L’État, pompier universel

Manif' le 4 octobre à Belfort (Photo AFP)

Manif’ le 4 octobre à Belfort
(Photo AFP)

On a le coeur brisé quand on pense au sort des salariés d’Alstom à Belfort. On voudrait qu’ils soient secourus. Ce que le gouvernement vient de faire en passant une commande de 16 rames TGV. Mais le remède n’est-il pas pire que le mal ?

TOUT, dans l’affaire d’Alstom, est hors normes. La société a pour 29 milliards de commandes. Elle est prospère. Hélas, pour les ouvriers du site de Belfort, il n’y avait plus de travail pour les deux ans à venir, d’où le projet de les transférer vers un autre site. Mais Belfort vit littéralement d’Alstom et les employés de la compagnie ont pris racine dans la ville. Ils ne voient pas comment ils pourraient vendre leur maison et en acheter une autre ailleurs, comment leurs épouses (ou époux) peuvent les suivre s’ils ont un emploi dans la ville, comment leurs enfants pourraient changer d’école. Le gouvernement a examiné tous ces paramètres. Il a compris principalement que toutes les promesses faites aux salariés d’Alstom quand une partie de son activité a été vendue à General Electric ne sont pas tenues, qu’on leur avait juré qu’il n’y aurait pas de licenciement et qu’on leur a proposé une solution, le transfert, qui n’est pas satisfaisante.

Une erreur de prévision.

La direction a commis une erreur de prévision. Elle n’a pas su diversifier les activités du site de Belfort pour qu’il construise autre chose que des locomotives. Aujourd’hui, on n’a plus le temps de procéder à cette diversification, elle prendrait des années. L’État a trouvé la solution : il va acheter directement à Alstom des rames TGV dont la SNCF n’a aucun besoin et il va les affecter à des lignes dites inter-cités, notamment dans le Midi. Ces lignes sont gérées non par la SNCF, mais par l’État, ça tombe bien. Problème : sur ces lignes à petite vitesse, le TGV doit ralentir. On va donc équiper une région de locomotives inadaptées à la circulation ferroviaire. Des trains prévus pour les longs voyages affectés à une sorte de cabotage de ville en ville. Tout cela n’a aucun sens, ou plutôt une signification unique : le gouvernement aide les quelque 500 salariés de Belfort coûte que coûte. Il ne s’occupe ni de logique industrielle, ni de rentabilité, ni de prix, ni de perte sèche pour le contribuable (500 millions d’euros). Il veut s’assurer que les 500 travailleurs d’Alstom voteront à gauche en 2017. Et encore n’en est-il pas sûr.
Il en va de Belfort comme d’une diminution de l’impôt sur le revenu décidée par un gouvernement qui présente par ailleurs un budget fantaisiste, dont il faudra redresser les comptes par un collectif budgétaire après les élections, c’est-à-dire dans un autre temps et dans un autre monde. Comme il en va de la crise agricole : à cause des inondations, la récolte des céréales est insuffisante, la viticulture et l’élevage produiront moins que les années précédentes et le prix du lait reste trop bas. Pas de souci: l’État vole au secours des agriculteurs et éleveurs sinistrés. Il va les aider à résorber leurs pertes.

Le prix de la solidarité.

Solidarité nationale ? Certes. Mais à quel prix ? L’année 2016 a été mauvaise pour la France, sur beaucoup de plans, sécuritaire, industriel, agricole. Le chômage continue d’augmenter. Nous n’avons été bons que pour les exportations d’armes. On comprend très bien que l’État joue son rôle, qui consiste à n’abandonner personne à son sort, mais on comprend aussi qu’il se découvre des moyens qui n’existent qu’en période électorale et qu’il laissera la facture à l’exécutif qui naîtra des élections générales. Ce qui manque le plus à la France, pourtant bardée d’énarques et d’experts, c’est la prévision. Nous ne voyons jamais venir les catastrophes. Elles nous prennent par surprise, nous laissent bouche bée, et le citoyen lambda constate qu’il n’est pas plus étonné que le gouvernement lui-même. Alstom pouvait mieux faire. Un fonds de secours pour l’agriculture aurait dû être abondamment fourni depuis longtemps pour parer aux urgences. Quant à l’industrie, comment ne pas s’indigner des pertes d’Areva, ne pas s’inquiéter du projet nucléaire de 20 milliards en Grande-Bretagne, comment comprendre qu’Airbus, dont le carnet de commandes est bourré, ait des difficultés à cause de la mévente de l’A380 ? Qui planifie, qui prévoit, qui voit venir ?

RICHARD LISCIA

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