Fillon remonte la pente

Fillon repart en guerre
(Photo AFP)

François Fillon a donné des explications assez convaincantes sur le travail de son épouse et de ses enfants. Il a surtout décidé de continuer à faire campagne en soulignant l’énorme vide politique que créerait son retrait.

CERTES, sa conférence de presse eût été plus efficace si elle avait eu lieu une semaine auparavant et elle aurait surtout évité aux partisans du candidat de la droite et du centre les affres de l’incertitude. Sur ce point, M. Fillon a été transparent : il se croyait tellement à l’abri des attaques dont il a soudainement fait l’objet qu’il a pensé que « le ciel était tombé sur (sa) tête ». Il s’est fait violence pour ne pas cacher ce qu’il y a d’humain et donc de fragile en lui, pour présenter ses excuses, pour annoncer une réforme du travail des assistants parlementaires, pour publier sur Internet les revenus de sa famille depuis des années. Pratiques dont il reconnaît qu’elles étaient acceptables, sinon acceptées, mais qui n’ont certainement plus cours aujourd’hui. C’est un aveu fort. Mais il n’a pas déguisé sa stratégie sous l’habit d’une fausse contrition : s’il a décidé de rester candidat, de reprendre la campagne, de refaire l’unité de son camp, c’est parce qu’il ne peut pas imaginer la bataille du second tour sans la droite.

Aucun plan B.

Il n’y a pas de plan B, B comme Berezina, a-t-il ajouté, parce que la légitimité qu’il tire de la primaire et de ses quatre millions de votants (qui, précisons-le, n’ont quand même pas tous voté pour lui) interdit à toute autre personnalité politique de se présenter à sa place. Aussi, cet homme qui semblait attendri par ses propres vicissitudes, dont on veut bien croire qu’elles l’ont, comme il dit, « déstabilisé », s’est présenté aux journalistes, qu’il n’a pas ménagés sous le prétexte qu’il tenait une conférence de presse, comme le patron incontesté de la droite, l’homme qui va assommer d’un regard toutes les ambitions surgies la semaine dernière, l’homme qui, parce qu’il a vécu un moment terrible de sa vie, n’en sort que plus fort, plus solide, plus dynamique. C’est Fillon, pas Alain Juppé, ni personne d’autre, qui va refaire l’unité de son camp dès aujourd’hui, c’est Fillon qui repart en campagne, c’est Fillon dont les avocats viennent de signifier au parquet financier qu’il n’est pas compétent pour traiter cette affaire, c’est Fillon qui a le seul programme « de rupture », et c’est le Fillon favori de l’élection présidentielle qui revient avec force dans la course.

Un nouveau tournant dans la campagne.

La conférence de presse de cet après-midi aura donc marqué un nouveau tournant dans la campagne. François Fillon a écarté d’un geste l’idée de son désistement et de son remplacement. Du coup, il se conduit comme s’il n’y avait devant lui aucune opposition interne. Il ne fera pas de quartier, ce qui, peut-être, ne lui suffira pas pour retrouver tous les suffrages qui devaient se porter sur son nom, mais suffira pour que personne n’ose le défier. C’est tellement vrai que cela explique pourquoi Alain Juppé a refusé obstinément de prendre éventuellement la succession de M. Fillon. Il a compris, ou su, que celui-ci n’avait nullement l’intention de céder à une vague médiatico-politique où le candidat a vu non pas les conséquences des complaisances salariales qu’il a pu avoir avec sa famille mais une cabale orchestrée par le pouvoir. Il n’est pas allé plus loin dans l’accusation portée contre l’exécutif, mais il en a assez dit pour atténuer le choc causé dans l’opinion par les révélations relatives à ses propres activités.
Je crois que, après cette clarification tant attendue qui, certes, peut laisser beaucoup de gens sur leur faim, mais n’en est pas moins le maximum qu’un Fillon pût faire, la droite a de nouveau un candidat, qu’il est préférable de ne pas aller chercher ailleurs, que, de toute façon, M. Fillon éliminera sans hésiter ceux qui pourraient lui faire de l’ombre et que, à partir de là, la droite va se regrouper et même que, compte tenu des tensions anormales créées par cette élection très spéciale, elle sera impitoyable.

RICHARD LISCIA

PS. Pas de blog demain mardi. Je vous retrouve mercredi.

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17 Responses to Fillon remonte la pente

  1. phban dit :

    Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, le chevalier blanc est remonté sur son cheval. Je pense qu’effectivement Fillon a réussi à reprendre les rênes de la droite, dommage qu’il ait perdu une semaine à laisser gonfler la vague médiatique et déferler le tsunami sur les réseaux sociaux.
    Maintenant place au programme et aux projets.

    • mathieu dit :

      Serons-nous dans le même élan de confiance si, dans 10 jours, la cote de M. Fillon ne remonte pas ou s’est encore effritée ? L’électorat de la droite traditionnelle, conservatrice, appelée parfois « dure », culmine en France à 40 % de l’électorat, et elle se partage aujourd’hui entre deux candidats (Fillon et Le Pen, dont la part de la galette est redoutablement stable à 25 %). La présence d’un candidat libéralo-centriste puissant et « envahissant » (Macron, Giscard aux petits pieds), renvoie impitoyablement Fillon dans un angle du ring très fermé (regardons le profil de ses soutiens populaires, tous têtes blanches…et j’en suis une !), dont il aura du mal à s’extirper, n’ayant même pas avec lui l’arme redoutable de la démagogie, qui a fait élire – presque – tous les présidents.

  2. liberty8 dit :

    Merci M. Liscia de ce résumé à chaud.
    Etant au cabinet en consultation, je n’ai pu suivre son discours et j’aime votre résumé sans concession.
    En tout cas on voit qu’il a été convaincant car on vous sent plus confiant dans la pertinence du maintien de M.Fillon.
    Et cette élection, probablement la plus importante depuis des décennies, au vu des programmes (ou même de l’absence de programme pour certain) sera un tournant pour la France : l’agonie ou le sursaut

  3. Froud dit :

    Bravo. Rien à redire. Et si l’énergie des journalistes les poussait à chercher qui a organisé cette saloperie: Jouyet? Gantzer ? Allez un peu de courage pour découvrir qui a cherché à fausser l’élection présidentielle

  4. VJ dit :

    Bien joué ! Dans cette affaire, il faut se rappeler le coup porté à DSK voici 5 ans pour l’éliminer de la course en tant que grand favori, et qui portait déjà la marque du complot, même si cela ne sera jamais prouvé. La seule présomption est celle du timing, identique dans les deux cas. Ces révélations à point nommé sont à mon avis un plus grand scandale que les éléments en cause. Il faudra bien un jour réformer l’autre apparent scandale des attachés parlementaires pris en flagrant délit de népotisme généralisé.

  5. Drjls dit :

    Franchement, comment Fillon peut-il continuer ? C’est une névrose d’échec…

    • Le problème est qu’il entraîne son camp vers la faillite par entêtement d’enfant gâté dictatorial. Il est suicidaire et criminel, comme le pilote allemand Andreas Lubitz.
      Comment voulez-vous que les citoyens de notre belle république acceptent les « indemnités pénélopiennes », insultantes pour le peuple français, révélées ce matin par le « volatile », et que ce pauvre FF a essayé de déminer en publiant les salaires totaux ? Il a déjà essayé de déminer le coup de ses enfants, en s’enfonçant. Là, il vient de glisser sur la seule plaque de verglas de la route … C’est ballot …

      • liberty8 dit :

        Si vous voulez changer les indemnités, il va falloir changer la loi. Dixit Claude Bartolone, président de l’Assemblée (PS) et la responsable comptable de l’assemblée (PS) qui précisent que les indemnités sont calculés et dûes selon la loi du travail. Mme Fillon n’a pas touché un centime de plus que ce que touche tout attaché après son licenciement.
        A moins, bien sûr, que vous désiriez faire une loi pour chaque personne. Dans ce cas je suis sûr que vous trouverez un candidat qui vous corresponde.
        Cette fois je crois que « le Canard » s’est bien emmêlé pattes et ailes. Diffamation, diffamation quand tu nous tiens …

  6. Bastien dit :

    Fillon doit remonter la pente pour pouvoir gagner la présidentielle dans l’intérêt de la France qui se trouve à un tournant historique malgré tout le matraquage médiatique savamment organisé et prépare probablement depuis des mois par des officines .

  7. Etienne ROBIN, néphrologue dit :

    François Fillon devrait se souvenir de Louis XVI.
    Quand Louis XVI s’est enfui des Tuileries en 1791, il s’est réfugié chez l’ennemi. Il a été capturé à Varennes. Pendant son retour vers Paris, la foule lui a été très hostile, le considérant comme un traître. L’Assemblée s’en est trouvée bien embêtée : à part quelques députés extrémistes qui voulaient la déchéance royale, tous les autres étaient attachés à la monarchie constitutionnelle qu’ils venaient de forger. Ils savaient qu’une condamnation royale la ruinerait, et mènerait à d’insondables dangers (la suite leur a donné raison).
    Ils ont donc forgé une version officielle, surréaliste, de la fuite à Varennes : Louis XVI avait été enlevé. C’était un pieux mensonge. Cette manoeuvre peu convaincante pour protéger le roi, c’était la sagesse même pour qui voulait éviter que la France fasse naufrage, mais ça n’a pas été efficace bien longtemps.
    Aujourd’hui, ce sont de pieux mensonges aussi que les éléments de défense de M. Fillon. Et pourtant, maintenir ce candidat dans la compétition, ça semble être la sagesse même pour éviter que la France fasse naufrage. L’Histoire se répète…
    On va voir si la manoeuvre fonctionne mieux pour notre ancien premier ministre que pour notre ancien roi.

  8. JMB dit :

    Impliqué dans les Panama papers, le premier ministre islandais a rapidement démissionné. Dans les pays protestants d’Europe du Nord, le souci de transparence, l’exigence morale et éthique sont au plus au haut niveau. On y est peu complaisant envers les Tartuffe.

  9. JMB dit :

    Selon le dictionnaire Le Robert,
    “une personne en place (qui) fait de son crédit. (use) de son influence pour procurer des avantages, des emplois aux membres de sa famille…”
    pratique le népotisme.
    Terme qui remonte à cette époque où les Papes de la Renaissance distribuaient des prébendes à leurs neveux, ou fils dans le cas d’Alexandre VI Borgia.

    • démerdecinegénérale dit :

      Selon votre démarche de réflexion, des centaines de millions de personnes dans ce monde seraient accusés de népotisme : commerçants, restaurateurs, industriels, entrepreneurs, fonctionnaires, etc. C’est hallucinant !

      • admin dit :

        Ce qui est hallucinant, c’est d’utiliser de l’argent public et que ce soit quand même légal.

        • démerdecinegénérale dit :

          Vous avez raison et c’est tout un système qui est mis en cause, et non pas un seul homme. L’argent public permet aussi de nourrir des quantités de fonctionnaires français inutiles quand on compare leur nombre rapporté à la population en comparaison avec bien d’autres pays qui fonctionnent très bien avec beaucoup moins.

  10. Reynaud dit :

    Vous avez probablement tous raison ; la morale voudrait que l’on ne puisse pas se présenter à la présidentielle dans ces circonstances. Cependant, j’attire votre attention sur un point, la politique et la morale sont deux choses bien distinctes ; la démocratie repose sur des choix politiques qui ont vocation à influencer largement la vie des Français dans les années à venir.
    La troisième République ne payait pas ses députés, ce qui entraîna une sur-représentation des intérêts industriels. Cependant, la France n’a jamais connu de période d’aussi forte croissance qu’entre 1870 et 1914. On a connu une gauche au pouvoir qui logeait ses maitresses aux frais de la République, et qui faisait du trafic d’influence pour faire rentrer ses enfants illégitimes dans les plus prestigieuses écoles parisiennes. Aujourd’hui la mode a changé, il faut laver plus blanc que blanc.
    Lorsque l’on a été Premier ministre et que l’on est contraint à de petits arrangements pour rémunérer sa femme, c’est que fondamentalement, il n’y a pas eu de détournement d’argent sur les 750 milliards du budget de l »Etat et de la sécurité sociale. A gauche; jamais aucun député socialiste n’a jamais salarié sa femme comme assistante parlementaire bien-sûr)
    Il faut dire qu’au PS ont a les mains propres : les emplois fictif on ne connait pas !
    Bien sûr, car à la MNEF on militait gratos hein Manu, hein Christophe, hein Benoit payés pendant 7 ans alors que personnes ne les a jamais vus.
    Vous savez que l’on peut devenir docteur en faisant toute sa carrière au PS, oui oui, Jean-Christophe vous le confirmera. Malheureusement le détournement de fonds est aussi répandu à gauche qu’à droite et c’est vrai qu’au « Canard », ils ont plus l’habitude de recevoir des dossiers tout ficelés que d’investiguer. C’est vrai que cela coûte cher d’investiguer, et au « Canard » on préfère mettre l’argent de côté. Mais quand on est de gauche, on a le droit d’être riche dans ce pays.

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