Poutine, persona non grata

Poutine et Hollande en 2015 (Photo AFP)

Poutine et Hollande en 2015
(Photo AFP)

Le gouvernement français ayant mis des conditions à la visite en France de Vladimir Poutine le 19 octobre, le président russe a exprimé le souhait de reporter son voyage. La tension est vive entre Paris et Moscou, principalement après le refus russe d’empêcher Bachar Al Assad de reconquérir le ville d’Alep.

FRANÇOIS HOLLANDE s’en est expliqué dans une émission de TMC, peu propice aux réflexions diplomatiques : il se demandait si la visite de M. Poutine était opportune alors que la France lui adresse tant de reproches : présence militaire russe dans le Donbass, annexion de la Crimée, politique de la terre brûlée en Syrie. Il semble que le chef de l’État ait exprimé l’idée, peu diplomatique en effet, de limiter le séjour de Poutine à des pourparlers avec la France sur la Syrie. Le chef de l’État russe devait inaugurer la nouvelle cathédrale orthodoxe de Paris. Si la France l’en empêche, c’est effectivement un geste fort, mais hostile, de notre gouvernement.

Le dialogue est suspendu.

À droite, on s’inquiète de la vive détérioration des relations franco-russes, parce qu’on a tendance à absoudre le président russe pour tous ses écarts. François Fillon et Nicolas Sarkozy préconisent le dialogue permanent avec la Russie, s’élèvent contre les considérations morales de la diplomatie française actuelle et souhaitent que la Russie soit, non pas combattue, mais associée à la recherche de solutions négociées dans tous ces domaines. Leur stratégie n’a pas été testée, mais elle semble accorder à M. Poutine une subtilité que ses politiques du fait accompli en Ukraine et en Syrie n’ont guère révélée. Cependant, la mini-campagne lancée par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, à Moscou, à Washington et à l’ONU pour tenter d’obtenir de la Russie qu’elle desserre l’étau sur la ville d’Alep, n’a produit aucun résultat, ce qui semble signifier effectivement que Français et Russes n’ont plus rien à se dire et que si M. Poutine ne vient à Paris que pour y parader, son voyage n’est pas utile.
Il est d’ailleurs curieux que l’opposition française continue à préconiser un dialogue avec Moscou, alors que les Russes sont sourds aux appels occidentaux en faveur de la population d’Alep soumise à des bombardements aveugles qui ne viendront à bout de la rébellion syrienne que lorsqu’il n’y aura plus aucun survivant dans la ville. M. Hollande n’a peut-être pas les moyens de tenir la dragée haute à M. Poutine, mais il peut lui exprimer son mécontentement et participer activement à son isolement. L’idée, répandue par la droite française, que le retrait américain sur plusieurs fronts diplomatiques rend indispensables les pourparlers entre Paris et Moscou est fallacieuse si elle renforce la stature internationale de M. Poutine, visiblement à l’aise dans sa politique de force et dans la recherche de solutions militaires dans quelques points chauds de la planète.

Un programme à ne pas appliquer.

Quel que soit le mérite par ailleurs des conceptions diplomatiques de la droite, le contentieux entre la France et la Russie ne cesse de croître. François Hollande avait déjà exprimé son animosité à l’égard des méthodes russes quand il a décidé d’interdire la livraison à la Russie de deux navires de guerre Mistral que Nicolas Sarkozy lui avait vendus. Ce contrat militaire passé avec une puissance qui n’est plus l’URSS mais n’en est pas moins résignée au retour de la guerre froide était, il est vrai, quelque peu dangereux. On ne vend pas des armes à n’importe qui. Et la tendance, de plus en plus affirmée à droite, à pardonner son cynisme à Poutine au nom de la Realpolitik risque de nous réserver, à terme, de vives désillusions. De ce point de vue, M. Hollande n’a cessé de vouloir en faire plus dans le sens de la résistance aux pouvoirs autoritaires. Il en veut à Barack Obama de n’avoir pas accepté de bombarder la Syrie après le scandale de l’usage, par Bachar, des armes chimiques. Il y a donc, chez le président, une certaine continuité de pensée et d’action. Il est vain de croire, en effet, que M. Poutine puisse être amadoué par quelques câlineries. Son projet est de détacher l’Europe des États-Unis, d’en finir avec l’Union européenne, d’obtenir la dissolution de l’OTAN, de régner en maître sur les États qui ont une frontière avec la Russie. Vaste programme que nous ne sommes pas obligés d’appliquer.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Poutine, persona non grata

  1. A3ro dit :

    En effet, Kerry et Ayrault s’échinent a proposer cessez-le-feu après cessez-le-feu, trêve après trêve, et les Russes n’en ont que faire et tolèrent qu’Assad bombarde civils et aide humanitaire…. au bout d’un moment, à quoi bon.

    Le seul moyen pour les occidentaux de peser serait de frapper les installations aériennes et les défenses anti-aériennes du régime, en évitant les Russes… pas évident, pas de légitimité et risqué…

  2. Docteur Langeron dit :

     » On ne vend pas des armes à n’importe qui.  »
    En effet on ne vend pas des armes à l’Arabie Saoudite ni au Qatar qui bombardent sans vergogne le Yémen et soutiennent une partie des djihadistes en Irak et en Syrie.
    L’indignation ne doit pas être à sens unique !

    Réponse
    Le nombre des Poutine-idolâtres en France est décidément considérable. Je n’ai jamais approuvé les ventes d’armes à l’Arabie ou au Qatar, mais je ne peux pas parler de tous les sujets à la fois. Je ne me gênerai pas pour continuer à dire tout le mal que je pense de Poutine.
    R.L.

  3. BERETVAS dit :

    Je respecte votre point de vue, sans toutefois y souscrire pour une fois. Par son action cynique et brutale, et par son soutien à Bachar El Assad qui est certes un dictateur sanguinaire, Poutine contribue cependant à éliminer les pseudo-résistants dont tout le monde s’accorde sur le fait qu’ils sont constitués pour majorité de brigades islamistes mortifères. Et il est le seul à prendre ainsi position, ce n’est pas du côté de Hollande ni d’Obama, sans parler de l’Europe, que l’on trouvera une vision aussi réaliste du terrain nous mettant un tant soit peu à l’abri du terrorisme islamiste. Entre deux maux il faut malheureusement choisir le moindre, compte tenu de notre propre impuissance.
    Dr.GB

    Réponse
    Premièrement, il y a des opposants à Bachar qui n’ont rien à voir avec les islamistes. Je ne vois pas pourquoi on doit les sacrifier. Deuxièmement, Poutine ne fait rien contre Daech. Troisièmement, il bombarde des hôpitaux et il est associé à des crimes de guerre. Quatrièmement, pour garder son influence en Syrie et dans le reste du Proche-Orient, il soutient un dictateur sanguinaire, sans foi ni loi. Croire que de Poutine, une solution satisfaisante peut venir est tout simplement une grave erreur d’analyse. Cet homme n’a aucun scrupule, sans compter qu’il est un danger pour l’Europe.
    R.L.

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