La droite déchirée

il est quand même allé au Salon de l’Agriculture
(Photo AFP)

Par trois fois, François Fillon a décidé de rester candidat, malgré ce qu’il avait annoncé lors de la première semonce, à savoir qu’il démissionnerait s’il était mis en examen. Son troisième acte de résistance a augmenté dans son propre camp le trouble, la morosité et l’incertitude.

CAR LA STRATEGIE de M. Fillon n’est bonne que si sa campagne repart du bon pied. En moins de 24 heures, se sont succédé au contraire les défections, les appels au retrait du candidat, les constats d’échec. Que ses rivaux ou les chefs de la gauche ripostent avec force à ses déclarations à l’emporte-pièce, qui s’en soucie ? Ces querelles font partie des luttes partisanes. En revanche, le sentiment, à droite, qu’une déchirure s’est produite qui a peut-être privé durablement l’ancien Premier ministre de son aptitude à gagner l’élection présidentielle, est bien plus ravageur. C’est Bruno Le Maire qui se désiste, alors qu’il a été l’un des tout premiers à se rallier à M. Fillon. C’est la vice-présidente de l’Assemblée, Catherine Vautrin, qui réclame un autre candidat pour Les Républicains. C’est l’UDI centriste qui suspend son accord de gouvernement avec LR. C’est, enfin et surtout, le terrible malaise des électeurs de la droite et du centre qui semble annoncer une dispersion des suffrages susceptible d’anéantir les chances de M. Fillon.

Un déni de culpabilité.

Le carburant de l’entêtement (ou de la ténacité) du candidat, c’est la rage, la colère, l’exaspération : il ressemble beaucoup à ceux qui voulaient voter pour lui et voient s’échapper l’espoir d’une alternance pendant que lui devine, pressent et ignore tout en même temps le champ de ruines que préparent les poursuites judiciaires dont lui et son épouse font l’objet. Mais il faut qu’il sache que ses électeurs ne le suivent que partiellement. Ils ne croient pas à une théorie du complot invérifiable, ils n’absolvent pas leur homme-lige alors que lui continue à penser que, n’ayant rien fait d’illégal, il n’a rien fait de mal ; il y a, dans le comportement passé qu’on lui reproche quelque chose qui ne passe pas, l’idée qu’il a tiré bénéfice de privilèges dont ses électeurs, eux, ne profiteront jamais.
Le blâme du public est sans doute pour M. Fillon bien plus douloureux que ses démêlés judiciaires. Il ne peut lutter contre l’humiliation que par un déni complet de sa culpabilité, ce qui est, en définitive, son seul moyen de défense : pour être blanchi par la justice et pardonné par l’opinion, il faut qu’il gagne, proposition qui inverse l’ordre des données puisque, pour gagner, il lui faut d’abord l’absolution. En même temps, la panique s’ajoute à sa colère. Il se demande dans son for intérieur vers quelle abomination il a entraîné sa famille et plus particulièrement son épouse. Il a sûrement procédé à une évaluation de ses propres responsabilités dans l’affaire. On imagine que la complicité de Penelope n’a été rien d’autre que le résultat de la confiance que lui inspirait son grand homme de mari. Que l’on soit de droite ou de gauche, cette descente aux enfers donne le vertige.

Ce n’est pas fini.

Enfin, le pire est que les plus beaux effets de manche n’ont pas mis fin au débat interne de la droite. La gauche a répondu aux accusations d’assassinat de François Fillon en tentant de l’abattre en flammes. Même François Hollande s’y est mis qui, plus que jamais, a perdu une occasion de se taire. La question fait l’effet d’une vrille dans la conscience de l’électorat de droite : combien de jours avant que M. Fillon, sous la pression interne, ne s’effondre ? Combien de jours pour le remplacer ? Combien de jours restent à la campagne de la droite pour qu’elle retrouve son tempérament conquérant ? Tout à coup, le dernier coup de dés produit le résultat inverse de celui que l’on attendait, espérait ou craignait: Fillon est troisième, peut-être irrémédiablement troisième et l’affaire semble se jouer, désormais, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

RICHARD LISCIA

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19 Responses to La droite déchirée

  1. liberty8 dit :

    Fillon est touché, gravement atteint, je ne sais si l’homme s’en remettra; mais son programme est le seul qui tienne la route. J’avais un peu d’espoir dans le programme de Macron mais en le lisant ce matin j’en suis abasourdi ! Plein de dépenses , des choses intéressantes mais aucun chiffrage et surtout aucune recette a part 1.7% de CSG en plus pour compenser les dizaines de milliards de dépense. Il nous prend pour des perdreaux de l’année ! Mais je suis sûr que M. Liscia va nous faire un résumé de ses propositions et nous donner son avis.
    Je n’ai qu’une espérance , trop tard pour rêver d’un sursaut de la France mais peut être pas pour supprimer le rôle actuel du président de la République et le remettre, comme les Italiens et Allemands, au niveau des chrysanthèmes !

    Réponse
    Non, je ne pense pas que le plan Macron soit suffisant, notamment sur les retraites : il refuse de prolonger les carrières des actifs, ce qui est une solution qui ne coûte rien à personne et rapporte beaucoup d’argent à l’Etat.
    R.L.

  2. Michel de Guibert dit :

    Si Fillon se retire ou si Macron arrive avant lui au premier tour, il est à craindre qu’une grande partie l’électorat de droite, légitiment très en colère qu’on lui vole son vote, choisisse de faire sauter la baraque en votant Le Pen.

  3. gegau dit :

    Entièrement d’accord avec l, analyse de Michel Guibert et ce dès le premier tour

  4. Num dit :

    La campagne est encore longue (7 semaines jusqu’au premier tour), il peut encore se passer beaucoup de choses. Ne vendons pas la peau de l’ours, Macron n’a pas encore gagné.
    Tout se jouera dans les trois dernières semaines.
    Réponse
    Personne ne dit le contraire. Mais si M. Fillon ne se retire pas dans les jours qui viennent, l’électorat vendra la peau de l’ours.
    R.L.

    • Num dit :

      Pas sûr : dans les sondages réalisés hier, Fillon reste stable quels que soient les évènements à 2 points de Macron, c’est-à-dire dans la marge d’erreur.

  5. Il y a quelque chose que je ne comprends pas chez M. Fillon. Admettons qu’il soit élu. Il est alors protégé. Et s’il est coupable, sa femme l’est aussi. Or, s’il est élu, donc intouchable, et jugé coupable, sa femme risque de payer la facture toute seule. Son entêtement ressemble finalement à une extrême violence faite à sa propre femme. Par respect pour son épouse, il devrait affronter la justice d’égal à égal. Or, s’il continue à se présenter, c’est pour être élu, et donc bénéficier d’une immunité que ne possédera jamais sa femme. C’est inhumain.

    Réponse.
    Il sait tout ça et ça le déchire. Mais s’il se retire, il n’empêche pas une éventuelle condamnation de sa femme.
    R. L.

    • Nous sommes d’accord. Mais s’il se retire, il partagera la peine. C’est bien la moindre des choses. Comment imaginer qu’il soit président de la République « peinard » et que sa femme soit condamnée ? Il doit assumer. C’est le devoir de la conjugalité. Pour le meilleur mais aussi pour le pire.

      • Michel de Guibert dit :

        Le calendrier de la révélation de ces affaires, anciennes, sur un candidat dont l’intégrité n’avait jamais été mise en cause en 35 ans de vie politique, faite après la primaire de sorte qu’aucun autre candidat ne puisse prétendre à la même légitimité, et alors que le candidat d’une gauche en difficulté était en passe d’être désigné, a tout d’un tir prémédité.
        Quant à l’indépendance des juges que rappellent Jean-Jacques Urvoas ou le président Hollande en prenant des airs de vierges effarouchées, je ne peux en aucun cas faire confiance à des juges appartenant au syndicat de la magistrature qui ont osé mettre sur leur « mur des cons » le nom et la photo d’un père de famille dont la fille a été assassinée dans un train de l’Oise pour avoir résisté à une tentative de viol.

        • Je comprends votre déception. Rien de tout cela ne serait arrivé si la primaire de « droite et du centre » n’avait pas été truquée. Si Alain Juppé était passé comme prévu (mais campagne de dénigrement avec « Ali Juppé », mais couple hautement suspect Calmels/Chartier, mais soutien de « Sens commun » à FF …), la France ne serait pas la déception voire la risée du monde entier. Avec les règles de cette primaire (qui donc les a fixées ?), FF est à la tête du parti LR et a tout l’argent de la primaire ! C’est dé-raisonnable et profondément malsain. Pour que Thierry Solère quitte le navire, il faut que ce soit grave. Il ne reste plus que Stéfanini …

          • Michel de Guibert dit :

            Je ne suis pas du tout favorable à cette mode des primaires, qui n’est pas dans l’esprit de la Constitution, mais comment pouvez-vous dire que la primaire de la droite et du centre a été truquée!
            Ce n’est pas parce que le champion des sondages et des médias a été battu que la primaire a été truquée!
            Le dénigrement avec « Ali Juppé » était indigne, je en connais pas votre couple suspect, mais je n’ai rien en revanche contre « Sens commun », ne mélangez pas tout!
            Quant aux lâches qui quittent le navire face aux difficultés, tant pis pour eux.
            Je n’exclus pas que tout cela finisse par rendre Fillon sympathique à ceux qui n’auraient pas voté pour lui.
            A l’inverse, je doute fort que les soutiens de Fillon aillent voter pour un Juppé, un Lemaire ou un Baroin en cas de retrait de Fillon.

  6. mathieu dit :

    Si par extraordinaire, M. Fillon survivait à la campagne, et était élu, ce seront cinq années où le président risque d’être totalement inaudible dans son pays et à l’étranger l’Europe « vertueuse » à tout le moins), où « masses laborieuses », syndicats et opposition ne lui laisseront pas une seconde de répit.

  7. Lagriffoul dit :

    L’élection présidentielle n’est pas un concours de vertu: Mitterand, Chirac, Sarkozy n’étaient pas des oies blanches.
    Que reproche-t-on à Fillon ? Des emplois de membres de sa famille sur son enveloppe de parlementaire. C’est parfaitement légal et très répandu. Que son épouse ait eu un emploi fictif ? Seul le parlementaire peut lui en faire le reproche. Un député peut employer son assistant parlementaire à faire du macramé, la justice, en vertu de la séparation des pouvoirs, n’a pas son mot à dire.
    Dans ces conditions, impossible de ne pas voir des manoeuvres politiques derrière « l’affaire Fillon » et de ne pas être surpris par l’emballement médiatique sans précédent auquel on assiste: chronologie des révélations, autosaisie d’un parquet financier compétent pour les seuls détournements de fonds publics, absence de secret de l’instruction…
    Reste que le seul candidat qui ait le caractère, l’expérience et le programme pour redresser le pays est Francois Fillon.
    La solution Juppé est un leurre : une partie des électeurs de droite, écœurée, va se reporter sur Mme Le Pen, quoi qu’en disent les sondages du jour qui se sont toujours trompés (Trump, le Brexit, les primaires de la droite). Il faut soutenir Fillon.

    Réponse
    Un sondage publié ce matin donne Juppé en tête au premier tour s’il est candidat, devant Macron et Marine Le Pen en troisième position.
    R. L.

    • Michel de Guibert dit :

      @ R. L.
      Cher Monsieur, vous croyez vraiment à ces sondages ?

      • admin dit :

        La question est la suivante : est-ce que vous voulez que la droite gagne ou que Fillon gagne ? Ce n’est pas pareil. Donc je vous laisse croire aux sondages qui vous conviennent et dénoncer ceux qui vous ne conviennent pas. Pour ma part, je répondais à un lecteur qui disait que la solution Juppé est un leurre. Vous croyez que si Fillon se maintient, il sera élu ? Et que si’l est élu, il pourra gouverner ? A votre place, je ne prendrais pas ce risque pour la droite.
        R.L.

        • Num dit :

          Votre réflexion est juste: la question dépasse Fillon. Mais ce n’est pas l’homme lui même que ses électeurs veulent mais son programme et ses idées. Et ceux de Juppé et Fillon ne sont pas tout à fait superposables, ce que Juppé lui même a passé l’entre deux tours des primaires à souligner en critiquant de façon très virulente le programme de Fillon. Or les Francais ont tranché et de façon très nette (65/35 et même 75/25 si on ne compte que les électeurs de droite).
          La question n’est donc pas de faire gagner Fillon ou Juppé ni même la droite mais des idées et un programme auxquels on croit. Je ne vois pas de différence très nette entre les programmes de Macron et Juppé, par exemple. Si in fine Fillon se désiste et Juppé le remplace, un grand nombre d’électeurs de droite ne se sentiront plus représentés.

          Réponse
          Quand on a un candidat dans une position si fragile, on ne demande pas le beurre et l’argent du beurre. Certes, le programme est ce qu’il y a de plus important. Mais aujourd’hui, avec Fillon, le risque, c’est la disparition de la droite pour cinq ans.

          R.L.

          • Num dit :

            Eh bien, tant pis, je prends ce risque : je me fiche du sort de quelques députés. D’autant que Macron mènerait la même politique que Juppé mais, au moins, avec le bénéfice de la jeunesse, du renouvellement politique et de la recomposition des camps politiques qui ne peuvent pas faire de mal !
            Remplacer Fillon par Juppé est un formidable bras d’honneur à la démocratie et aux citoyens qui l’ont largement désavoué.
            La fidélité à un camp est à mes yeux bien moins importante que la fidélité à mes idées et mes valeurs.

  8. Lagriffoul dit :

    Vous y croyez encore?
    Encore en tête! Comme pendant la primaire!
    Je viens d’apprendre qu’un des instituts de sondage qui prétend faire des évaluations quotidiennes faisait en fait des évaluations « glissantes sur 3 jours » c’est à dire qu’ils réinterrogent 1/3 de leur panel tous les jours. Cela doit représenter environ 200 personnes pour la France entière…
    Je vous rappelle que Fillon était 3ème ou 4ème selon les sondages 1 mois 1/2 avant la primaire .

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