Le protectionnisme comme panacée

Pas de protectionnisme sans représailles (Photo AFP)

Pas de protectionnisme sans représailles
(Photo AFP)

Donald Trump deviendra le vendredi 20 janvier le 45ème président des États-Unis pour quatre ans. Il a constitué son cabinet, composé en majorité d’hommes d’affaires plutôt que d’élus et il est déjà intervenu à plusieurs reprises dans la marche des affaires de son pays. Notamment en obtenant de Ford qu’il renonce à construire une usine au Mexique.

DEVANT la menace d’une taxe de 35 % sur les véhicules en provenance du Mexique, Ford a obtempéré, aussitôt suivi par Chrysler, qui a pris une décision équivalente. Un triomphe pour Trump avant même qu’il entre à la Maison Blanche, et nul ne doute que ses partisans verront dans ce changement de gouvernance la justification de leur choix électoral. Cependant la manière de faire du nouveau président ressemble à sa façon de parler : il va à l’objectif le plus visible, il ne calcule guère les conséquences de ses actes. Pour le moment, le gouvernement mexicain se contente de « regretter » la décision de Ford et de Chrysler. Mais si les mesures protectionnistes américaines se multiplient, il sera bien obligé de recourir à des représailles. Il ne peut pas, en effet, assister, à une lente détérioration de sa capacité productrice sans boycotter à son tour les exportations américaines. En outre, il y a entre les trois pays d’Amérique du Nord un accord commercial en bonne et due forme, voulu par les Américains, et l’instauration imprévue d’une taxe (qui n’a encore été votée par aucun élu) et qui, de facto, viole cet accord, déclenchera forcément un énorme procès international.

Le vrai problème, c’est la Chine.

Ce qui se joue entre les États-Unis et le Mexique n’est en outre que la partie émergée de l’iceberg. Le plus important, pour le commerce américain, c’est l’Asie en général et la Chine en particulier. Compte tenu des méthodes du gouvernement chinois, obsédé en ce moment par son désir de dominer le Pacifique, on peut deviner sans le moindre effort d’imagination, que la Chine n’acceptera pas que le président Trump réduise les importations de produits chinois. Elle aussi prendra des mesures de rétorsion qui risquent de déclencher une récession dans le monde. Mais il y a pire : la Chine dispose, grâce à ses énormes ventes aux États-Unis, d’un trésor de quelques 3 000 milliards de dollars dont une bonne partie est placée en Amérique. Il lui suffirait de récupérer tout ou partie de cette somme pour déclencher l’écroulement du système financier américain.
À l’usage, M. Trump constatera très vite (et le Congrès, tout de même plus au fait des relations internationales, le lui dira) que le protectionnisme est une machine à perdre et que son usage fera courir de graves dangers à l’économie et même aux finances de son pays.

Une leçon d’économie.

M. Trump, comme tous les populistes, a fait de la mondialisation la première cible de la guerre diplomatique qu’il compte entreprendre. Il trouve en France de nombreux élus, de gauche notamment, pour l’entendre et, parfois, l’approuver. Aucun de ceux qui ont perçu les effets négatifs de la mondialisation sans en relever les aspects positifs ne dit la vérité aux électeurs, à savoir que c’est grâce à ce phénomène que des centaines de millions d’asiatiques et d’africains ont été tirés de la misère et sont passés de la pauvreté absolue à la classe moyenne. Or, à mesure que ces pays, naguère sous-developpés, émergent, la re-localisation des moyens de production en Occident devient de moins en moins problématique. Le développement, en effet, est nécessairement accompagné par une hausse des prix des produits finis. Vient le moment où produire en Chine n’est pas moins cher que de produire chez soi. Vouloir accélérer cette évolution au mépris des accords internationaux, c’est revenir aux sources de tension qui ont déclenché la Seconde Guerre mondiale, rien que ça. M. Trump veut conduire les affaires d’État comme on gère une entreprise. Il a encore besoin d’une leçon d’économie et d’une leçon d’histoire.

RICHARD LISCIA

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