L’été meurtrier

Jean-Claude Mailly (Photo AFP)

Jean-Claude Mailly
(Photo AFP)

Les conflits sociaux, en France, s’arrêtent toujours à l’orée de l’été, quand le peuple part en vacances. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, nous promet néanmoins des manifestations pour juillet et août et, pour septembre, si le gouvernement n’a pas changé d’avis sur la loi travail, une rentrée explosive.

LA CRISE, dit M. Mailly, va « coller comme un chewing-gum à la semelle du gouvernement ». Mais elle va surtout coller à la société française plongée, depuis le début de l’année, dans les embarras causés par les manifestations et les grèves, sans compter les problèmes liés à la sécurité et à un chômage qui, décidément, ne diminue pas. FO et la CGT savent pertinemment que, à moins de dix mois des élections générales, la gauche au pouvoir serait disqualifiée par un recul sur la loi travail. Pour les Français, l’abandon du projet qui, dans la mouture de l’Assemblée, n’est plus du tout novateur et ne créera pas d’emplois, ne serait pas considéré comme une perte. Nous sommes tous les otages d’un différend entre le pouvoir et les syndicats qui saccage allègrement nos intérêts.

Un péché originel.

Inutile de revenir sur les erreurs commises par Matignon dans cette affaire, notamment le déficit de communication, le manque de subtilité dans la présentation du projet, le traitement cavalier réservé aux syndicats et la mention prématurée du 49-3. Quand on écoute les frondeurs ou la gauche extrême en général, on constate que ce qui les hérisse le plus, c’est le péché originel commis par le président de la République qui, depuis trois ans, fait une politique diamétralement opposée à celle qu’il avait annoncée. Son revirement aurait pu être salutaire, car la nécessité de la réforme s’impose au-delà des convictions idéologiques. Mais, au fond, ce que lui reprochent la gauche, les syndicats et une majorité d’électeurs, c’est de n’être pas l’homme de la situation, de trahir la gauche et de faire une politique de droite, d’avoir conquis le pouvoir au nom de son combat contre « la finance » et d’avoir ensuite raisonné en termes de politique de l’offre et de compétitivité.
Le quinquennat de François Hollande est, d’une certaine façon, déjà terminé. Beaucoup auront le sentiment que la France a perdu cinq ans, que les chamailleries l’ont emporté sur l’action, que l’amélioration de la conjoncture n’est due qu’à des facteurs extérieurs. Dans ces conditions, on voit mal (encore qu’on ait tout vu) comment une gauche divisée, exsangue, épuisée pourrait garder le pouvoir. Il ne suffit pas pour autant que la droite classique y revienne. Il ne suffit pas que l’on revoie en 2017 les têtes de ceux qui ont géré le pays naguère avec des résultats aussi peu convaincants que ceux de M. Hollande. Il ne suffit pas que le cycle gauche-droite assure l’alternance. La France a besoin d’un projet clair, de réformes rigoureuses qui doivent être conçues et appliquées rapidement, car nous n’avons que trop perdu de temps.

Une droite tout aussi divisée.

Le président des Républicains, Nicolas Sarkozy, a réuni le conseil national de son parti au cours du week-end dernier. Il a présenté un projet violemment contesté par ses concurrents à la primaire de la droite. Il prétend d’une part être à la fois président du parti et candidat à la présidence de la République, et, d’autre part, que le projet qu’il a préparé avec ses amis est celui que doit porter toute la droite. Même si ce projet était d’une éblouissant perfection, comment imagine-t-il que ses adversaires, notamment Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire, pourraient l’adopter ? Le feraient-ils qu’ils deviendraient des sous-produits du sarkozysme. En outre, ils ne se sentent nullement engagés par un certain nombre d’idées propres à l’ancien président de la République que l’on peut considérer contestables ou peu propices au consensus, comme l’identité, cette tarte à la crème du mandat précédent. Il n’est pas impossible que M. Sarkozy soit élu, mais, pour le moment, il a simplement créé une pomme de discorde à droite, et il ajoute les divisions de son camp à la confusion née de la gestion du pays par la gauche. Ce n’est donc pas cette façon de faire qui va rassurer l’électorat. Il est temps que M. Sarkozy quitte la présidence des Républicains, que son projet soit identifié à sa personne et non au parti et qu’il joue le jeu de la primaire. Mais il sait tout cela et n’a pas besoin qu’on le lui dise. Le problème, c’est que ce qui l’obsède, ce n’est pas la façon de sortir le pays du pétrin, c’est de reconquérir le pouvoir. Quoi qu’il en soit, il est essentiel qu’un candidat à la présidence soit élu sur un programmes clair, précis et qu’il l’applique une fois élu.

RICHARD LISCIA

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