Le suspense américain

Hillary  en action (Photo AFP)

Hillary en action
(Photo AFP)

À l’heure où paraîtra cet article, les Américains auront à peine commencé à voter. Nous ne connaîtrons pas le résultat des élections présidentielle et législatives avant le milieu de la nuit, pratiquement mercredi. D’où ce dernier effort d’explication que je souhaite tenter auprès de ceux qui m’accordent le privilège de me lire.

DÈS LE DÉBUT de cette interminable et invraisemblable campagne, j’ai pris position en faveur de Hillary Clinton. En France aussi, la perception que le public a de la candidate démocrate est négative, en partie parce qu’on peut la considérer comme un vieux cheval de retour, en partie parce qu’on la soupçonne d’insincérité, de malhonnêteté et de duplicité. Elle ne mérite pas la réputation qui lui a été faite, par Donald Trump notamment. De tous les élus américains, elle est la mieux préparée pour ce job infernal qu’est la présidence des États-Unis, comme ancienne sénatrice et ancienne secrétaire d’État. M. Trump n’a jamais été élu par personne. Il veut raser Washington, mais il ne connaît rien à ses arcanes. Ses défauts sont le sexisme, la grossièreté, le narcissisme, mais le pire, c’est son ignorance. Il a su déceler un malaise dans la majorité dite silencieuse, il en fait ses choux gras. C’est incontestablement quelqu’un qui peut conquérir le pouvoir, il est incapable de l’exercer.

La carrure de président.

Le choix des Américains n’est donc pas entre droite et gauche, entre parti démocrate et parti républicain, entre la candeur et le cynisme, entre le vice et la vertu, il est entre la mésaventure historique et la stabilité. Un nombre incalculable de pays se sont donné des dirigeants funestes, d’Idi Amine Dada (Ouganda) à Kadhafi (Libye), de Duterte (Philippines) à Bachar Al-Assad (Syrie), mais les États-Unis ne sont ni un royaume pétrolier, ni une république de pacotille, ni un pays d’opérette. C’est la première démocratie du monde et notre sort dépend en partie du sien, notre équilibre est lié au sien, notre avenir ressemblera au sien. La France et l’Europe ne peuvent pas engager une politique étrangère qui ait la moindre signification si les États-Unis se lancent dans une diplomatie incohérente, soumise à tous les caprices d’un personnage aussi peu fiable que Trump.
Tout autant que moi, les médias ont souligné le caractère exceptionnel de cette campagne électorale, ont exposé le schisme qui oppose clintoniens et trumpistes, ont décrit le choc causé par l’indécence, la vulgarité, les mensonges qui l’ont caractérisée. Soucieux d’une objectivité qui n’est pas la mienne (le principe du blog, dans cet univers saturé d’informations, c’est d’apporter une analyse différente), ils ont renvoyé Clinton et Trump dos-à-dos. C’est parfaitement injuste : le problème posé par les emails de Mme Clinton est tout à fait secondaire, il a été déformé et hypertrophié par la hargne de Trump et la malveillance politique du FBI. Aux avalanches de boue que Trump a déversées sur la candidate démocrate, celle-ci a toujours riposté en utilisant des termes parfaitement corrects que les enfants pouvaient entendre. Elle a largement démontré que la présence de son adversaire (son ennemi) à la Maison Blanche serait une hideuse déformation de l’histoire. Mais que, pour sa part, elle a la carrure de président.

« Jetez-là en prison ! ».

M. Trump, en outre, a joué, avec une extraordinaire perversité sur les émotions populaires. Il a dressé de l’Amérique un tableau sinistre qui n’existe que dans son imagination. La croissance des États-Unis atteindra 2,9 % cette année, de quoi nous faire pâlir d’envie. Le revenu par habitant y est de quelque 56 000 dollars, le produit intérieur brut dépasse les 18 500 milliards de dollars, soit huit fois celui de la France. Les inégalités se creusent depuis quelque quinze ans, mais la hausse des salaires a repris depuis le début de l’année et le programme de Mme Clinton, dont on a si peu parlé, comprend une hausse sensible du salaire minimum. La colère des citoyens existait avant Trump et a trouvé un exutoire avec Bernie Sanders, ex-candidat démocrate battu à la primaire par Hillary Clinton. Mais Trump l’a attisée avec une violence, un mépris de la vérité et des électeurs qui les ont conduits à une exaspération sans commune mesure avec la situation économique et sociale dans son ensemble. Il a littéralement scié l’Amérique, entre gens éduqués et gens sans formation, entre villes et campagne, entre le monde toujours vaillant des préjugés et du simplisme et celui de l’ouverture et de l’espoir. Le cri de ralliement des trumpistes était « Lock her up! », c’est-à-dire « Jetez-la en prison ! ». Je décèle dans l’univers politique un autre coupable, celui qui, sous l’empire d’un narcissisme proche de la démence, mérite davantage une sanction judiciaire pour le mal durable qu’il a fait à son pays et qui ne sera pas guéri de si tôt, même si Mme Clinton l’emporte.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le suspense américain

  1. A3ro dit :

    Je suis complètement d’accord. Le choix offerts aux américains n’est pas un choix normal, Trump n’a ni la compétence, ni le jugement, ni le respect des institutions et de la démocratie qui doivent être naturel pour un candidat a ce niveau.

    Maintenant, il y a un phénomène a prendre en compte : l’électorat américain s’entend dire tout les 4 ans que le candidat républicain est raciste/sexiste/néonazi et j’en passe. A force de crier au loup, l’électoral libéral (au sens américain du terme) va peut être se faire dévorer cette fois….

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