PS : un accès de déraison

Montebourg et Hamon, hier (Photo AFP)

Montebourg et Hamon, hier
(Photo AFP)

Le débat d’hier entre les candidats à l’investiture de la gauche était certes plus vif que le précédent. Il n’en a pas moins produit des propositions éloignées des besoins de la société française et complètement décalées par la réalité du monde telle que l’imposent des hommes comme Trump ou Poutine.

ON ATTEND toujours qu’un candidat de la gauche nous expose un plan de lutte contre le chômage et le désendettement, un plan de relance de l’économie française, un plan qui apporte de l’espoir aux électeurs et qui, en résolvant le problème national numéro un, préparera les remèdes à d’autres maux. Mais tout se passe comme s’il était préférable de ne pas prendre d’engagements sur la création d’emplois, l’investissement dans l’économie marchande, l’équilibre budgétaire. En revanche, nous avons eu droit à quelques idées sur la dépénalisation du cannabis et sur l’immigration. Benoît Hamon, par exemple, propose la création d’un visa humanitaire grâce auquel tout migrant, qu’il soit incité à venir en Europe pour des raisons politiques ou économiques, saura, avant de partir, qu’il sera accueilli à bras ouverts.

Générosité ou naïveté.

J’ai toujours défendu l’idée que, une fois que les migrants sont chez nous, ils doivent être protégés et soignés. Feindre de les ignorer serait catastrophique pour la santé publique ; leurs bidonvilles défigureraient le paysage, leur détresse deviendrait rapidement insupportable, leur dénuement les pousserait vers la délinquance. Cela ne signifie pas que nous devions les encourager à venir. M. Hamon et d’autres intervenants, par exemple Arnaud Montebourg, ont insisté sur les investissements que la France doit faire dans les pays d’où viennent les immigrants clandestins. Ce sont les mêmes qui dénoncent la mondialisation. Or c’est la mondialisation qui a permis à des centaines de millions de Chinois, d’Indiens, d’Indonésiens et maintenant d’Africains de sortir de la misère et d’accéder à la classe moyenne. On ne peut donc pas à la fois combattre la mondialisation et tarir la source de l’immigration massive. Tant que nous avons aidé l’Afrique en lui accordant des dons et des prêts, l’argent a plus souvent alimenté la corruption qu’il n’a amélioré les conditions sociales en Afrique. Avec la mondialisation, le développement africain est certes inégal mais il existe. Et certains pays sont devenus des modèles de croissance.
Je suis convaincu que le débat sur la dépénalisation du cannabis est essentiel mais il me semble que, si nous avions moins de chômeurs, moins de précarité et moins d’inégalités sociales, nous aurions aussi moins de toxicomanes. Voilà pourquoi je réclame un plan économique et social s’adressant à une crise de la croissance et de la dette qui affecte la France plus que d’autres pays européens. Pour la gauche, le meilleur moyen de ne pas entrer dans le débat au sujet de l’aggiornamento indispensable du parti socialiste est occulté par ceux qui, comme M. Hamon, M. Montebourg ou M. Peillon; veulent encore nous faire croire qu’il y a un salut pour la France dans un retour aux sources du socialisme.

Thé ou whisky.

Ainsi, tous les candidats à la primaire, y compris Manuel Valls, contraint de jouer la carte du rassemblement, sont enfermés dans une logique qui les conduit à préconiser, pour une économie marchande, des thérapies qui restent inscrites dans les « valeurs » du socialisme mais qui ne sont pas efficaces quand on les applique. Jean-Luc Mélenchon a très bien compris qu’une bonne partie de l’électorat réclame une rasade de whisky quand les candidats à la primaire offrent une tasse de thé. De la même manière, Emmanuel Macron, convaincu par l’expérience qu’il est impossible de changer le PS, a décidé de faire son étendard du pragmatisme économique.
M. Valls est incontestablement l’homme le plus capable de faire évoluer le parti et il a le sens de l’État. Je ne suis pas sûr que ses concurrents aient une dimension égale à la sienne. Mais, dimanche, ils se sont ligués contre lui, tandis que M. Macron fait salle comble chaque fois qu’il organise un meeting et s’apprête à lui prendre un électorat qui, sans M. Macron, aurait bien choisi M. Valls. La primaire de la gauche ne décidera rien, sinon qu’elle servira, comme le souligne l’ancien Premier ministre, à légitimer le vainqueur. Mais l’affaire se jouera après. MM. Macron et Mélenchon poursuivront leur montée en puissance et il n’est pas impossible qu’ils passent, au premier tour, devant le candidat issu de la primaire.

RICHARD LISCIA

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