Le dilemme sécurité-liberté

Michel Tubiana, président de la LDH (Photo AFP)

Michel Tubiana, président de la LDH
(Photo AFP)

Un décret paru au Journal officiel annonce la création d’un fichier sécurité unique dans lequel seront inscrits les paramètres de quelque 60 millions de Français, depuis l’état-civil jusqu’aux empreintes digitales. Le décret déclenche une polémique entre partisans d’une plus grande sécurité publique et défenseurs des libertés individuelles.

IL S’AGIT d’un projet qui remonte à 2012, avait été proposé par la majorité de droite de l’époque, a été récusé partiellement par l’opposition de gauche, puis rejeté partiellement par le Conseil constitutionnel. Le gouvernement d’aujourd’hui explique que le nouveau texte n’est en rien comparable à celui de 2012. De son côté, la Commission Informatique et Libertés (Cnil), qui, il y a quatre ans, avait critiqué le texte, estime que les nouvelles dispositions sont légales. Le président de la Ligue des droits de l’homme, Michel Tubiana, n’en exprime pas moins de vives inquiétudes sur la dimension d’un système qui risque d’être piraté, ce qui permettrait à des hackers de faire des données concernant chaque individu un usage nuisible. Le risque de fuites est d’autant plus sérieux que la gendarmerie, la police, les douanes et les services de renseignement auront accès au fichier, ce qui fait beaucoup de monde.

Une légitime inquiétude.

Le fichier ne peut donc être mis en place que s’il est protégé par un dispositif inviolable. L’expérience a montré que des hackers de toutes sortes et de tous les pays parviennent à entrer dans les systèmes informatiques les mieux gardés par les États. On peut donc exprimer une légitime inquiétude sur la sécurisation du système. Mais on ne peut pas ignorer que la défense même de nos libertés passe par une sécurité accrue. Ce ne sont ni nos gendarmes ni nos policiers qui veulent nous mettre sous le joug d’une idéologie néfaste, mais les terroristes professionnels ou les États voyous. Tout ce qui contribue à l’amélioration de nos moyens de défense dans ce monde de plus en plus dangereux doit être mis en vigueur. J’ajoute que le nouveau fichier ne menace pas plus nos libertés que les systèmes informatiques déjà en vigueur et que la collecte d’informations sur chacun d’entre nous a atteint déjà une pesant degré de perfection.

Un sport national.

On pourrait d’ailleurs reprocher à la Cnil de ne pas combattre avec suffisamment de force des pratiques commerciales qui font de l’indiscrétion le moteur des profits des sociétés. N’importe quel citoyen peut constater tous les jours que certaines de ses données bancaires (mais heureusement pas toutes) circulent étrangement dans des entreprises qui cherchent à vendre leurs produits. Les organismes charitables ou humanitaires échangent visiblement leurs fichiers. La relance d’une clientèle constamment harcelée par courrier ou par téléphone est devenue, avec la création de plateformes d’appels, un sport national.
En revanche, le citoyen qui n’a rien à se reprocher ne doit pas craindre l’intrusion des pouvoirs publics dans sa vie privée si elle lui apporte davantage de sécurité. Dans ce domaine également, il y a longtemps que nous sommes vaccinés contre la dictature des mesures préventives, en particulier l’épouvantable traitement auquel sont soumis des centaines de millions de voyageurs par avion au nom de la lutte contre une poignée de terroristes. Bien entendu, nous préférons tous voyager en sécurité, mais nous ne devrions pas nous plaindre d’une mesure additionnelle à un dispositif déjà en place qui, de toute façon, ne respecte guère le citoyen innocent.

RICHARD LISCIA

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