La droite plie mais ne rompt pas

Sans rancune (Photo AFP)

Sans rancune
(Photo AFP)

Le deuxième débat de la primaire de la droite a été fort utile dans la mesure où il a été plus vif que le précédent, qu’il était plus drôle à suivre et, surtout, parce que les candidats ont mieux exprimé leurs différences programmatiques.

FRANÇOIS FILLON s’est plaint de ce que la discussion ait porté principalement sur le rôle de François Bayrou alors, dit-il, que tant de dossiers infiniment plus sérieux attendent le prochain président de la République. Il n’empêche qu’Alain Juppé a apporté des précisions essentielles. Il n’a pas l’intention de nommer M. Bayrou Premier ministre, il n’a pris aucun engagement avec le MoDem, le chef du gouvernement, si M. Juppé est élu, sera choisi dans le parti Les Républicains, le programme qui sera appliqué sera celui du maire de Bordeaux et les circonscriptions seront distribuées au prorata des résultats de chacun des partis de la droite et du centre. Ces éclaircissements vident de leur substance les attaques répétées du camp sarkozyste et empêchent une dégradation des rapports entre les différents candidats, ce qui aurait affaibli la droite au moment du scrutin.

Calme et courtoisie.

Certes, on ne peut pas prédire avec certitude que le troisième débat ne provoquera pas une mêlée générale, quand ceux qui savent qu’ils n’ont pas une chance d’être désignés joueront leur va-tout. Mais l’enseignement du débat d’hier est que personne, en définitive, n’a perdu le contrôle de ses nerfs et que même les piques venimeuses et les assauts désagréables n’ont pas nui à la bonne tenue de la conversation. Ce qui n’est pas, s’agissant de sept caractères très différents, un fait sans importance. Il suffit de comparer la campagne de la primaire de la droite à la campagne présidentielle aux États-Unis, noyée sous la boue des imprécations trumpiennes. Nicolas Sarkozy, en particulier, a réussi à rester digne pendant toute la soirée, ce qui montre qu’il a mûri. Depuis le début de la campagne, l’ex-président dispose d’un avantage irremplaçable. Il n’a pas tort de rappeler qu’il a déjà été président et que les autres, sauf M. Poisson, ont servi sous ses ordres. Alain Juppé, égal à lui-même, a continué à tenir un discours qui semble transparent et honnête. Nathalie Kosciusko-Morizet a éclairé le débat de quelques réflexions assez drôles. Jean-François Copé, qui n’a plus rien à perdre, a choisi l’humour. Quant à François Fillon, on doit toujours garder à l’esprit que son programme est le plus complet et le plus abouti. Il n’est pas du genre à fendre l’armure, mais il donne une bonne impression de solidité. Dans les sondages, il est passé devant Bruno Le Maire, qui était censé changer la donne par sa jeunesse et sa personnalité, mais qui n’arrive pas à décoller.

La messe n’est pas dite.

Là-dessus, « le Monde » publie, juste avant le débat, une énorme enquête de quatre pages (avec une suite pour les jours suivants) sur les « liaisons dangereuses de la sarkozie », articles où l’on trouve plus d’accusations que de preuves et qui ressasse des soupçons déjà formulés par le même journal depuis des années. Personne ne veut priver un quotidien de sa liberté d’expression, mais le timing de cette publication n’est pas sans rappeler l’intrusion brutale du directeur du FBI dans la campagne électorale aux États-Unis. Quand on sait que les déclarations de James Comey ont coûté à Hillary Clinton l’avance qu’elle avait sur Donald Trump, on peut s’inquiéter de l’effet qu’aura le dossier du « Monde » sur la primaire de la droite.
Mais un sondage Elabe réalisé aussitôt après le débat montre que M. Juppé continue à distancer M. Sarkozy. La messe est-elle dite ? Non, un coup de théâtre est toujours possible. Les chiffres, pourtant, sont têtus. Ils montrent que l’ancien président n’est majoritaire que chez les militants de LR. Il ne l’a jamais été dans le cadre de la primaire élargie au centre et dont sait déjà qu’elle rassemblera entre 2,5 et 3 millions d’électeurs. C’est pourquoi il était indispensable que M. Juppé s’expliquât sur la nature de ses rapports avec M. Bayrou. Il ne fallait pas donner à M. Sarkozy un prétexte valable pour qu’il conteste le résultat du scrutin. Sa promesse de soutenir M. Juppé s’il est élu montre qu’il n’est pas Donald Trump, ce qu’à Dieu ne plaise. Non seulement l’alternance est au bout du chemin, mais elle peut se produire dans un climat relativement apaisé.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to La droite plie mais ne rompt pas

  1. Andre Mamou dit :

    Quelle belle équipe ! Un président, un Premier ministre, un ministre des Affaires étrangères, un ministre de l’Economie et de la réforme, un ministre de l’Éducation nationale, un ministre de la Défense : les candidats de la primaire devraient s’entendre et se répartir les postes.
    S’entendre sur un programme et se comporter comme un gouvernement de salut public.

  2. Chapelle Mireille dit :

    Ce qui n’a pas été dit:
    -M. Fillon fut Premier ministre sous le quinquennat du président Sarkozy qui imposait la politique interne de la France ; il n’a donc pas pu imposer ses propres visions.
    -M. Juppé fut Premier ministre sous le septennat du président Chirac qui conduisait la politique extérieure de la France et laissait au Premier ministre d’alors le choix de sa politique interne…qui fut cuisante pour la médecine libérale…
    Il est fort dommage qu’aucun candidat ne s’intéresse vraiment à la politique de santé si ce n’est pour proposer quelques rustines sans envisager la nécessaire adaptation du modèle social actuel qui date de 1947 et aboutit par démagogie à accepter de financer le superflu en oubliant l’essentiel.

    Réponse
    Votre remarque est parfaitement judicieuse, mais, par principe, mon blog ne comporte aucun commentaire sur la politique de santé, largement expliquée sous d’autres plumes dans le Quotidien du médecin.
    R.L.

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