Trois programmes dangereux

Toujours la tentation de Venise
(Photo AFP)

Si le week end écoulé a apporté une clarification, elle ne concerne pas la situation intenable de François Fillon, qui s’exprime cet après midi à partir de 16H. En revanche, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Marine Le Pen persistent et signent.

TOUS LES TROIS, en effet, ont indiqué qu’ils ne modifieraient pas d’un iota le contenu de leurs programmes. M. Mélenchon nous a gratifiés d’un hologramme qui lui a permis de s’exprimer dans deux endroits différents et de doubler ainsi son audience. Le candidat chaviste et bolivarien, le champion des « insoumis » ne répugne pas à utiliser les gadgets de l’impérialisme américain tant il est convaincu qu’il mérite de donner à la France le destin du Venezuela. M. Hamon, pour sa part, tient bon sur le revenu universel dont il ne sait pas trop comment il va le financer, et à une augmentation du Smic de 10 %, ce qui mettra à genoux les PME. Quant à Mme Le Pen, qui continue à nous faire croire que nous sommes menacés par l’immigration alors que la France est le pays européen qui accueille le moins d’étrangers, elle est décidée à sortir de la zone euro, ce qui réduirait de quelque 30 % les avoirs de tous les épargnants. Les candidats de l’Apocalypse sont en grande forme, ils sont applaudis à tout rompre et ainsi va le pays qui, inquiet pour son avenir, croit que le meilleur des remèdes est la noyade.

La riposte de Fillon.

François Fillon, pour sa part, est resté silencieux, tout occupé qu’il était à se forger une défense contre la terrible adversité qui l’a fait tomber de son piédestal. Il tient une conférence de presse cet après-midi. Jusqu’à présent, son argumentation repose sur l’idée qu’il n’a rien fait d’illégal en embauchant son épouse et ses enfants, que la loi le permet et que ce n’est pas sa faute si l’opinion publique a changé d’état d’esprit et ne tolère même plus des pratiques courantes auxquelles il n’est pas le seul à recourir. Ce système de défense est insuffisant parce qu’il laisse dubitatifs ceux qui étaient prêts à voter pour lui en assez grand nombre pour lui offrir la présidence de la République. C’est eux qu’il doit convaincre aujourd’hui et ce ne sera pas partie facile. Il est même peu probable qu’il rallie la totalité de ses anciens électeurs. Au moment où la gauche, l’extrême gauche et le Front national nous promettent chacun une mésaventure historique, assaisonnée de diverses épices, harissa révolutionnaire ou piment fasciste, la plate-forme de François Fillon est la plus convaincante aux yeux de tous ceux qui refusent un affaiblissement durable de la France, sauf si Emmanuel Macron propose à ses concitoyens un programme de réformes profondes et sévères susceptibles de relancer l’économie, donc la croissance, donc l’emploi.

Le devoir de Juppé.

Pour des raisons obscures, M. Macron, qui réunit de belles salles enthousiastes, ne nous a toujours pas exposé ses intentions, de sorte que, à l’heure actuelle, il valorise par défaut M. Fillon. Celui-ci doit donc devancer M. Macron s’il veut garder une chance de remonter la pente et ses propos de cet après-midi seront décisifs pour la suite. L’ancien Premier ministre doit comprendre qu’il ne survivra politiquement que s’il se prête à un acte chirurgical, que s’il donne des gages valables (par exemple le remboursement des sommes perçues par sa famille). Il ne s’agit plus de dire que le recrutement de sa femme et de ses enfants relevait de normes politiques acceptables, il s’agit d’aller à la bataille électorale avec le même programme mais dans le dépouillement le plus total, de manière à prouver qu’il sait renoncer à l’argent pour mériter la magistrature suprême et qu’il sait renoncer à tout s’il perd l’élection présidentielle.
Encore faut-il que sa cote de popularité remonte à un niveau qui lui rendrait sa crédibilité. Alain Juppé a répété encore ce matin qu’il ne serait pas candidat même si M. Fillon se retirait, mais face aux dangers qui menacent le pays, je serai le premier à dire que, cette fois, le risque est trop grand pour le pays pour que M. Juppé, soumis par intermittence à la « tentation de Venise », doit comprendre qu’il ne saurait se dérober à ce qui serait non pas une promotion mais un devoir.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Trois programmes dangereux

  1. Liberty8 dit :

    Mme Le Pen propose aussi la préférence nationale donc embaucher par priorité un éventuel incapable français plutôt qu’un étranger fut il de la communauté européenne et qui a fait ses preuves !
    M. Macron ne donne toujours pas son programme, situation très confortable dans l’état de la droite, cela lui permet de ne pas être attaqué sur le fond. Sans programme, on ne peut attaquer que l’homme ou ce qu’il était dans le gouvernement précédent. Stratégie très efficace. Peu d’attaque, donc peu de perte d’énergie à se défendre. Gageons que si la situation ne change pas, on ne soit pas près de voir le début de ce programme !
    Toutefois, dans les propositions qu’il lâche au compte-gouttes il y a : le remboursement des lunettes, des prothèses dentaires et auditives, la baisse des charges sociales pour employeur et employé, la remontée des salaires (comment?) soit 250 euros pour un smic (par an?) , le passage du budget de la défense dés 2018 à 2% du PIB. Bref les cases « dépenses » de sa « 2037 » sont cochées mais il a juste oublié de remplir la case recettes !

  2. Elie Arié dit :

    Décidément, entre l’éventuel emploi fictif de Mme Fillon et l’éventuelle homosexualité de Macron, nous n’avons jamais eu, je crois, une campagne présidentielle d’aussi bas niveau. À croire que la politique n’intéresse plus les Français.
    Je ne vois pas trop comment l’ UMP pourrait se débarrasser de Fillon comme candidat : rien n’a été prévu en cas de disparition du vainqueur des primaires (ce qui est d’ailleurs étonnant : et s’il était mort d’un infarctus ou d’un accident de voiture ?)
    Surtout : la seule vraie affaire est celle de l’emploi soupçonné d’être fictif de sa femme; ses adversaires commettent l’erreur de l’attaquer maintenant de tous côtés (avoir payé les conseils d’avocats de ses enfants, qui n’avaient pas encore prêté serment mais qui avaient terminé leurs études; avoir créé tout à fait légalement une société de conseil, etc.) : cela sera tout à fait contre-productif et donnera une image d’acharnement sur laquelle il va jouer pour se victimiser et retourner l’opinion publique.

  3. Patrice Martin dit :

    Il ne doit pas trop comprendre ce qui lui arrive, François Fillon. D’abord, il a débuté sa carrière politique au moment même où les Français offraient la place qu’il convoite à l’homme de l’affaire de l’Observatoire, du trafic des piastres, de l’affaire des fuites, de la compromission avec le régime de Vichy. En comparaison, offrir des salaires excessifs aux membres de sa famille paraît tout de même insignifiant. Ensuite une de ses valeurs fondamentales est justement la famille, qui ne vaut plus grand chose à l’aune de la pensée unique d’aujourd’hui.
    Peu me chaut que Pénélope et ses fils aient travaillé un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout : je laisse cette question à la populace. Celle qui me préoccupe est de savoir qui a livré les documents au « Canard ». La culpabilité de Rachida Dati me paraît improbable, parce que c’est essentiellement à Macron que profite le crime.
    Mon bulletin de vote ne validera pas cinq années supplémentaires de sarko-hollandisme qui nous conduiraient, après le mariage pour tous, à la pauvreté pour tous.
    Au risque de paraître politiquement incorrect, j’espère que tous les électeurs de droite voteront à droite lors de la prochaine élection. Aux deux tours, quel que soit le résultat du premier.
    La France mériterait un président comme François Fillon. Mais hélas, pas les Français.

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