Macron en tête

Un slogan presque vrai
(Photo AFP)

Un sondage Harris Interactive pour « L’Express » indique qu’Emmanuel Macron arrive en tête des candidats avec 26 % des voix, contre 25 % à Marine Le Pen et 20 % à François Fillon. Un autre sondage, celui d’Ifop-Fiducial, accorde 26 % à la présidente du Front national et 24,5 à M. Macron, contre 19,5 à M. Fillon.

ON TIRE de ces chiffres au moins une conclusion qui n’est pas trop hasardeuse : pour le moment, François Fillon ne décolle pas de son solide socle de 20 %, qui montre que ses électeurs font bloc autour de lui, mais qui, pour l’instant, n’est pas suffisant pour le qualifier. M. Macron, en revanche, est sur une courbe ascendante. Il continue à recevoir de nombreux soutiens, dont le plus éclatant est celui de Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris et membre influent du PS, ainsi que celui de Jacques Attali, et il vient de montrer l’une de ses capacités, et pas la moindre : celle de battre Marine Le Pen dès le premier tour, ce qui serait, compte tenu des sondages passés qui, tous, accordaient à Mme Le Pen une large avance sur ses rivaux, un exploit remarquable.

Grandes idées de la gauche.

Pendant ce temps, la gauche patine, avec un Benoît Hamon à 13 % et un Jean-Luc Mélenchon à 12%. M. Mélenchon a estimé que, si on versait aux femmes de salaires égaux à ceux obtenus par les hommes, on comblerait les déficits des régimes de retraites et de l’assurance-maladie. La parité des salaires est hautement souhaitable, mais les entreprises ne pourraient faire cet effort en faveur de leurs employées qu’en réduisant le nombre d’actifs. Les idées de la gauche sont excellentes sur le papier : elles nous promettent le bonheur universel. Leur seul défaut, c’est qu’elles ne résistent jamais à l’arithmétique. M. Hamon a changé sa copie sur le revenu universel. Son plan ne coûtera, dit-il, que quelques dizaines de milliards et non pas des centaines, sauf que, pour réduire la voilure, il a aussi diminué les prestations. On vole au secours des pauvres avec des concepts absolument merveilleux, mais on cale au moment de les mettre en oeuvre, parce qu’ils sont trop coûteux. La plupart des candidats, Hamon et Macron compris, sont les spécialistes de la coupe sur mesure : si le costume est trop large, je suis prêt à tailler dans l’étoffe.
On remarquera qu’un candidat fonde sa réputation non pas sur les corrections de son programme, mais sur ce qu’il a dit initialement : M. Hamon reste, dans l’esprit de l’électorat, le frondeur associé au revenu universel, même si dans les faits, il s’agit d’un revenu à la fois trop bas pour donner de l’oxygène aux déshérités et trop élevé pour que l’État puisse le financer. François Fillon restera l’homme qui veut nous priver de l’assurance-maladie, quels que soient les avenants apportés à sa charte. M. Macron est « ni à droite ni à gauche », ce qui lui permet d’échapper aux conséquences de quelques discours aventureux, sur l’Algérie, par exemple, ou sur des employées « illettrées » de l’agro-alimentaire. Quant à Mme Le Pen, elle peut prononcer des énormités, il ne lui en coûte rien car, conformément à la méthode Trump, plus c’est gros, mieux ça passe.

Populisme en plein essor.

Cette séquence électorale est au moins aussi catastrophique que la prestation du PSG contre Barcelone hier soir. Les primaires, qui représentent pourtant à mes yeux une bonne méthode démocratique, en ce sens qu’elles font parler les électeurs plus que les partis, ont figé le paysage politique. C’est ainsi que le PS ne réussit pas à se débarrasser d’un Benoît Hamon qui l’envoie dans le mur, et que M. Fillon, sacré par la primaire de la droite et du centre, est inamovible, bien qu’il soit sur le point de perdre une occasion historique qui ne se présentera pas de nouveau avant longtemps. Qui plane dans les sondages ? Ceux qui ont évité toute primaire : Mme Le Pen et M. Macron. En outre, tous les candidats, pratiquement, ont été contaminés par le virus populiste. Consultez la liste et vous verrez que chacun d’entre eux a fait des promesses, prononcé des mots, adopté des comportements qui accordent davantage de place aux « faits alternatifs » chers à Donald Trump qu’à la vérité pure et simple.

RICHARD LISCIA

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11 Responses to Macron en tête

  1. Agnès Gouinguenet. dit :

    Bonjour R.L. Pour une fois, je ne suis pas d’accord avec vous. Les primaires ne font pas parler le peuple. Pour celle de droite, j’ai des amis de gauche qui sont allés voter AJ pour éliminer NS; quant à la victoire de FF, elle ressemble beaucoup à un coup organisé par Sens commun. Le peuple de la droite républicaine laïque n’a rien à voir avec cela. Par ailleurs, je suis très surprise que vous mettiez un frein à l’égalité des salaires hommes-femmes … »souhaitable mais ». Hier soir, j’étais au meeting d’Emmanuel Macron à Talence, terre du « Duc d’Aquitaine ». EM a fait applaudir Chaban et AJ, tout en exigeant que personne ne siffle ses adversaires. Classe. J’ai trouvé cet homme jeune, à la fois enthousiaste et très calme. Avec des pointes d’humour ravageuses et savoureuses d’intelligence. Erik Orsenna et Jacques Attali ne sont jamais loin. À bientôt.
    Réponse
    J’ai été le premier à soutenir Juppé, le premier à dénoncer les manoeuvres de Sarkozy (dans le Quotidien d’hier) et encore hier dans mon blog, l’un des premiers à prendre au sérieux le phénomène Macron quand tous mes lecteurs affirmaient qu’il ne s’agissait que d’un feu de paille. Je suis à fond pour la parité des salaires, mais décidément personne, même pas vous, ne comprend la situation financière dans laquelle se trouve le pays. Parité, d’accord et le plus vite possible. Mais pas en coulant les entreprises et en détruisant les emplois dans les PME.
    R.L.

    • Liberty8 dit :

      Mais on s’en moque que Macron fasse du lèche-botte, du spectacle, je lui demande seulement de chiffrer son programme et d’expliquer comment il va équilibrer toutes les dépenses envisagées… sûrement pas en haussant la CSG de 1.7 %.
      Soyez un peu moins candide et fleur bleue et prenez votre calculette !

      • Emprunt de 50 milliards d’euros à taux très faible à la banque européenne (l’argent ne coût pas cher du tout en ce moment), en se référant à une croissance n’excédant pas 1,3 % mais n’y étant pas inférieure + économies de 60 milliards d’euros, ce qui fait 10 milliards d’économies. Ces 10 milliards d’économies de l’Etat financeront la taxe d’habitation, versée aux maires, puisqu’il y aura exonération de la taxe d’habitation des 80% de Français les moins aisés. En plus, nous aurons les 1,7 points de CSG en plus. C’est un programme économique très équilibré et pas du tout brutal.

        • liberty8 dit :

          Emprunt = augmentation de la dette .
          Mélenchon emprunte 100 milliards, Macron 50.
          Economie de 60 milliards ou avec quoi ? Avec 120.000 fonctionnaires de moins en combien d’années ?
          Bref, toujours l’emprunt pour compenser les dépenses et une dette a déjà 2200 milliards. Ce n’est pas un plan comptable, c’est encore une utopie

          • Nous ne sommes pas du tout en cessation de paiement. Nous devons emprunter à taux bas pour innover et relancer l’économie par l’entrepreneuriat qui crée des emplois. Ce n’est pas du tout une utopie. M. Macron est un brillant Inspecteur des Finances; ce n’est pas un politicien professionnel, ivre de luxe, changeant de programme comme de chemise et ne tenant pas parole. Navrée, mais je pense que François Fillon a beaucoup déçu les Français. C’est la vie.

    • mXmF dit :

      Que le barnum de Macron soit bien réglé, c’est sûr : tant dans ses meetings que dans le milieu politique, les médias et la justice. Mais le spectacle et la publicité médiatique outrancière ne font pas un programme efficace ! En l’état actuel, le programme le plus sérieux est celui de Fillon. Et qu’on ne nous dise pas que ses prétendus manquements à la probité sont un obstacle : renonceriez-vous à faire appel à un bon notaire pour gérer vos affaires parce que le bruit aurait couru qu’il aurait salarié sa femme pour un emploi qui serait peu productif ? Vous confieriez-vous sans barguigner à un pilote de ligne ou à un chirurgien moins bon qu’un autre sous prétexte que ce dernier aurait salarié sa femme de manière (peut-être) moralement contestable mais légale ? Non, pour le premier tour, un seul objectif : tout sauf Macron. Au deuxième, il faudra voir quels sont les candidats. De toute façon, pour ceux que Le Pen inquiète, on voit mal comment elle pourrait être élue au second tour, quel que soit son adversaire (sauf peut-être Hamon ou Mélenchon, et encore !).

      Réponse
      Je me permets de répondre avant Mme Gouinguenet : la question n’est même pas de savoir si ce que M. Fillon a fait est légal, ou non, moral, ou non. La question porte sur le nombre de suffrages qu’il obtient. Le fait est que pour le moment, il arrive cinq points derrière M. Macron. Sans doute peut-il remonter la pente. Mais s’il n’y parvient pas, M. Macron sera infailliblement élu président de la République et la droite pourra réfléchir alors sur les raisons de sa défaite.
      R.L.

  2. PNYX 42 dit :

    Votre article me laisse un sentiment mitigé : oui, en un sens, les « éléments » de langage dont usent un certain nombre de candidats fixent les idées reçues (ni droite-ni gauche, le revenu universel, trop de fonctionnaires etc…) abrègent à dessein et endorment la réflexion des votants potentiels en entretenant des préjugés autant que des solutions toutes faites supposées correspondre à des attentes dominantes des citoyens. Je regrette que vous résumiez de manière lapidaire les propositions de la France insoumise dont le porte parole est Jean-Luc Mélenchon, lesquelles, évaluées, n’ont pas échappé au » combien ça coûte » : la réponse est la prise en compte d’une cohérence économique compréhensible entre différents circuits économiques qui ouvrent à des possibilités de financement qui ne font tout porter « tout-à-trac et pouf » sur l’entreprise laquelle est d’une telle diversité qu’il n’est pas honnête de les mettre chacune dans le même sac et partant les charges salariales traitées à l’identique! L’égalité des salaires hommes-femmes est une revendication légitime, vous le savez, de la majorité des femmes et ne peut être rayé d’un coup plume selon l’argument resucé que vous évoquez.

    Réponse
    Votre commentaire n’est pas très clair mais, comme d’habitude, il me fait un faux procès. Si vous n’avez pas compris que les créations d’emplois viendront de l’investissement privé et non des hausses de salaires, je n’y peux rien. J’ai bien dit que la parité des salaires hommes-femmes est souhaitable, mais d’abord, nous avons besoin de croissance. L’égalité sociale ne viendra que de l’effort économique et non de la distribution de fonds que nous n’avons plus. Les progrès sociaux viendront non de la fausse générosité des gouvernements, mais de l’expansion économique.
    R.L.

  3. Patrice Martin dit :

    Il me semble que la montée des populismes répond essentiellement à l’échec des équipes qui ont détenu le pouvoir et à la sensation qu’ont les électeurs d’avoir été trahis, possible retour de bâton de la démagogie. L’incapacité du sarkohollandisme à maîtriser le chômage, l’insécurité et la dette ont conduit beaucoup d’électeurs à se réfugier dans le Front. Il en résulte que tout échec du prochain quinquennat aboutira inéluctablement à faire le lit de Le Pen à l’Elysée pour 2022. Avec une majorité parlementaire en prime, ce qui ne serait certainement pas le cas en 2017.
    J’en conclus qu’il faut privilégier le plan qui a le plus de chances de réussite, ou le moins de risque d’échec. M. Liscia a démontré que celui de Fillon était plus prometteur que celui de Macron, qui serait au mieux une énième variation sur l’air social-démocrate.
    C’est une fusée à deux étages : au premier on prend une chance (très mince il est vrai) d’avoir le meilleur programme au deuxième tour. Au deuxième, on se rabat avec regret sur le moins bon. Aucun inconvénient, le Front est battu dans les deux cas et on a pris une chance ténue d’éviter le désastre inéluctable en 2022. Si par extraordinaire Le Pen est quand même élue, elle ne peut pas gouverner faute de majorité parlementaire, ce qui ne serait pas le cas dans cinq ans.
    Réponse.

    Très bonne analyse. Cependant, le danger existe que Macron, au second tour, soit battu par une flambée de populisme en faveur de MarineLe Pen. Effectivement, je ne crois pas qu’elle aurait alors une majorité. Je ne souhaite pas ce chaos pour ce pays, c’est une hypothèse insupportable. Personne ne niera que la droite semble avoir gâché une chance unique de gouverner, de remettre la France au travail et d’éloigner le danger lepéniste.

  4. Patrice Martin dit :

    Votre propos est un peu ambigu : le danger de cette occurrence n’existerait pas avec Fillon ou bien il existe avec Macron parce qu’il va nécessairement se qualifier (c’est mon avis aussi) ?

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