L’Américaine la plus haïe

Marine  et Marion détestent Hillary (Photo AFP)

Marine et Marion détestent Hillary
(Photo AFP)

Les procès divers faits à la candidate démocrate, Hillary Clinton, sur sa santé, sur sa duplicité, sur sa malhonnêteté présumée sont nourris par une sorte d’aversion insurmontable que partagent nombre d’électeurs américains mais aussi l’extrême droite et les populistes européens.

J’ÉCOUTAIS ce matin un entretien avec Marion Maréchal Le Pen sur France Info qui, avant de poser une question à la jeune députée du Front national, lui a fait écouter un propos de sa tante au sujet d’Hillary Clinton. Avec une passion et un souffle qui balayaient toute objection, Marine Le Pen bornait son analyse à un « tout sauf Hillary » parce que, disait-elle, Mme Clinton, c’est ce qu’il y a de pire, c’est la guerre, c’est un danger pour tout le monde, donc pour la France aussi. Bien qu’elle ait des divergences avec Marine, Marion a alors déclaré qu’elle approuvait complètement son jugement sur la candidate démocrate à la présidence des États-Unis.

Un phénomène émotionnel.

Face à ce torrent de haine, qui n’est pas moins violent que celui des électeurs de Donald Trump et de tous les extrémistes d’Europe, j’essaie de comprendre ce qui les motive. Le projet de Mme Clinton est-il d’ouvrir de nouveaux fronts dès qu’elle sera à la Maison Blanche, d’attaquer les pays qui abritent des terroristes, de s’imposer au monde par la force? Il faudrait m’expliquer à quel moment l’ancienne secrétaire d’État de Barack Obama a divergé par rapport à ses consignes qui consistaient principalement à désengager l’Amérique de l’Irak et de l’Afghanistan, ce qu’il a fait avec le concours de Mme Clinton, et à s’orienter vers des relations étroites avec l’Asie, au nom de la communauté d’intérêts des nations entourant le Pacifique. Mme et Mlle Le Pen sont en fait dominées, sans paraître s’en douter, par les contradictions des politiques européennes en général et française en particulier, qui ont toujours trouvé un os américain à ronger, que ce fût pour dénoncer l’interventionnisme excessif et désastreux de George W. Bush ou de reprocher à M. Obama sa timidité proche-orientale, notamment ce fameux 31 août 2013 où il a renoncé à « punir » Bachar Al Assad pour avoir utilisé des armes chimiques. Ce sont toujours les mêmes qui haïssent l’Amérique parce qu’elle part en guerre ou refuse la guerre, sans reconnaître ce qu’il y a de contradictoire, mais surtout d’émotionnel, dans cette attitude.

L’imposture du programme FN.

M. Obama, il est vrai, et Mme Clinton avec lui, ne se disent ni protectionnistes ni isolationnistes, même si la candidate démocrate, pour éviter l’hémorragie des suffrages, s’est déclarée hostile, tout récemment, aux traités commerciaux internationaux. Alors que Donald Trump, lui, dans son obsession anti-immigrés, sa xénophobie, son mépris pour les minorités, convient non seulement à une partie de l’électorat américain, mais aux leaders du Front national, au point de leur faire dire des énormités. S’il y a quelqu’un qui porte en lui la perspective de la guerre, c’est bien Donald Trump, prêt à ouvrir une crise avec le Mexique, puis avec l’Europe, ce continent infâme qui s’est transformé en repaire pour terroristes, comme si l’Amérique n’avait pas subi l’agression du 11 septembre et n’était pas victime, au même titre que l’Europe, d’une série d’attentats.
Les détenteurs d’un credo simpliste n’ont pas besoin d’entrer dans de telles subtilités. Tout sauf Hillary, voilà une idée simple que tout le monde peut comprendre. Quant à se souvenir des tournées extraordinaires que Mme Clinton a faites dans le monde, où elle a été accueillie par des peuples que ses idées sur la convivialité, l’éducation, les droits des femmes, la lutte contre les inégalités ont enthousiasmés, à quoi bon ? Ce n’est pas ce qu’elle est, ce qu’elle a fait, ce ne sont pas ses convictions les plus sincères qui comptent, c’est en quoi, précisément, la nature de son programme risque de réduire celui du Front national à l’imposture qu’il est.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’Américaine la plus haïe

  1. JMB dit :

    Merci pour cet éditorial.

  2. VJV dit :

    Si j’ai bien compris, avoir des doutes sur la candidate ce serait s’amalgamer à la droite extrême?
    Et oublier l’affaire de Benghazi et des mails poreux de la dame, le danger public qu’elle représente pour l’Amérique, donc le monde? On nage dans la tautologie; navré, même si l’autre Sylla, etc.

    Réponse
    Avoir des doutes, ce n’est pas se livrer à des attaques sans fondement, ce n’est pas diffamer, ce n’est pas présenter une alternative dangereuse comme la solution. Oui, Charybde vaut mieux que Scylla.
    R.L.

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