Le président le plus bavard

Mais qu'est-ce qu'il parle ! (Photo AFP)

Mais qu’est-ce qu’il parle !
(Photo AFP)

Les journalistes du « Monde », Gérard Davet et Fabrice Lhomme, connus pour leurs enquêtes de fond, notamment au sujet de Nicolas Sarkozy, publient aujourd’hui un livre intitulé « Un président ne devrait pas dire ça » (Stock). Il s’agit de l’enregistrement de 61 entretiens, pas moins, que François Hollande leur a accordés. Avant même sa publication, l’ouvrage a déclenché une nouvelle tempête politique.

ON COMMENCE par admirer la disponibilité, la simplicité, la sincérité du président. C’est celle de l’homme proche, qui aime la conversation et qui ne se cache pas derrière un masque. On peut ensuite se demander où il trouve le temps qu’il passe avec les journalistes, d’autant que Davet et Lhomme ne sont pas les seuls qui aient accès au chef de l’État. Beaucoup ont son numéro de portable, beaucoup sont invités pour des déjeuners « off », beaucoup ont entendu ses confidences. Néanmoins, la publication du livre des deux journalistes du « Monde » constitue un événement. Si vous voulez le lire, vous aurez droit à quelque 700 pages qui en disent long sur la personnalité de M. Hollande.

Scandale dans la magistrature.

Le principal problème pour le président, c’est que l’exercice est très compliqué. Ce qu’il a pu dire un jour n’est pas forcément vrai un autre jour. Dès lors que ses propos sont enregistrés et imprimés, ils l’engagent et il lui est impossible de revenir en arrière. C’est si vrai qu’il a déclenché un scandale dans la magistrature en faisant la déclaration suivante, à propos du corps judiciaire : « Une institution de lâcheté. C’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces magistrats, tous ces vertueux. Ils n’aiment pas la politique ». Deux des plus hauts magistrats de France, le premier président et le procureur général de la Cour de cassation, Bertrand Louvel et Gérard Marin, se sont rendus mercredi soir à l’Élysée où ils ont été reçus pendant vingt minutes par le chef de l’État. Ce matin, ils ont fait savoir que les propos de M. Hollande constituaient une « humiliation » et l’ont accusé de « diffuser une vision dégradante de la justice ». Bref, Moi, président n’a pas fait mieux que son prédécesseur, qui, lui, traitait les magistrats de « petits pois ». La différence, bien sûr, comme M. Hollande s’est empressé de le dire, c’est que lui, en tout cas, n’a jamais eu le moindre démêlé avec la justice.
Mais le mal est fait et les magistrats ne seront satisfaits que lorsque MM. Hollande et Sarkozy auront été battus lors de l’élection présidentielle. Si Alain Juppé l’emporte, ce sera le comble du paradoxe, puisqu’il a été condamné par eux dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris. La classe politique et la classe judiciaire ne feront jamais bon ménage.

Contorsions sémantiques.

« Un président ne devrait pas dire ça » n’apporte pas de révélations, mais ses pages « people » sont nombreuses. « J’ai dit (à Valérie Trierweiler) : je vois les gens qui viennent vers moi, dans les manifestations, ce sont des pauvres, ils sont sans dents. Quand je dis que j’aime les gens, c’est vrai ». Aussi sec, Mme Trierweiler, qui pousse très loin le bouchon de la vengeance, diffuse un SMS qui date du 31 mai 2005 (il y a onze ans !) et dans lequel M. Hollande parle des sans dents. Mais, nous raconte le président, « l’obsession de Valérie Trierweiler, ce n’était pas Julie Gayet, c’était Ségolène Royal ». Il estime que leur rupture fut le pire moment de son quinquennat. On aurait cru qu’il a traversé des crises sociales ou sécuritaires plus graves. Il y a d’autres éléments plus ou moins intéressants, comme l’expression « Sarkozy, le petit », tirée de Victor Hugo, ou la terrible confirmation que François Fillon a bel et bien demandé à Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Élysée, d’influencer la justice pour qu’elle poursuive Nicolas Sarkozy avec plus d’ardeur. Que M. Hollande, dans ces conditions, ne s’étonne pas de l’hostilité que la politique inspire à la justice. C’est un sentiment partagé par le peuple tout entier.
Il aurait mieux fait de se taire. Il fallait entendre ce matin, sur France Info, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, plongé dans des contorsions sémantiques à mourir de rire, pour comprendre à quel point la position du président est indéfendable. Il s’est tiré une balle dans le pied au moment où ses chances d’être réélu diminuent comme peau de chagrin. Il n’a que lui-même à blâmer. Nous vivons vraiment une époque bizarre.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le président le plus bavard

  1. Num dit :

    De pire en pire. Vivement que ça s’arrête. Chaque jour est un pas de plus dans ce quinquennat cauchemardesque, ce qui pourtant n’est pas tout à fait surprenant.
    Hollande n’a pas la carrure, élu, ne l’oublions pas, il a été élu par double défaut à cause de l’affaire DSK et de l’antisarkozisme.
    C’est une parenthèse de l’histoire qui va vite être oubliée.
    Le temps perdu, lui, l’est inexorablement

    • lionel dit :

      Exact, 10 ans de présidence people d’affilée commencent à entrainer la France bien bas. Il faut cesser d’élire ces politiques professionnels (futurs conférenciers professionnels…), vivement qu’enfin un homme d’Etat les remplace.

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