Censure et usure

Valls  à l'Assemblée (Photo S. Toubon)

Valls à l’Assemblée
(Photo S. Toubon)

Le décision de Manuel Valls de recourir une fois de plus à l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter, sans débat, la loi travail par l’Assemblée en deuxième lecture est peut-être logique, mais elle est surprenante. Le Premier ministre, en effet, n’ignore rien de ce que lui réservent sa gauche et les syndicats. Il a fait le choix délibéré de passer en force.

C’EST CONFORME à son tempérament, mais c’est le symptôme d’une situation tellement dégradée au sein du parti socialiste que, visiblement, il a décidé de se situer en dehors et au-dessus de son parti. Il sait à quels affrontements il s’expose. Le premier est l’hypothétique motion de censure que l’opposition ne veut pas déposer et pour laquelle les frondeurs cherchent depuis ce matin, et jusqu’à l’heure limite de 15H30, les 58 voix nécessaires de députés de gauche. Une motion de censure ? Le risque d’un renversement du gouvernement ? Des élections anticipées ? Toute l’affaire, qui semble à première vue redoutable, n’est que palinodie. L’opposition interne au PS joue à se faire peur. Les élus embringués dans cette aventure risquent par ailleurs de ne pas avoir l’investiture du parti lors des prochaines élections législatives, ce qui calme beaucoup d’ardeurs révolutionnaires.

Le risque pris par Valls.

Le danger vient plus des deux syndicats, CGT et FO, qui campent depuis quatre mois sur le retrait de la loi tout entière, façon d’envoyer au pouvoir un défi politique qui altère le combat syndical lui-même. Aujourd’hui, on roule des yeux épouvantés devant la fermeté de M. Valls, on oublie les provocations de deux syndicats, d’ailleurs désapprouvés par la CFDT qui, de son côté, exige de l’exécutif qu’il mène à bien la réforme du travail. Le Premier ministre joue en permanence la carte de la CFDT, organisation qui a depuis longtemps renoncé aux vieilles lunes et aux attitudes archaïques pour défendre les intérêts des salariés mais dans le cadre changeant de l’activité économique. On ne reviendra pas sur ce débat, toujours réglé par le simple rejet des convictions de la partie adverse. Mais on est en droit de se demander pourquoi M. Valls a pris le risque d’aggraver le conflit.

Le coût de la réforme.

C’est sans doute qu’il n’attend plus rien, ni des frondeurs, ni des syndicats, et qu’il compte sur l’été et les vacances pour que l’appétit pour l’affrontement disparaisse. Ses adversaires, pourtant, lui ont promis le contraire. Non seulement, ils se livreront à quelques actions en juillet et en août, mais ils ont juré que la rentrée serait marquée par des grèves et des manifestations. La loi travail a été en partie vidée de sa substance. Toutefois, les experts affirment qu’elle ouvre la voie à une grande réforme et qu’il faut à tout prix la garder. Toute la question est : vaut-elle la peine d’une explosion sociale en septembre ? Mais un bon réformateur est tenu de se projeter dans l’avenir. M. Valls est passé maître dans le jeu du chat et de la souris avec les syndicats et il est vrai que, en dépit de la galère dans les transports, la CGT n’a pas réussi à bloquer le pays depuis que Philippe Martinez, son secrétaire général, a décidé, pour des raisons liées à l’affaiblissement des effectifs de son organisation, de se livrer à une surenchère qui nous renvoie à 1936 ou mieux, à 1995.
Qu’est-ce que M. Valls espère pour lui-même, alors que le parti d’où il est issu est en train de se désintégrer et prendra sans doute une déculottée en 2017 ? Rien dans l’immédiat, mais l’espoir d’incarner dans le temps un réformisme inébranlable, ce qui deviendrait sa marque de fabrique et son principal argument électoral dans les prochaines échéances, ou au-delà. Malheureusement pour lui, il n’est pas impossible que l’électorat de gauche, qui ne lui tresse pas des lauriers, se souvienne seulement de cet annus horribilis que fut 2016, avec son immense désordre, un recul de la popularité du président qui confine au ridicule, un chômage massif, des comptes encore déséquilibrés et une population traumatisée par la persistance de la crise.

RICHARD LISCIA

PS- Il a manqué deux voix aux promoteurs socialistes de la motion de censure. Comme pour le premier 49-3, beaucoup de bruit pour rien.

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