Brexit : May prend son temps

Du pain sur la planche (Photo AFP)

Du pain sur la planche
(Photo AFP)

Pour la nième fois, la Première ministre britannique, Theresa May, a confirmé, lors de la réunion du parti conservateur à Birmingham, que « le Brexit est le Brexit ». Elle a annoncé qu’elle lancerait la procédure de séparation de la Grande-Bretagne en mars prochain.

DANS UN PREMIER TEMPS, pourtant, il avait été question de déclencher la négociation dès cette année. La plupart des Britanniques pensaient que les pourparlers commenceraient le mois dernier. La vérité est plutôt sombre : le gouvernement du Royaume-Uni manque de spécialistes pour aider les négociateurs et personne, à Londres, ne sait vraiment comment défaire l’enchevêtrement des dispositions qui lient la Grande-Bretagne à l’Union européenne. Mme May n’en dit pas moins que le voeu populaire sera respecté et que son pays tirera son épingle du jeu. Non seulement le Brexit aura lieu mais il sera profitable aux Britanniques, affirme-t-elle. Dans son attitude, il faut voir moins une forme d’arrogance à l’égard des Européens que le désir de rassurer à la fois les 48 % de Britanniques qui ont voté contre le Brexit et espèrent ne pas en subir les conséquences, et les 52 % qui ont voté pour et souhaitent que leurs suffrages soient respectés.

Le désarroi du gouvernement britannique.

Il n’en demeure pas moins que la fermeté de Mme May cache mal le désarroi du gouvernement britannique. D’abord, il a perdu du temps dans l’application de la décision référendaire, en la reportant d’au moins six mois. Ensuite, il sait que les pourparlers pourraient durer au moins deux ans, sinon plus, et que Londres ne peut pas gagner sur tous les tableaux. L’idée que les Anglais vont avoir tous les avantages de leur liberté retrouvée sans souffrir du moindre inconvénient n’est pas logique et ne devrait pas provenir d’un esprit aussi rationnel que celui de la Première ministre. Même si la Commission européenne aborde la négociation avec Londres sans vouloir se livrer à des représailles, elle ne peut pas céder sur ce qui fait l’intérêt de la construction européenne, non seulement la liberté des échanges commerciaux et des flux financiers, mais la liberté de tous les Européens de circuler dans la totalité de leur espace. C’est un problème culturel, une question déterminante pour la paix sur le continent, un acte de foi qui va bien au-delà des affaires. Il y aura, dans les discussions, des milliers de contentieux à résoudre, mais tout le monde sait déjà que la Commission sera intraitable sur la circulation des personnes, dont les Anglais ne veulent pas parce qu’ils refusent de donner des emplois à des travailleurs venus d’Europe centrale ou de l’Est. Or, sans libre circulation des Européens en Europe, il n’y aura pas d’accord de libre-échange, ce qui affaiblirait l’économie britannique.

Une tâche insurmontable.

Tous ceux qui m’ont reproché d’avoir dressé des conséquences du référendum du 20 juin dernier une sombre évaluation ne savaient pas que, au lendemain du vote, des millions de Britanniques manifesteraient contre la consultation dans les grandes villes et enverraient au gouvernement une pétition pour qu’il renonce à l’appliquer. Bien entendu, en confirmant que le Brexit serait mis en oeuvre, Theresa May n’a fait que son devoir démocratique. Mais la moitié du peuple britannique estime aujourd’hui que les effets du Brexit seront dommageables à l’économie et que le référendum encourage les orientations sécessionnistes en Écosse et en Irlande du Nord. La lenteur de la procédure est le signe évident d’un malaise politique croissant. Les conservateurs au pouvoir sont obligés de vivre avec la lubie de David Cameron, qui attendait du référendum un « non » capable de réduire au silence ceux de ses ministres qui militaient pour la fracture avec l’Europe. Mme May fait ce qu’elle peut pour éviter une déroute économique et morale. Elle ne résisterait pas à la crise née du Brexit si l’opposition travailliste, qui a renouvelé le mandat de Jeremy Corbyn, contre l’avis des électeurs du Labour, pouvait profiter de ses déboires pour la déstabiliser. Obsédé par des idéaux incompatibles avec l’économie de marché, pas du tout intéressé par l’Europe, porteur d’une philosophie ultra-minoritaire, M. Corbyn ne fera rien pour reprendre le pouvoir. C’est préférable, dans la mesure où il vaut mieux que le Brexit soit traité par des gens compétents. Mais cela ne diminue pas la tâche presque insurmontable que Mme May doit accomplir.

RICHARD LISCIA

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One Response to Brexit : May prend son temps

  1. Dr Legroux dit :

    Quand on discute avec bon nombres d' »exilés » anglais en France, la plupart sont contre le Brexit. Dommage qu’il n’aient pas été consultés! Comme s’ils n’avaient pas droit à la parole. Cela rappelle le référendum sur l’indépendance de l’Algérie fait auprès des français, qui excluait les  » pieds noirs ». Déni de démocratie !

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