historiens et politologues nous rappellent, avec une sagesse quelque peu irritante, que les jeux ne sont jamais faits à un an de la présidentielle et qu’il suffit de se souvenir du sort d’Édouard Balladur en 1995 pour savoir que ce qui est vrai à quelques mois d’une consultation électorale ne l’est plus à quelques semaines.
En tout cas, M. Sarkozy, qui semble ne s’être jamais inquiété des sondages défavorables, a une « niaque » incomparable et se voit déjà à l’Élysée. M. Juppé, discret comme à l’ordinaire, ne pipe mot, convaincu qu’il est qu’un coup de froid peut n’être que passager, que, de toute façon, il ne sera pas élu dans un fauteuil et que M. Sarkozy a plus d’un tour dans son sac. M. Juppé doit être très vigilant et veiller à ce que son concurrent ne se lance pas dans des stratagèmes propres à lui ravir l’investiture et, pour lui, le cap le plus difficile, celui de toutes les tempêtes, c’est la primaire, bien plus que l’élection elle-même. Sans doute espère-t-il que le chef de l’État fera l’économie d’une primaire à gauche, qu’il s’imposera comme candidat de la gauche (d’autant qu’il fait tout pour ça, en dépit d’un mandat catastrophique) et qu’il sera plus facile à battre qu’un autre ténor socialiste susceptible d’incarner le renouvellement, le dynamisme et l’espoir.

Deux éclairages contradictoires.

Les élections de l’an prochain se présentent sous deux éclairages contradictoires. D’une part, et en dépit d’une pléthore de candidats réels ou potentiels à droite et à gauche, le citoyen lambda qui s’intéresse au fonctionnement de la démocratie ne trouve pas un seul compétiteur qui lui paraisse enthousiasmant. D’autre part, nous savons tous que ce qu’il nous faut, c’est du sang nouveau, celui qui circule peut-être dans les veines d’un Emmanuel Macron ou, pourquoi pas ? d’un François Baroin. Une chose est sûre, c’est l’usure incroyablement rapide du personnel politique français : il ne nous surprend plus, ce qui fait d’ailleurs que ce n’est pas le plus jeune d’entre tous les candidats, mais le plus âgé, qui retient notre intérêt. Plus l’état du pays se dégrade, plus nous nous lassons des personnages qui conduisent le bal, plus nous cherchons au-delà de ce que les uns ou les autres ont à offrir. Le problème est que la crise française a atteint un tel degré d’intensité qu’il nous faut un acteur parfait, à la fois capable de séduire par son dynamisme, sa force de persuasion, son ardeur réformiste et d’avoir un caractère trempé dans le désintéressement, la volonté de réussir et la faculté de rassembler un pays affreusement divisé.

RICHARD LISCIA

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