Le coup de tonnerre

Hollande hier à la télé (Photo AFP)

Hollande hier à la télé
(Photo AFP)

Il y avait une chance sur deux que François Hollande décide de ne pas se présenter pour un second mandat. Son renoncement a néanmoins été un événement historique, ne serait-ce que parce qu’une telle décision est sans précédent dans l’histoire de cette République.

BIEN MALINS ceux qui prétendent aujourd’hui avoir vu le coup venir, sous le prétexte que l’apaisement soudain et incompréhensible des relations entre le président et le chef du gouvernement, lundi dernier, ne pouvait reposer que sur l’aveu que le premier avait fait au second qu’il abandonnerait la course. Voix faible, discours moins ferme qu’à l’ordinaire, émotion palpable de l’orateur, M. Hollande, en dressant pendant quelques longues minutes un bilan presque positif de son action, a su maintenir le suspense. A l’entendre énumérer ses hauts faits, on en tirait la déduction qu’il se présenterait. La surprise, immense, tient plus à cette contradiction voulue entre le bilan et la décision qu’à la déflagration provoquée par l’annonce finale, dont l’intérêt avait été légèrement émoussé par la convocation, une heure plus tôt, des téléspectateurs devant leur écran.

Laisser une trace.

La dignité du comportement de M. Hollande, dans l’exercice probablement le plus difficile de sa vie, doit être soulignée. Non seulement il a trouvé le moyen de culpabiliser ses concitoyens au sujet de son impopularité, et de minimiser celle-ci dans l’espoir d’une réévaluation ultérieure (cela s’appelle laisser une trace), mais il leur a rappelé, par la très grande simplicité de son comportement, qu’ils n’auraient plus jamais affaire à un président aussi proche d’eux et animé d’aussi bonnes intentions à leur égard. Bien sûr, avec de bons sentiments, on ne fait pas plus une politique qu’une littérature. Mais on ne mesure jamais assez la vitesse à laquelle se succèdent, en France et ailleurs, les faits historiques. Ce fameux « récit national » auquel tant de candidats se réfèrent est considérablement accéléré par l’impopularité de la classe politique dans son ensemble et singulièrement des dirigeants les plus exposés. Personne ne peut dire avec certitude que François Hollande a fait le bon ou le mauvais choix. Mais son petit moment de solde de tous comptes entre le peuple et lui, sorte de père meurtri par la méchanceté ou l’égoïsme de ses propres enfants, mais qui partage et distribue l’héritage de son vivant, aura été une fusion entre le pouvoir et l’affectivité, entre l’autorité de la fonction et la tristesse d’un homme.

Un candidat redoutable.

Manuel Valls va sûrement reprendre le flambeau que lui a passé M. Hollande dans cette course de relais aux multiples et fréquents rebondissements. Comment la France va être gérée pendant cinq mois entre un président, certes concentré sur sa tâche mais désormais « canard boiteux », et un Premier ministre en campagne, la question trouvera peut-être une réponse dans la démission du Premier ministre et son remplacement. Qui pourrait bien vouloir d’un emploi aussi précaire, cela est une autre affaire. D’autant que le sacrifice personnel de François Hollande n’assure nullement l’unité de la gauche et que la candidature de M. Valls sera accueillie avec un lance-pierres par les nombreuses factions de son parti, notamment celles qui n’ont cessé de militer pour plus de gauche, pour le retour aux sources et pour l’aveuglement face aux réalités du monde. Cependant, dans l’incontrôlable foisonnement des candidats de la gauche, celle de M. Valls doit être prise par la droite avec le plus grand sérieux. Déterminé, autoritaire, fonceur, le Premier ministre veut être l’homme qui aurait fait mieux que M. Hollande s’il avait eu son pouvoir. On lui pardonnera en outre d’avoir partagé les responsabilités de l’exécutif pendant plus de deux ans, comme l’électorat semble avoir pardonné à François Fillon d’avoir été le Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant toute la durée du mandat de celui-ci. En tout cas, pour autant qu’il parvienne à s’imposer, Manuel Valls sera, pour la droite, un candidat bien plus redoutable qu’un Montebourg, ou qu’un Mélenchon.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le coup de tonnerre

  1. Andre MAMOU dit :

    Un éditorial du New York Times du 1 er novembre avait pour titre : Francois Hollande, un mort vivant .

  2. mXmF dit :

    Oui, Frnçois Fillon a été le premier ministre de N. Sarkozy et il a remarquablement bien traité la crise financière de 2008 !
    Tandis que M. Valls ?

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