La droite tente un comeback

Fillon hier à Orléans
(Photo AFP)

Le retrait définitif d’Alain Juppé force la droite à ne plus compter que sur François Fillon et à faire bloc autour de lui. Il reste moins de 50 jours avant le premier tour et la hâte s’ajoute à la mobilisation.

L’UDI, parti centriste, avait suspendu sa participation à la campagne de Fillon, elle rentre sagement dans le rang. Pour le comité politique des Républicains, la première tâche consiste à convaincre quelques centaines d’élus dissidents de se rallier au candidat François Fillon, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, parce que les électeurs de la droite n’ont plus le choix ; le pire, parce que les attaques contre le candidat LR ne diminueront ni en nombre ni en intensité.

L’affaire du prêt.

Comme en témoigne la nouvelle révélation du « Canard enchaîné », qui n’en est pas tout à fait une, à savoir que François Fillon avait obtenu de Marc Ladreit de Lacharrière un prêt de 50 000 euros, qu’il a, depuis, remboursé, mais qu’il avait omis de signaler à la Haute Autorité pour la transparence. Les avocats de M. Fillon ont vite démontré que celui-ci avait spontanément signalé ce prêt aux enquêteurs du parquet national financier. Ils estiment, que le « Canard », à court de munitions, commence à tirer à blanc. Mais des élections générales ne favorisent guère les interprétations bienveillantes. A gauche, on s’empressera de souligner à gros traits le rapport entre M. Fillon et l’argent et son désir apparent d’en avoir toujours plus ou peut-être de vivre au-dessus des moyens que lui offre sa carrière d’élu.
Il va donc falloir que LR soit imperméable aux averses répétées de la délation et, souvent, de la calomnie. Ainsi va une campagne transformée en un tonitruant débat sur la probité, alors que le pays attend des changements indispensables à son redressement. L’épisode du 15 mars, avec la convocation de M. Fillon par ses trois juges et son éventuelle mise en examen, ajoutera à la confusion. Aux électeurs de droite optimistes, convaincus qu’il sautera toutes les haies jusqu’à la victoire, on peut opposer l’une des critiques qui lui sont adressées par nombre de votants, le fait qu’il avait dit qu’il ne se maintiendrait pas en cas de mise en examen, puis qu’il s’est déjugé. Cependant, dès lors que les dés sont jetés, il va falloir, à droite, ignorer savamment, si j’ose dire, les accusations, et se cantonner au terrain de l’argumentation politique.

Le cas Macron.

Le tableau général du rapport de forces ne s’est pas amélioré. La gauche est divisée, entre harmonistes et mélenchonistes, entre socialistes ralliés à Benoît Hamon et socialistes tentés ou convaincus par Emmanuel Macron, dont le programme est une sorte de feuille de route hollandaise améliorée. M. Macron est-il ce révolutionnaire qui s’est séparé du gouvernement de Manuel Valls pour tenter sa chance ou ce sous-marin hollandais qui aurait conclu un pacte avec le président en exercice pour prolonger son mandat d’une autre manière ? Les électeurs verront sa démission du poste de ministre de l’Economie comme la preuve irréfragable de sa dissidence, d’autres diront qu’il s’est arraché au joug d’un Premier ministre avec lequel il ne s’entendait guère. En tout cas, il s’y entend, le bougre, pour enfumer les esprits sur ses intentions et sur ce qu’il fera concrètement s’il est élu, ce qui n’est pas du tout impossible.
Ce qui est certain, c’est que M. Fillon marche sur une crête qui sépare deux abîmes, celui du revenu universel de M. Hamon et celui de la sortie de l’euro prônée, et avec quel entêtement, par Mme Le Pen. Les électeurs du Front, qui vénèrent Mme Le Pen pour ses idées sur l’immigration et sur l’identité nationale, devraient logiquement s’inquiéter ce qu’elle leur propose en matière économique et se tourner, au moins en partie, vers M. Fillon. Que l’on soit de droite ou de gauche, il est le candidat le plus rassurant, celui qui, en dépit de l’exaspération populaire, refuse de renverser la table et propose un redressement économique et social fondé uniquement sur la réforme. La gauche essaie de le présenter comme un candidat qui va tous nous priver de notre assurance-maladie et de nos retraites, c’est une épouvantable caricature. Simplement, il ne peut y avoir de réforme sans sacrifices et tous ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés menteurs.

RICHARD LISCIA

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12 Responses to La droite tente un comeback

  1. JMB dit :

    Saint Martin, adepte de la charité et de l’amour du prochain, va se sacrifier en coupant son manteau en deux ?
    Il est évêque, mais de Tours.

    • Michel de Guibert dit :

      Je ne sais ce que Saint Martin vient faire ici, mais pour info (ce n’est pas toujours connu) il a coupé son manteau en deux pour en donner la moitié à un mendiant qui gelait de froid à Amiens car la moitié seulement de son manteau lui appartenait, l’autre moitié appartenant à l’armée romaine, il ne pouvait y toucher.

      • JMB dit :

        C’est connu.
        Certains, a contrario de Saint-Martin bien que dans sa lignée, estiment que les sacrifices sont nécessaires à condition qu’ils soient faits par d’autres qu’eux.

        • JMB dit :

          En ce temps de culture romaine, on avait le sens de la virtus et de l’honor. Cela ne semble plus le cas aujourd’hui.

        • JMB dit :

          Martin est un patronyme très répandu, dit-on en France.
          Saint Martin était né en Pannonie: le saint patron de la Gaule venait d’Europe centrale, un immigré en somme.

          • Michel de Guibert dit :

            Oui, centurion romain né en Pannonie (l’actuelle Hongrie) et évangélisateur de la Gaule… c’est connu !
            Mais que vient faire St Martin ici ?

  2. Eve M. dit :

    À crier au loup, on use les électeurs.
    Le silence qui plane autour des « affaires » de Mme Le Pen le démontre bien, les journalistes qui lui trouvent tous les défauts – y compris lorsqu’elle évoque le temps du jour – l’épargnent mieux que Fillon.
    M. Liscia, peut-être le savez-vous:
    Pourquoi l’équipe ( je l’apprécie en général ) du « Canard » s’acharne-t-elle sur cet homme?
    Certes il est vénal. Et n’a, pas plus que les autres, l’étoffe d’un chef d’État.
    Mais à choisir un programme, je préfère le sien. Et ce lynchage finit par irriter.

    Réponse
    L’invulnérabilité de Mme Le Pen est effectivement un mystère. Cependant, la justice finira par la rattraper. « Le Canard » ne fait que son travail. il tire son avantage du fait que des sources mal intentionnées lui signalent des affaires. Ses journalistes font ensuite une enquête scrupuleuse qui confirment les informations qu’il a reçues.

    • Patrice Martin dit :

      Il y a quand même deux anomalies dans le travail du « Canard ». La première est qu’il ne fournit pas ses sources. Certes on soupçonne Rachida Dati et Gérard Jouyet mais l’une et l’autre ne peuvent avoir été que les facteurs qui ont déposé les documents sur le bureau du « Canard » ; ils n’avaient pas assez de pouvoir pour se les procurer (à peine plus qu’un journaliste du « Canard ») et la vengeance paraît un mobile bien mince pour l’avoir fait.
      L’expéditeur est nécessairement quelqu’un qui avait assez de pouvoir pour les obtenir et surtout un intérêt vital dans leur publication. Alors, Hollande, Valls ou Macron ?
      La seconde anomalie est le moment de la publication : il s’agit malgré tout de faits anciens qui auraient pu être publiés bien avant. Mais non : ni trop tôt pour que la droite ne puisse pas changer de candidat, ni trop tard pour que la mise en examen soit possible et disqualifie le candidat. Le PNF, qui est à la botte, va se saisir en deux jours, travailler 50 heures sur 24 et 9 jours sur 7 pour refiler le dossier à trois juges dont deux ont ou ont eu des rapports avec le « mur des cons ».
      Pourquoi Hollande, avec une popularité au ras des pâquerettes, a-t-il différé si longtemps sa candidature si ce n’est parce qu’il savait qu’il lui serait malgré tout facile de battre Fillon avec cette publication, de ramasser la deuxième place au premier tour et de rafler la mise au second ? Pourquoi Macron s’est-il déclaré en prenant tout le monde de vitesse, y compris Valls, à un moment où le prochain président était Fillon à coup sûr ?
      Qui a décidé à quel moment on faisait tourner les rotatives ? Qui savait qu’elles allaient tourner ?
      Quelle solution était prévue pour le cas où Sarkozy gagnerait la primaire ? Et dans le cas Juppé ?
      Cette façon de faire de la politique ne vous donne-t-elle pas envie de vomir ?
      Combien le directeur de la rédaction du « Canard » a-t-il touché pour sa collaboration ?
      Vous qui êtes un véritable journaliste, comment pouvez-vous défendre ceux du « Canard »?

      Réponse
      La loi protège les journalistes qui, dans toute démocratie, n’ont pas à publier leurs sources. S’ils le faisaient, aucune révélation ne serait possible.
      Les accusations que vous lancez contre le « Canard » et la justice sont si graves que j’ai hésité à les publier. Pour des raisons morales et légales, je m’inscris en faux contre elles. Vous avez bien sûr le droit, comme tout le monde, de vous étonner du timing des révélations du « Canard », vous n’avez aucun droit d’accuser nommément deux personnes sans avoir la moindre preuve de ce que vous avancez. Enfin, votre suggestion que le directeur de la rédaction du « Canard » aurait touché un pot-de-vin pour publier les informations dont il disposait est une forfaiture pure et simple : là non plus, vous n’avez aucune preuve.
      Vous tombez en réalité dans un piège très connu, celui d’exécuter le messager parce que le message n’est pas bon. « Le Canard » n’a fait que son travail. La réalité des faits dans l’affaire Fillon n’est remise en question pas personne.Il se peut que la justice (que vous pouvez soupçonner, mais pas condamner) abandonne l’affaire, mais de toute façon l’opinion est choquée par la relation du Premier ministre avec l’argent. Je vous rappelle que le monde se moque de la France: le système français des assistants parlementaires est unique, il ne devrait même pas exister.
      C’est sûrement parce que je suis un « véritable » journaliste que je reconnais le travail du « Canard » et que, bien entendu, je réfute votre point de vue. Pour la droite, l’affaire Fillon est certes très préjudiciable. Mais le pire, c’est de réagir à cette affaire en imaginant un complot qui, même s’il existait, n’enlève rien à la nature des informations révélées.
      R.L.

      • Michel de Guibert dit :

        Sans parler de « complot », il est légitime de s’interroger sur le timing de ces « révélations » transmises aux journalistes et de saisine du PNF et des juges…
        Derrière cette affaire, une question mérite à mon sens d’être posée : celle des contre-pouvoirs au pouvoir des juges et des contre-pouvoirs au « pouvoir » de la presse.

  3. JMB dit :

    “Le Canard” vient de célébrer son centième anniversaire; ils sont nombreux les journaux qui peuvent se prévaloir d’une telle longévité ?
    Il a été créé en 1916 pour réagir aux informations pieuses sur le déroulement du conflit mondial qui étaient de règle.
    Il a eu un rôle important pendant la guerre d’Algérie en fournissant une information plus objective que celle des autorités officielles et de leurs relais. Son rôle a été signalé par l’historien Laurent Martin: “Malgré les pressions, l’hebdomadaire satirique a su fournir des informations de qualité, sans rien céder sur ses prises de position. “ (Lhistoire-2004)
    Ce n’est pas la première fois que le “Canard” publie des informations sur un candidat à la veille d’élections: feuille d’impôts de Chaban-Delmas, diamants de Bokassa offerts à Giscard, prêt à taux zéro obtenu par Bérégovoy.
    Est-il interdit aux magistrats d’avoir dans leur for intérieur des opinions politiques ? faut-il les exclure du corps électoral ? faut-il exclure des membres d’autres professions ? Il faut distinguer l’individu du professionnel. Dans l’exercice de sa profession, le magistrat ne fait pas le droit, il applique celui qui lui a été enseigné, et qu’il doit respecter.
    Le “mur des cons” n’est pas moins subtil que des décorations de salles de garde.
    La déontologie n’est pas le monopole des médecins. Il y a une “hubris”, comme disaient les Grecs anciens, à estimer être les seuls à l’appliquer tandis que les autres professions s’en dispenseraient: elle s’applique à d’autres professions, les journalistes et les magistrats en particulier.

    • Michel de Guibert dit :

      Votre parallèle entre le « mur des cons » et les « décorations » des salles de garde est indécent et inadéquat.
      Il m’est impossible de faire confiance à des magistrats qui ont cru bon de porter sur ce « mur des cons » le nom et la photo d’un père de famille dont la fille avait été assassinée dans le RER D pour avoir résisté à une tentative de viol.
      L’indécence le dispute à l’odieux.

  4. Patrice Martin dit :

    Votre réponse parfaitement argumentée, et dont je vous remercie, me fait prendre conscience de la perte de lucidité dont j’ai été victime sous le coup de la colère de voir la Nation perdre sa seule chance d’échapper au sort de la Grèce, alors même que tout semblait réuni pour qu’elle s’en éloigne.
    Je vous prie donc de bien vouloir m’en excuser.
    Vous avez en effet raison sur tous les points concernant « le Canard », dont aucune complicité n’était nécessaire pour réussir la manœuvre, mais aussi sur le mauvais rapport à l’argent du candidat et l’absurdité de notre système d’attaché parlementaire.
    Pour le reste, j’ai bien compris que personne ne vous fera adhérer à la théorie du complot tant que vous ne disposerez pas de preuves indiscutables que nous n’aurons bien entendu jamais. Et en tant que journaliste, vous avez encore une fois raison. Moi en tant que citoyen, j’aurai l’impression que mon bulletin du deuxième tour a été volé par une crapule. « Le Canard » n’est pas au menu, soit.
    « Mais faudrait quand même pas prendre tous les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ».

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