Brexit : le coup d’accélérateur

Theresa May (Photo AFP)

Theresa May
(Photo AFP)

Nouveau coup de théâtre en Grande Bretagne : Andrea Leadsom, qui venait à peine de se porter candidate au poste de numéro un du parti conservateur, s’est brusquement désistée lundi, ce qui laisse le champ libre à Theresa May, qui a été ministre de l’Intérieur pendant six ans.

DAVID CAMERON démissionnera demain et sera remplacé par Theresa May, qui a déjà déclaré que « Brexit signifie Brexit et nous en ferons un succès ». Ces propos sont très clairs : ils indiquent que Mme May qui sera intronisée demain à la fois à la tête du parti tory et aux fonctions de Premier ministre, entend mener rondement la négociation avec l’Union européenne ; ils montrent qu’elle ne tient pas compte de la pétition de plus de 4 millions de citoyens britanniques ulcérés par le Brexit et qui demandaient un nouveau référendum ; ils soulignent qu’elle défendra bec et ongles les intérêts de son pays dans les pourparlers avec Bruxelles. Inconnue en France, Mme May n’est pas à proprement parler une seconde Margaret Thatcher, comme on le dit un peu vite. Elle est certes eurosceptique mais ce n’est pas une fanatique anti-européenne car elle n’ignore rien des avantages qu’offre l’Union et qu’elle entend conserver. Elle a cependant compris qu’un retard apporté au traitement des conséquences du référendum risquait de nuire au Royaume-Uni. D’ailleurs, dès que sa nomination a été annoncée hier, la livre et les marchés se sont redressés.

Une nouvelle Suisse.

Contrairement à ce qu’avait annoncé David Cameron, il n’y aura donc pas de période de transition d’ici à la rentrée. Mme May pourrait adresser la fameuse lettre de notification de Brexit à la Commission de Bruxelles dans les tout prochains jours, ce qui déclencherait aussitôt les pourparlers entre la Grande-Bretagne et les 27. Les Anglais, depuis quarante ans, n’ont cessé de considérer l’Europe comme une simple zone de libre-échange. Laquelle est absolument vitale pour leurs exportations, donc pour leur production. De leur côté, les Européens, qui ne souhaitent pas l’effondrement de l’économie britannique, rappelleront aux Anglais qu’il n’est pas question de leur accorder les avantages du libre-échange sans qu’ils partagent les inconvénients de l’intégration. Les 27 s’efforceront donc d’orienter les discussions vers un statut britannique semblable à celui dont bénéficie la Suisse.

Heureusement qu’ils ont gardé la livre.

La négociation sera très longue. Fort heureusement, le royaume n’a pas rejoint l’euro, ce qui évitera une discussion qui aurait conduit à un épouvantable embrouillamini. On se souvient que, dans le cas de la Grèce, c’est son appartenance à l’euro et son refus de le quitter qui ont conduit aux plans draconiens de redressement dont elle souffre encore. Mme May veut faire du Brexit une sorte de progrès et même d’une avancée positive. Un accord qui la conforterait dans ce sentiment donnerait des idées à d’autres États tentés par la sécession. Toute la difficulté, pour Bruxelles, consiste donc à trouver le moyen de maintenir la bonne santé économique du Royaume-Uni sans qu’il devienne un exemple à suivre. Quoi qu’il en soit, l’optimisme affiché par Mme May n’est que de circonstance. Les Britanniques ont pris une option qui, du seul point de vue bureaucratique, est déjà désastreuse. La vérité est que les Européens savent comment accepter de nouveaux États-membres mais qu’ils n’ont aucune idée de la manière dont les liens d’un pays qui veut partir doivent être coupés. Il n’y aura pas de chirurgie indolore. Il est évident, par exemple, que, si les Britanniques se replient sur leurs frontières, il n’y aucune raison de retenir à Calais ou à Sangatte les migrants qui veulent traverser la Manche. La France, si elle a peu de fermeté, devrait annoncer aux Anglais que leurs frontières ne sont plus sur le continent.
À quoi s’ajoutent une infinité d’accords politiques et culturels dont le démantèlement affaiblira le Royaume-Uni et diminuera son attractivité. Il ne s’agit pas ici d’envisager avec une joie sadique comment nous allons rendre aux Anglais la monnaie de leur pièce, mais d’appliquer à la lettre le principe de Theresa May : le Brexit, c’est le Brexit. Et l’Europe, c’est l’Europe.

RICHARD LISCIA

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