La manière « forte »

Jusqu'où Martinez poussera-t-il ses pions ? (Photo AFP)

Jusqu’où Martinez poussera-t-il ses pions ?
(Photo AFP)

Matinée de suspense. A neuf heures, le gouvernement interdit la manifestation de demain. A 11 heures, Bernard Cazeneuve reçoit les syndicats. A midi, Philippe Martinez annonce que les deux manifestations, celle de demain et celle du 28 juin, sont autorisées.

MANUEL VALLS et Bernard Cazeneuve ont-ils été bien inspirés ? Il ne suffisait pas d’interdire, encore fallait-il éviter une rupture avec les syndicats qui risquait d’augmenter les désordres. Philippe Martinez (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO) ont été reçus ce matin à 11 heures par le ministre de l’Intérieur. Comme on pouvait s’y attendre, les communistes, les frondeurs, les écologistes, mais aussi Marine Le Pen et des chefs de l’opposition se sont prononcés contre l’interdiction du gouvernement. Qui n’en est pas une, selon des commentaires « off » de l’Élysée qui parlent dune « décision de gestion opérationnelle de l’ordre public » et démentent tout « arbitrage » de François Hollande. Qui tant de mauvaise foi peut-elle convaincre ? Le président n’a même pas le courage d’assumer ce qu’il décide. Heureusement, il a fait publier ensuite un communiqué approuvant l’interdiction. Mais ce nouveau cafouillis dans la communication n’enrichit pas le débat.

L’ombre de Papon.

Personne n’est surpris : les syndicats, qui, en plein état d’urgence et pendant l’Euro, ont laissé des centaines de casseurs s’en prendre aux biens privés et à un hôpital, dénoncent l’atteinte aux libertés publiques, comme si la liberté consistait à démolir impunément le centre de Paris. Christian Paul, frondeur assumé, critique une erreur « historique ». L’extrême gauche rappelle que la dernière fois qu’une manifestation a été interdite à Paris, c’est en 1961, par le préfet Maurice Papon, l’homme qui a été condamné pour avoir signé la déportation de trois mille juifs du sud-ouest. Le comble, c’est le commentaire de Marine Le Pen, « atteinte grave à la démocratie ». J’ai parfois pensé que le meilleur moyen de démystifier l’extrême droite, ce serait de la mettre au pouvoir et d’observer comment elle gouverne. Les Français, si rebelles, si râleurs, si compliqués, ne la supporteraient pas plus de six mois.
En attendant ce moment sinistre, ils s’en prennent au pouvoir actuel comme s’il s’agissait d’un ramassis de garde-chiourmes alors que la question de l’ordre public, la répétition des manifestations, les désordres croissants auxquels elles donnent lieu posent un problème alarmant sinon « historique ».

Coup de théâtre.

Hier j’évoquais le ridicule des comportements. Il s’est aggravé aujourd’hui, les attaques venant de tous les camps comme si les Français souhaitaient le départ immédiat du président et de son gouvernement. Mais le monde politique serait pris au dépourvu. Il serait contraint de meubler immédiatement le vide politique. Des élections anticipées auraient lieu dans une panique indescriptible. Quand j’entends les Christian Paul, les Pierre Laurent, les Marine Le Pen, les Aurélie Filipetti, les Clémentine Autain, les Nicolas Sarkozy tirer à boulets rouges sur le pouvoir, je me demande ce qu’ils espèrent et comment ils réagiraient si on leur confiait dès aujourd’hui la gestion du pays.
En fin de matinée, coup de théâtre : le gouvernement accepte la manifestation de demain à la Nation, mais il en limite l’évolution à un périmètre autour de la place. Dans la foulée, il accepte la manifestation du 28 juin à condition d’en négocier les modalités. On comprend mieux la tactique du gouvernement. Il a interdit pour pouvoir négocier à partir d’une position de force. Mais il ne veut pas provoquer un conflit durable avec les syndicats. Tout cela ne nous dit pas comment la fin du carnaval sera écrite, qui, des syndicats ou du pouvoir, l’emportera et si la loi Travail sera appliquée un jour.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à La manière « forte »

  1. Michel de Guibert dit :

    Ils vont tourner en rond autour de la place de la Nation… Symboliquement l’image est parlante !

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