Merkel va bien, merci

Mme Merkel le 3 septembre (Photo AFP)

Mme Merkel le 3 septembre
(Photo AFP)

Dans le Land de Mecklembourg Poméranie occidentale, le parti d’Angela Merkel, la CDU, est arrivé troisième à l’élection régionale, avec 19 % des voix, contre 20 % au parti populiste, l’Alternativ für Deutschland (AfD) et 30 % au SPD, le parti social-démocrate qui fait partie de la coalition gouvernementale. On voit dans ce revers la fin de la carrière d’Angela Merkel. N’est-ce pas excessif ?

UNE GIFLE. Le début de la fin. Une défaite. Une déroute. Les mots n’ont pas manqué à la presse allemande et européenne pour décrire la gravité de ce qui est arrivé au parti gouvernemental de la chancelière allemande. Elle-même concède, avec sa modération habituelle, qu’elle est « très insatisfaite ». Mais la montée en puissance de l’AfD était inévitable après la décision de la chancelière d’accueillir un million de réfugiés sur le sol allemand. Ses meilleurs amis estiment qu’elle a commis une erreur. Elle-même a ensuite corrigé le tir en concluant un accord avec la Turquie qui a déjà produit des résultats puisque le flux de migrants qui traversent l’Europe est tari. Cependant, elle ne regrette pas son geste extraordinaire de générosité en faveur des migrants. Elle n’a cessé de répéter : « Nous y arriverons » et, de fait, l’intégration progressive des immigrés, notamment ceux venus de Syrie et qui ont souvent un métier, est en bonne voie. L’Allemagne dispose d’excédents budgétaires et pouvait donc investir des sommes considérables dans l’accueil des immigrés. De même, elle a trouvé les fonds nécessaires pour indemniser la Turquie, chargée de garder sur son sol les migrants venus de la zone syro-irakienne.

Prise de risques.

On peut lui reprocher d’avoir conduit une politique migratoire à contre-courant sans attendre le feu vert de l’Europe ; on ne peut pas ignorer que, ce faisant, elle a pris des risques qu’elle commence à payer en termes électoraux, ce qui, en somme était inévitable. Est-ce que cela signifie que le Mecklembourg, c’est l’Allemagne et que l’AfD va devenir le parti numéro un ? Bien sûr que non. Il y a des élections générales en Allemagne en septembre 2017. Elles se dérouleront dans un climat d’inquiétude, à cause de l’immigration, mais aussi du Brexit, de l’atonie européenne, d’une croissance insuffisante, même en Allemagne, des inégalités sociales et des salaires trop bas. L’AfD, quoi qu’en disent ses membres, n’est pas encore un parti de gouvernement. Et, pour le moment, on ne voit pas quelle coalition différente de celle qui gouverne l’Allemagne en ce moment (CDU et SPD) peut émerger de la consultation nationale. Il est clair que Mme Merkel, au pouvoir depuis 11 ans, brigue un quatrième mandat. Son revers dans un coin de la vaste Allemagne qui, certes, est son fief, mais représente 2 % de la population, ne met pas en danger la popularité dont elle bénéficie encore (45 %).

Un très bon bilan.

Ce qui ne veut pas dire non plus que, en ces temps tourmentés, sa campagne électorale de l’an prochain sera une partie de plaisir. Mais elle peut exciper d’un bilan économique et social qui est probablement un des meilleurs d’Europe, pour autant que, entretemps, la situation ne se dégrade pas. Elle démontrera en outre que son style et sa méthode sont excellents parce qu’ils n’accordent pas de temps au verbiage et se concentrent sur les résultats. Pour ma part, j’ai admiré à la fois sa décision d’accueillir autant de migrants et l’accord qu’elle a conclu avec la Turquie tambour battant. Les deux initiatives sont contradictoires. Mais toutes deux ont énormément contribué à diminuer l’intensité de la crise migratoire qui, aujourd’hui, se concentre en Méditerranée.
Angela Merkel est un élément de stabilité dans un pays particulièrement robuste. Il ne faut pas oublier que l’euro est soutenu à bout de bras par l’économie allemande, que les prétendants allemands au pouvoir ne brillent ni par leur originalité, ni par leur jeunesse, ni par leur expérience. L’année prochaine, Angela Merkel aura 63 ans. Elle sera encore assez jeune pour rester quatre ans à la tête du gouvernement.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Merkel va bien, merci

  1. alessandri dit :

    Je ne suis pas toujours d’accord avec toi, mais ton analyse n’a qu’un défaut : elle est juste. 30 % de nos concitoyens en France sont prêts à voter Hitler, le mode de pensée magique, l’ immaturité psychoaffective des masses populaires, en gros, la connerie humaine, ont déjà conduit l’humanité aux pires extrémités. Il ne suffit pas que Madame Merkel soit une très bonne dirigeante pour assurer sa réélection. Tu peux faire la même analyse dans d’autres pays. Et de toute façon, cette femme est trop intelligente et sensible, elle a une vie privée, et même si elle a mon âge, elle aspirera tôt ou tard à une retraite sereine. Et livrera son pays aux imbéciles. La démocratie est le plus mauvais des systèmes, mais il n’y en a pas d’autres. Qui a dit ça ? Ou quelque chose de ce genre ? DRMA 13 007

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