Les Anglais larguent les amarres

Dure tâche pour Theresa May (Photo AFP)

Dure tâche pour Theresa May
(Photo AFP)

Theresa May, Première ministre britannique, a annoncé aujourd’hui ses décisions relatives au Brexit. Elle entend procéder à un divorce en supprimant les relations du Royaume-Uni avec les institutions européennes. Elle mettra un terme à l’immigration, mais espère encore préserver les échanges commerciaux avec l’Europe.

LES BRITANNIQUES qui ont formé une majorité en faveur du Brexit au printemps dernier seront rassurés sur le respect de leur choix par la chef du gouvernement de Londres. Mais les propos de Mme May seront accueillis d’une manière glaciale en France et en Allemagne. Il n’est pas question, pour les Européens fidèles à l’UE, d’accorder aux Anglais des dispositions avantageuses tout en les libérant des contraintes liées à la solidarité continentale. On s’achemine donc vers une négociation dure, peut-être même vers un affrontement, d’ailleurs aggravé par l’ingérence de Donald Trump dans les affaires européennes. Le nouveau président américain a fait l’éloge du Brexit et vivement critiqué Angela Merkel pour sa politique migratoire.

Pour le moment, ça va.

Des observateurs notent que le Royaume-Uni ne semble pas avoir souffert du Brexit. La politique économique engagée par David Cameron a porté ses fruits, avec un taux de chômage de 4,8 % et une croissance qui dépasse les 2 % en 2016. Mais, pour le moment, la Grande-Bretagne fait toujours partie de l’Union, qui est son premier partenaire commercial alors que ses exportations vers le reste de l’Union ne représentent que 5 % du total des échanges intra-européens. La livre a été fortement dévaluée par la seule annonce du Brexit. Si le royaume supprime tous ses liens avec l’UE, il en souffrira nécessairement. M. Trump a promis de passer avec Mme May un large accord commercial, qui pourrait compenser, pense-t-elle, ce qu’elle perdra en exportations vers l’UE à cause d’une éventuelle hausse des droits de douane.
Theresa May fait du légalisme. Elle n’a cessé de se montrer très soucieuse de respecter la volonté du peuple britannique, elle qui, pourtant, avait milité, avant le référendum, contre la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE. L’objectivité commande cependant de noter que l’humeur des Britanniques a changé. Ils ont réalisé que le Brexit risquait de leur causer plus de soucis qu’il ne leur apporterait d’avantages.

Les dés sont jetés.

Dans ce climat de repentir, qui en dit long sur les effets de la démocratie directe quand elle est chauffée à blanc par le populisme et par la démagogie, le Parlement britannique veut faire entendre sa voix et réclame le droit de se prononcer sur le Brexit, avec l’espoir que la sagesse dont le peuple est apparemment privé se retrouvera chez les élus. Bien entendu, le projet de renverser la situation par un vote parlementaire contre le Brexit plongerait élus et électeurs dans un conflit hideux. Mme May, logiquement, souhaite éviter cette affreuse perspective. La Cour suprême britannique se prononcera sur le sujet dans quelque temps, avant l’activation par le gouvernement de l’article 50 de la Constitution européenne, au mois de mars prochain. Il est probable que les députés craindront de refuser le Brexit et qu’ils finiront par l’approuver à une faible majorité. On peut donc dire d’ores et déjà que les dés sont jetés.
Il ne faut pas être grand clerc pour évaluer l’immense gâchis décidé par les Anglais. On est plus surpris par la volonté de Mme May de conduire une négociation « dure » alors qu’elle sait, au fond d’elle-même, que le Brexit est contraire au mouvement de l’histoire et aux intérêts bien compris du Royaume-Uni. On aimerait en tout cas que ce séisme européen dévastateur soit l’occasion pour les pays fondateurs de l’Europe de serrer les rangs, de mettre au pied du mur les pays membres de l’UE qui seraient tentés par une aventure identique à celle de la Grande-Bretagne, pour relancer l’Europe, économiquement, socialement et politiquement. 2017 est, malheureusement, une année électorale, surtout en France et en Allemagne, ce qui implique des changements de personnels, alors que, pour combattre l’adversité, l’Europe a besoin, plus que jamais, de stabilité.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Les Anglais larguent les amarres

  1. phban dit :

    Il n’est pas si sûr que le Brexit, à moyen terme, soit si mauvais pour les Anglais. Ils pourront retrouver davantage de dynamisme et d’adaptabilité économique, une fois libérés du carcan normatif et réglementaire européen, et profiter de leur position de grande place financière entre les différents blocs. Donc, attendons de voir la suite…

  2. Elie Arié dit :

    Prudence, devant les déclarations radicales de Mme May: il est classique de montrer ses muscles avant d’entamer une négociation…
    Si le Parlement britannique revenait sur la réponse des citoyens après le référendum, on serait à peu près dans la même situation que lorsque le Parlement français a ratifié le traité de Lisbonne après le référendum sur le TCE: cela n’améliorerait pas le sentiment de pseudo-démocratie que tant d’ Européens ressentent vis-à-vis de l’ UE.

  3. JMB dit :

    Le Brexit est issu d’un référendum populaire dont les parlementaires, des grands électeurs, veulent abolir le résultat.
    L’élection de Donald Trump est issu du vote de grands électeurs qui abolissent le résultat issu du suffrage universel.
    Ces deux résultats ne peuvent être mis en parallèle.
    De Gaulle, faisant preuve de son habituelle clairvoyance, avait refusé en son temps l’entrée de la Grande Bretagne en Europe (des Six).
    Le référendum sur l’adhésion de pays d’Europe du Nord, dont la Grande Bretagne, du 23 avril 1972 n’a recueilli guère plus de suffrages exprimés que l’élection présidentielle états-unienne, soit un peu plus de 53% (taux faible pour une consultation électorale en France à cette époque), c’est-à-dire que le oui ne rallia que 36% du corps électoral.

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