Fillon : premières difficultés

La campagne sera dure (Photo AFP)

La campagne sera dure
(Photo AFP)

Aucune campagne électorale n’est un long fleuve tranquille. François Fillon a peut-être remporté une victoire écrasante à la primaire de la droite et du centre, il devra continuer à se battre âprement s’il veut être élu président.

L’ANCIEN Premier ministre est confronté à deux forces que son triomphe a galvanisées : la première est dans son camp et dans ses soutiens, qui veulent déceler dans son programme plus que ce qu’il y a mis, par exemple une révision de l’IVG. Beaucoup, à Sens commun ou dans la Manif pour tous, exercent sur M. Fillon une pression affectueuse mais étouffante, en le présentant comme leur candidat, ce qu’il n’est pas tout à fait. Il ne pouvait rejeter leurs voix. Il se refuse néanmoins à céder à leur enthousiasme car, tôt ou tard, il faudra bien qu’il se présente comme le candidat de tous les Français, et pas seulement celui d’une droite radicalisée. La décision des députés Républicains de voter contre une mesure visant à élargir le délit d’entrave à l’IVG aux mensonges proférés sur les réseaux sociaux est, de ce point de vue, emblématique : les élus LR affirment avec vigueur qu’ils veulent seulement protéger la liberté d’expression. En réalité, s’ils votaient pour la mesure, ils s’alièneraient ces composantes de la droite extrême qui ont contribué au succès de M. Fillon. La seconde force est la gauche. C’est un poker menteur: les socialistes, qui présentent le texte, ont surtout voulu forcer la droite à se prononcer contre l’IVG, sachant qu’il était trop tôt pour le parti LR de prendre ses distances à l’égard de ses éléments les plus réactionnaires.

Oui aux réformes, non aux sacrifices.

Un sondage Odoxa diffusé aujourd’hui indique que les Français sont partagés sur les mesures économiques qui figurent dans la plate-forme de François Fillon. Ils sont d’accord pour augmenter le temps de travail des fonctionnaires et pour diminuer les dépenses publiques, mais ils sont hostiles à la suppression de l’ISF et au report de la retraite. Autrement dit, ils approuvent la réduction des dépenses de fonctionnement de l’État, pourvu qu’ils n’en paient pas le prix. Il n’y aura pas de redressement économique du pays sans une restructuration profonde du budget. Le report de l’âge de la retraite a été adopté dans toute l’Europe, il ne coûte rien, il rapporte des milliards et il ne pèse en aucune manière sur les revenus des ménages. Son seul défaut, c’est d’obliger les gens à travailler plus longtemps. C’est la clé de la solution. Nous devons tous travailler plus dans la semaine, dans l’année et dans la vie. C’est par une productivité accrue que nous gagnerons des parts de marché. Voilà l’idée centrale du programme de M. Fillon et, dans la foule des candidats, il est le seul à faire cette proposition, beaucoup moins claire chez d’autres réformateurs, comme Emmanuel Macron. Quant à l’ISF, il vaut mieux que l’argent des possédants soit investi dans l’industrie que rogné par les impôts.

Les bonnes raisons de M. Bayrou.

Pour cette seule raison, François Fillon apparaît comme le candidat du changement. Il souhaite faire ce qui n’a jamais été fait en France jusqu’à présent, c’est-à-dire mettre en oeuvre une très large politique de l’offre. Tout le monde aura remarqué que les autres solutions appliquées par les gouvernements précédents n’ont produit aucun résultat et que le chômage en France bat des records historiques. Mais deux douzaines de candidats, à gauche ou ailleurs, continuent à nous proposer des projets qui ne rompent pas du tout avec le passé. François Bayrou est de ceux-là. Il n’est pas encore candidat mais presque. Qu’il ait déjà participé trois fois au concours présidentiel ne l’empêche pas d’en redemander. Nicolas Sarkozy était sa tête du Turc, il aurait donc dû être satisfait de sa défaite. Mais non, il a trouvé en M. Fillon non pas un nouvel épouvantail, mais une bonne raison de se lancer lui-même sur le sentier de la guerre. Motif ? Tout n’est pas parfait chez M. Fillon. On s’en serait douté. La question, pour les électeurs, n’est pas de désigner un président qui convienne à la perfection à 65 millions de Français, mais d’en trouver un qui sortira (peut-être) la société française de l’ornière où elle est enfoncée. M. Bayrou, comme à son habitude, présente sa réflexion et son action ultérieure comme le plus nécessaire des devoirs civiques. Bien entendu, ce n’est pas sa petite personne qu’il met en avant, mais de prodigieuses idées qui n’ont qu’un défaut : elles ne « font » pas 10 % de l’électorat. Elles peuvent, en revanche, affaiblir M. Fillon au profit d’un autre candidat, de sorte que, à la place d’une indispensable rupture, nous aurons la même soupe, celle d’aujourd’hui, d’hier et d’avant-hier.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Fillon : premières difficultés

  1. Lefrançois dit :

    Bravo, bien vu et bien dit,
    j’approuve votre analyse ci-dessus et vous en remercie,

    meilleures salutations,

    Dr Jérôme Lefrançois

  2. Henry dit :

    Son intervention ne mérite qu’un haussement d’épaule…

  3. Elie Arié dit :

    Il est étonnant que Richard Liscia (une vieille connaissance, que je salue en passant…) ne fasse aucun commentaire sur les propositions, tout aussi étonnantes, de François Fillon sur la politique de santé et la sécurité sociale.
    Il y aurait pourtant des choses à dire.

    Réponse
    Tout ce qui concerne la sécurité sociale est largement traité, tous les jours, par la rédaction du Quotidien du médecin. Ce qui semble avoir échappé à ma vieille connaissance.
    R.L.

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