Le deuil et la honte

Des violences insupportables (Photo AFP)

Des violences insupportables
(Photo AFP)

L’assassinat par un djihadiste d’un policier et de sa compagne dans les Yvelines n’a pas ému les organisateurs des manifestations du 14 juin au point qu’ils y aient renoncé. Elles ont donc eu lieu et les évaluations du nombre de manifestants sont ridiculement augmentées ou diminuées par les syndicats d’une part, la police d’autre part. Une chose est sûre : elles ont été extraordinairement violentes.

LE SERVICE d’ordre de la CGT, connu pour son efficacité, ne s’est pas inquiété du nombre anormal de casseurs, plus de 700 selon la police, qui s’en sont donné à coeur joie, notamment en brisant les vitrines de l’hôpital Necker et en détruisant encore des boutiques ou du mobilier urbain. On compte 40 blessés, dont onze chez les policiers et 58 interpellations. Le bras de fer entre Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, arcbouté (au même titre que Force ouvrière) sur son rejet de l’article 2 de la loi travail en cours de discussion au Parlement, est considéré par les manifestants comme suffisant pour expliquer les scènes de chaos qui ont eu lieu à Paris. En réalité, toute la crise provoquée par la réforme du code du travail a pour objet un texte dont personne ne connaît encore le contenu. Le Sénat entend accomplir la réforme profonde que le gouvernement a abandonnée et révise l’ensemble du texte. Mais, comme chacun sait, le Sénat n’a pas le dernier mot et le projet de loi sera remanié en deuxième lecture à l’Assemblée. On manifeste, on casse tout, on agit avec une violence démesurée, mais on ne sait pas exactement à propos de quoi.

Un bras de fer.

La crise autour de la loi travail dure depuis plus de quinze jours et a fait des petits, tous ces conflits qui ont affecté la RATP, la SNCF, les dépôts de carburants, le contrôle aérien ou le transport aérien. Le gouvernement ayant juré solennellement qu’il ne reviendrait pas sur l’article 2, qui privilégie les accords d’entreprise par rapport aux accords de branches, il a cédé à peu près dans tous les autres conflits, renonçant notamment à une réforme qui reste un impératif catégorique pour la SNCF. M. Martinez, soucieux de redorer le blason revendicatif de son syndicat, a décidé de livrer bataille sur l’article 2. Il a peut-être politisé l’affaire mais il n’a pas montré beaucoup de sens politique. Il sait parfaitement que le gouvernement, qui a dû céder sur la déchéance de la nationalité, ne peut en aucun cas supprimer l’article en question, car, à quelques mois des élections, sa défaite signerait l’arrêt de mort politique de François Hollande.
Il y a donc de quoi s’indigner : inondations, manifestations violentes, terrorisme, galère dans les transports, chaos dans les grandes villes, les Français sont broyés par l’accumulation de problèmes graves. Mais ni M. Martinez, ni son homologue de FO, Jean-Claude Mailly n’expriment la moindre colère. Ils s’estiment embarqués dans un processus tout à fait normal, dans un rapport de forces très naturel entre syndicats et pouvoir, dans une dialectique censée les conduire à la victoire. Peu leur chaut qu’ils l’emportent sur un champ de ruines.

Conflit social et terrorisme.

Ne croyez pas le moins du monde qu’il n’existe aucun contact entre M. Martinez et la ministre du Travail, Myriam El Khomri. Ils ont rendez-vous vendredi, ce qui ne signifie nullement que la CGT va enfin cesser de semer le désordre : d’autres manifestations sont prévues. Mais, avant même de se voir, la ministre et le secrétaire général de la CGT n’auront pas manqué d’examiner les conditions d’un accord, c’est-à-dire d’une sortie de crise. Pendant ce temps, les manifestants continuent d’exprimer leur horreur pour des dispositions capables des les « obliger à payer pour travailler » , à observer le massacre des centres-villes et à prétendre qu’ils représentent le peuple tout entier. Même s’il faut éviter tout amalgame, il me semble que la menace que fait peser sur les travailleurs un texte dont personne ne sait ce qu’il contiendra, n’est pas comparable au danger terroriste. Et que, sans se priver du moindre de leur droit, les camarades syndiqués seraient mieux inspirés de préférer la négociation à la casse. On ne dira jamais assez que le décès d’un couple victime d’un crime d’une lâcheté inouïe est une tragédie nationale ; car, désormais, chaque policier peut craindre pour sa vie et pour celles de sa famille. La haine qu’inspirent encore les policiers alors qu’ils courent désormais des risques mortels a de quoi nous faire honte.

RICHARD LISCIA

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