Terroristes : traque laborieuse

L'hommage de l'État aux deux policiers (Photo AFP)

L’hommage de l’État aux deux policiers
(Photo AFP)

La fréquence des crimes terroristes, en France et ailleurs, montre que, malgré des dispositifs de surveillance très performants, il est difficile de prévenir un attentat. Pour des raisons complexes et multiples.

LA PARTICULARITÉ de l’attentat, c’est la lâcheté. Il s’agit, le plus souvent, de tuer des civils ou, comme à Magnanville, des policiers désarmés. Le deuxième trait caractéristique du terroriste, c’est la dissimulation. Larossi Abballa, l’assassin du policier et de sa compagne, se présentait comme un jeune homme sympathique, complètement intégré dans la société française après un passage dans une filière djihadiste qu’il prétendait regretter. La troisième composante, c’est l’infinie violence qui succède, comme un ouragan imprévu, au calme. Abballa a porté neuf coups de couteau au commandant de police, a assassiné ensuite sa compagne sous les yeux d’un enfant de trois ans. À Orlando, Omar Mateen était un habitué de la boîte de nuit gay nommée Pulse. On ne sait pas très bien s’il était attiré par l’homosexualité ou s’il la haïssait, ou encore s’il n’a commis son crime de masse que pour lutter contre un penchant homosexuel.

Psychanalyse du criminel.

Ce qui nous conduit à penser que la meilleure surveillance des apprentis-terroristes devrait être la psychanalyse. Autrement dit, les alternatives possibles aux méthodes en vigueur dans la traque des terroristes sont impraticables. Il est d’ailleurs remarquable que lorsque nous, journalistes, posons la question de la prévention des crimes terroristes, en citant le fait que des individus répertoriés restent en liberté et finissent par passer à l’acte, il nous est répondu que, au contraire, si les criminels sont fichés et surveillés, c’est que les services de renseignement et la police font bien leur travail.
Le gouvernement, cependant, ne peut pas se contenter de compter les morts et de leur rendre hommage. Il ne peut pas se contenter d’exalter la qualité de ses services, le courage et l’endurance de policiers engagés dans une bataille tous azimuts, réserver aux victimes la plus grande compassion nationale, sans tout faire pour qu’échouent les prochaines tentatives. À un public de plus en plus effrayé, à des forces de l’ordre fatiguées jusqu’à l’usure, il doit proposer des résultats meilleurs, d’annoncer des coups de filet retentissants. Nous-mêmes, citoyens, devons nous demander combien de libertés il nous faudra sacrifier pour éradiquer le terrorisme. La répétition des crimes appelle logiquement, même si tout se passe dans un climat de peur, le durcissement des mesures.

Le seul moyen est-il le bon ?

Que fallait-il faire dans le cas d’Abballa ? Il a été condamné pour avoir participé à une filière terroriste. Il a fait de la prison, il en est sorti. Il était étroitement surveillé mais l’écoute téléphonique de ses propos ne permettait pas de craindre une récidive. Il s’est installé dans une vie pacifique. Il vendait des sandwiches. Le seul moyen de l’empêcher de commettre ce double crime qui nous a tant consternés, c’était de le neutraliser dès sa première incartade, de l’assigner à résidence à sa sortie de prison ou, plus radical, de placer dans un centre de rétention toute personne associée de près ou de loin au terrorisme. C’est sûrement une tâche compliquée et coûteuse, mais on pourrait dire qu’elle en vaut la peine si elle épargne de nombreuses vies de Français. Toutefois, la méthode pose immédiatement le problème du type de société au sein de laquelle nous voulons vivre. Elle appelle une réponse sans équivoque sur la limitation des libertés dont nous bénéficions.
Les organisations terroristes ont depuis longtemps modifié notre façon de vivre. On voyage désormais dans des conditions qui n’ont plus rien à voir avec la sérénité d’autrefois. L’insécurité en France et dans le monde a déjà entraîné des mesures de surveillance dont pâtissent, dans l’immense majorité des cas, des citoyens parfaitement innocents. Il y a tout lieu de craindre que, quand le terrorisme va jusqu’au domicile des policiers pour les tuer, il faut adopter des systèmes de prévention plus élaborés et plus efficaces. Chaque jour, nous progressons un peu plus vers un climat de guerre civile. Chaque jour, il nous faut plus de protection, donc plus de policiers. Chaque jour, la peur nous prive d’une part croissante d’insouciance. Mais nous n’avons pas le choix. Il faudra dix ans, dit-on, pour venir à bout de Daech et d’Al Qaïda. D’abord les éliminer, puis reprendre notre existence habituelle.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Terroristes : traque laborieuse

  1. Alan dit :

    Pour l’empêcher de commettre ce crime, sans aller jusqu’à une détention (injustifiée a priori, certes), il aurait pu avoir un bracelet électronique. Peut-être aurait-on pu voir qu’il rôdait depuis deux jours autour de la maison des policiers ?
    Je ne sais pas pour Daech et Al Qaida mais vu la situation, quels que soient leurs noms, je doute fort que nous en ayons fini avec l’islamisme radical dans dix ans.

  2. lionel dit :

    Le début de votre analyse, lorsque vous parlez de dissimulation, est extrêmement important pour les mois qui viennent. Le supposé État islamique ne va pas tarder à subir une défaite militaire finale. Se pose alors le problème des combattants étrangers qui seront capturés et , en l’occurrence, des Français. Je commence à entendre ça et là qu’il faudrait créer en France des maisons pour les enfants nés là bas, aider à déradicaliser etc. Pensez-vous que ces personnes sachant que leur existence va continuer tranquillement en France ne dissimuleraient pas leurs pensées et n’absoudraient en rien leurs péchés ? Ceci créant en quelque sorte des centaines d’Abballa en puissance.

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